Limagrain Ingrédients :les farines fonctionnelles prennent le relais des additifs

Limagrain Ingrédients poursuit sa conquête de la filière des farines fonctionnelles et texturées, qui répondent aux besoins des industriels de l'agroalimentaire et, en cascade, aux attentes des consommateurs.

Conçu pour guider les consommateurs dans leurs achats alimentaires, le Nutriscore est un indicateur de qualité nutritionnelle qui pèse lourd dans les caddies. Or, avec le durcissement des règles d'étiquetage de 2024, certains produits, qui affichaient jusque-là de bons scores (A ou B), voient leur note dégringoler jusqu'à C, voire D. En cause notamment : la présence insuffisante de fibres ou de protéines, liée à l'usage d'additifs et de farines raffinées dans leurs listes d'ingrédients. Face à la menace de déclassement et à l'évolution des attentes de la société, en quête de produits plus naturels et meilleurs pour la santé, les industriels de l'agroalimentaire sont de plus en plus nombreux à chercher des ingrédients alternatifs.

Parmi eux, les farines fonctionnelles et texturées affichent des résultats très prometteurs. Une filière dans laquelle Limagrain Ingredients se positionne en première place sur le podium européen grâce à deux usines situées à Arques, dans le Pas-de-Calais, et Weert, aux Pays-Bas, bientôt rejointes par une troisième à Saint-Ignat, près de Clermont-Ferrand. Celle-ci devrait permettre de transformer 4 000 tonnes de farines par an.

Les farines fonctionnelles

Limagrain Ingredients (anciennement "Limagrain céréales ingredients") est une filiale de la coopérative Limagrain. Créée en 2002, elle permet au groupe de développer trois gammes de farines fonctionnelles, destinées à l'alimentation humaine (Innosense), animale (Uniflour) et "petfood" (Petflour). 

"Nous partons de nos céréales et semences pour en révéler tout leur potentiel naturel et leurs bienfaits, pour une meilleure expérience sensorielle et nutritionnelle."

Fabriquées à partir de grains de céréales ou de légumineuses soigneusement sélectionnés, ces farines sont ensuite traitées thermiquement en fonction des caractéristiques recherchées par les industriels. Elles peuvent notamment améliorer la texture, le goût ou encore la viscosité d'une grande variété de produits aux moments de leur fabrication et de leur consommation : chips, sauces, pains, brioches ou encore steaks. Par exemple, « une farine fonctionnelle pourra éviter qu'un biscuit ne se fende au moment de sa fabrication, une autre de mieux conserver le moelleux d'une brioche, une autre encore de réduire la quantité de viande dans un plat préparé tout en conservant un taux protéique équivalent » illustre Emmanuel Goujon, directeur général de Limagrain Ingredients.  « Et cela tout en étant labellisés "Clean Label", avec l'inscription "farine" dans la liste d'ingrédients. » 

Au-delà de leurs qualités intrinsèques, « les farines fonctionnelles peuvent également permettre aux fabricants, en investissant dans un nouveau produit plutôt que dans un nouveau process, de gagner de la place sur leurs lignes de production »

Un chiffre d'affaires multiplié par deux d'ici 2030

Depuis plusieurs années, la filiale place les farines fonctionnelles au coeur de sa stratégie commerciale. Se faisant, « nous sommes parvenus à multiplier par deux le montant total de nos ventes sur les sept dernières années. Aujourd'hui, nous entendons de nouveau doubler notre chiffre d'affaires (plus de 400 millions d'euros d'ici 2030 Ndlr), en associant à notre dynamique d'acquisition une dynamique d'innovation, partout en Europe. »

Pour le directeur, le secteur agroalimentaire représente un débouché d'avenir pour les céréaliers de Limagne, grâce à l'ouverture prochaine de la nouvelle ligne à Saint-Ignat, dont 80% de la matière première proviendra d'exploitations locales. « Notre objectif est de valoriser au mieux les productions des agriculteurs pour assurer le maintien de leur revenu et la pérennité de leur modèle, même en cas de chute de rendement liée au changement climatique ». 

Recherche et développement

Pour garder sa première place, la filiale de Limagrain investit largement dans la recherche, indispensable pour identifier les variétés de céréales et de légumineuses, ainsi que les processus de fabrication qui permettront d'obtenir les ingrédients les plus adaptés en termes de nutrition et fonctionnalités.

Pour faciliter le travail des chercheurs, les laboratoires sont construits à proximité des lignes d'extrusion dédiées à la fabrication des farines. Au sein du site d'Arques, ce sont ainsi pas moins de 33 laborantins qui s'affairent pour développer les meilleures farines fonctionnelles. Leur expérience la plus récente leur a permis de réduire de 40% la quantité de beurre dans un brownie, améliorant ainsi ses propriétés nutritives et sa saveur, tout en conservant sa texture, grâce à une farine fonctionnelle fabriquée à partir de blé Waxy, une des variétés phares développées par Limagrain. « C'est sa composition moléculaire particulière qui lui confère ces propriétés texturantes » explique un des membres de l'équipe. 

Côté alimentation animale, les farines fonctionnelles font également l'objet de recherches, dans l'usine de Weert, ou elles sont notamment utilisées pour mieux lier les pellets.

Usine d'Arques (Pas-de-Calais)

Créé en 1988, le site d'Arques (dans le Pas-de-Calais) représente le coeur de la production de farines fonctionnelles de Limagrain Ingredients, qu'elle a rejoint en 2004. « Ici, nous fabriquons une centaines de produits différents à destination d'environ 300 clients », détaille Isabelle Vendroux, directrice des opérations chez Limagrain Ingrédients. Chaque année, 34 000 tonnes de farines fonctionnelles sont produites grâce aux quatre lignes automatisées de l'usine, dont « 15 000 tonnes à partir de farine de maïs, 13 000 t à partir de farine de blé et 6 000 t à partir de farines de légumineuses et de riz »

Le site atteignant déjà sa capacité maximum de production, « notre objectif est d'en faire l'usine la plus à la pointe des farines fonctionnelles », conclut Emmanuel Goujon, confiant pour l'avenir de cette filière. Un optimisme soutenu par les données de Mordor Intelligence, qui indique une croissance de 5% par an d'ici 2028 pour le marché des ingrédients, et ce en dépit de l'inflation des matières premières.