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Vendredi 29/05/2026

Marché des engrais : « il ne faut pas s'attendre à un retour à la normale avant 2027 »

Publié par Perspectives Agricoles

La guerre au Moyen-Orient paralyse le détroit d'Ormuz où transitent habituellement entre 20 et 30% des échanges mondiaux d'engrais. Même en cas de fin rapide des hostilités, les effets de la crise devraient peser sur les marchés jusqu'en 2027 au moins, selon Chris Vlachopoulos, analyste à l'ICIS*, fournisseur international de données sur les marchés des matières premières.

Perspectives agricoles : Quelles sont les conséquences du conflit sur le marché des engrais ?

Chris Vlachopoulos : La première conséquence est la hausse des prix. Le détroit d'Ormuz est un passage clé pour l'urée, l'engrais le plus utilisé. Son prix a fortement augmenté, tout comme ceux de l'ammoniaque, du phosphate et du soufre. La deuxième est la moindre disponibilité des produits. Les pays importateurs se disputent une offre réduite. L'Inde, grand consommateur d'engrais, a dû réduire sa production d'ammoniaque à cause du prix du gaz et cherche à acheter davantage sur les marchés, ce qui accentue les tensions. Il y a aussi une compétition avec d'autres secteurs industriels pour les matières premières, notamment le soufre qui est également utilisé par la métallurgie. L'entrée en vigueur du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE et les sanctions sur les produits russes renchérissent encore les prix pour les importateurs européens.

Contrairement aux pays les plus pauvres du monde, l'Europe ne risque pas une pénurie. Ici, la question est plutôt de savoir à quel prix les agriculteurs vont pouvoir s'approvisionner pour leurs prochains achats. Avec des cours des céréales bas, beaucoup pourraient choisir de réduire leurs apports d'engrais. Et l'augmentation des charges à l'amont se sentira sur les prix de l'alimentation dans les prochains mois.

Perspectives agricoles : Quand peut-on espérer un retour à la normale ?

C. V. : Tout dépendra de la durée de la guerre. D'après nos sources dans l'industrie, même en cas de sortie rapide du conflit – ce qui semble peu probable –, il ne faut pas s'attendre à un retour à la normale avant 2027. Plus la crise dure, plus ses effets augmentent de manière exponentielle. Les engrais phosphatés sont particulièrement sensibles. Leurs prix étaient déjà élevés avant la crise au Moyen-Orient, car l’offre mondiale est structurellement tendue. Les produits azotés pourraient voir leurs prix baisser plus rapidement si le gaz se stabilise. Le prix de l’urée pourrait notamment reculer dès le troisième trimestre 2026 en cas d’apaisement. Cependant, la détente du marché du gaz devrait prendre un temps considérable.

Perspectives agricoles : Pourquoi cela prendra-t-il du temps ?

C. V. : Même si les hostilités cessent, la navigation dans le détroit d'Ormuz restera risquée et les taux d'assurance beaucoup plus élevés qu'avant la crise. De plus, des capacités de production et d'approvisionnement ont été endommagées. Le redémarrage des installations industrielles et la réorganisation des routes logistiques devraient prendre plusieurs mois, voire des années. Par ailleurs, la crise a révélé les fragilités du marché et il faudra du temps pour retrouver la confiance des différents acteurs. Les acheteurs cherchent désormais à diversifier leurs sources d'approvisionnements pour réduire leur dépendance aux engrais du Golfe.

* ICIS : Independent Commodity Intelligence Services