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Samedi 08/08/2026
Mathieu, passeur de biodiversité
« Cultiver l’engagement ». Saison 2, épisode 3. Cet été, Pleinchamp repart à la rencontre d’agricultrices et d’agriculteurs engagés et solidaires. L’engagement de Mathieu Cogné en faveur de la biodiversité est quasi indissociable de son activité d’agriculteur, car elle constitue l’un des piliers de son mode de production de petits fruits. Mais en plus de préserver la biodiversité « à son bénéfice », Mathieu agit, sensibilise et communique sur ce sujet.
« Quand on veut être acteur pour la protection de l’environnement, quoi de mieux qu’être paysan ? C’est le corps de métier qui a le plus de pouvoir d’agir sur la terre que l’on cultive. Il fallait que je sois paysan ». Pour Mathieu Cogné, 44 ans, producteur et transformateur de petits fruits, l’engagement en faveur de la préservation de la biodiversité est à l’origine de son installation. Ce projet, mûri depuis au moins une quinzaine d’années, s’est concrétisé en 2020, sur la commune du Longeron (Maine-et-Loire), au cœur de ses Mauges natales. « C’était la suite logique de mon cheminement ».
Après l’installation, l’engagement se poursuit
La création de son exploitation à partir « d’une page blanche », en l’occurrence quelques hectares issus d’une réserve foncière, aurait pu largement occuper tout le temps et l’énergie de ce jeune installé. Pourtant, Mathieu n’a jamais mis de côté son engagement « naturaliste ».
Il est ainsi actif dans les réseaux de suivi des amphibiens, des reptiles, des chiroptères et des oiseaux chanteurs, fournissant ainsi de précieuses données au Muséum d’Histoire naturelle et à la LPO. Il est aussi administrateur du CPIE (Centre permanent d’initiatives pour l’environnement) Loire-Anjou, et membre du réseau Paysans de nature.
Acteur direct de la biodiversité, Mathieu est également un « passeur » d’informations sur ce thème : auprès de ses pairs agriculteurs, des étudiants en agriculture, mais aussi auprès du grand public, des scolaires, et même de tous ceux qui suivent son entreprise « Le Petit Lérot », sur les réseaux sociaux. « Cela fait partie de moi, j’en ressens le besoin, c’est ma manière de faire bouger les curseurs ».
Un parcours débuté dans l’animation, poursuivi dans l’agriculture
Ce goût pour la biodiversité et pour la transmission remonte assez loin, puisque Mathieu a suivi des études en gestion et protection de la nature et il a commencé sa vie active en étant animateur pour une collectivité publique. Après deux années d’exercice du métier, il ressent toutefois le besoin de se reconvertir dans l’agriculture, pour « vivre et travailler dehors ».
Même s’il n’est pas issu d’une famille agricole, Mathieu connaît déjà le milieu en ayant réalisé des saisons. En 2006, il devient salarié agricole, un métier qu’il exercera pendant une quinzaine d’années : « J’ai travaillé dans plusieurs exploitations, et j’ai découvert de nombreuses productions : vignes, tabac, escargots, volailles… Dans mon dernier poste, j’ai été second d’exploitation pendant 5 ans dans un verger en Vendée ».
Durant toutes ces années de salariat, il apprend beaucoup, se forme beaucoup, et commence à mettre en application des pratiques agroécologiques, autour de la vie du sol et des TCS, du recours aux auxiliaires, de la recherche maximale de l’autonomie en intrants…
Une gestion atypique du verger, sans intrants
A présent qu’il possède sa propre exploitation, sur laquelle il produit et transforme des fraises, cassis, groseilles, framboises, mûres, nèfles, et bientôt des prunes, poires, coings, raisins, etc..., Mathieu pousse encore plus loin ses pratiques.
« Malgré un sol très pauvre et très séchant, j’ai la chance d’avoir des parcelles bien exposées, idéales pour y cultiver des petits fruits. L’exploitation comprend aussi un étang, qui me permet d’irriguer les plants au goutte à goutte. Je réalise une gestion atypique, avec zéro engrais, zéro traitement et même zéro bâche ! Le seul apport extérieur, c’est de la paille ».
La conduite qu’a choisie Mathieu lui demande « beaucoup d’observation, beaucoup de connaissances sur les maladies, les ravageurs, les auxiliaires ». Il raisonne ainsi chaque microparcelle de production en fonction des ravageurs qu’il veut éloigner et/ou des auxiliaires qui souhaite accueillir.
Attirer les auxiliaires, détourner les ravageurs
Exemples parmi d’autres des méthodes qu’il utilise : l’alternance des espèces et des variétés qui coupe les cycles des ravageurs, le maintien d’herbes hautes à proximité des cultures qui préserve les criquets et les sauterelles et détourne les étourneaux des fruits, le raccourcissement des rangs de culture qui sont mieux explorés par les renards pour réguler les campagnols… Mathieu préserve la biodiversité et elle le lui rend bien !
Sans être infaillible, ce qui est normal puisqu’il procède beaucoup par essais/erreurs et qu’il est quand même soumis à des conditions météorologiques parfois destructrices, la conduite « atypique » de Mathieu lui permet d’avoir une exploitation « en bonne santé financière » après six années d’installation.
Un lieu d’accueil des publics
Il continue de fourmiller de projets, l’un des plus urgents étant l’installation d’un nouveau laboratoire de transformation. Mathieu souhaite aussi disposer d’un bâtiment éducatif, pour pouvoir réaliser davantage d’accueil des différents publics, professionnels ou non : « Je crois beaucoup au dialogue, j’aime parler de ma façon de faire de l’agriculture, et montrer que « c’est possible » ».
Parmi ses projets également, collaborer davantage avec le monde de la recherche, et pourquoi pas avec les scientifiques de l’Inrae, car il a encore « beaucoup de questions et de sujets à explorer » ; et comme il aime décidément beaucoup le partage, Mathieu souhaite accueillir un.e collègue agriculteur.rice sur les terres adjacentes à son verger qu’il a volontairement laissées disponibles.


