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Vendredi 23/10/2026
Peut-on éviter une nouvelle colère agricole cet hiver ?
[Edito] Après un été caniculaire, un hiver de colère ? L’automne 2026 voit s’accumuler les crises, avec un gouvernement sans majorité et sans budget pour y répondre de manière durable. L’agriculture a pourtant besoin de perspectives au-delà des réponses court-termistes.
C'est une superposition de crises qui pèse sur le pays en cet automne 2026 : crise agricole, crise des lycéens, crise du pouvoir d'achat, crise des comptes publics... Des tensions qui s'accumulent, se renforcent, créent une atmosphère de malaise diffus. Et face à cette accumulation, un gouvernement démuni.
À six mois d'une élection présidentielle, avec des budgets serrés et sans majorité, l'exécutif navigue en eaux troubles. Les décisions, quand elles parviennent à être prises, restent fragiles et pourraient être remises en question dans quelques mois. C'est peu rassurant pour des secteurs - autant l’agriculture que l’éducation nationale - qui attendent des solutions durables.
L'épuisement des campagnes
Depuis la contestation de l’automne 2023 « On marche sur la tête », jusqu’aux tracteurs devant l’Assemblée nationale en janvier 2026, la colère agricole perdure depuis plusieurs années. Elle charrie son lot de griefs : concurrence déloyale, excès de normes, lourdeurs administratives, revenus insuffisants, difficultés à transmettre et à s’installer…
Après les crises sanitaires, dont le point d’orgue a été la DNC, après l’échec des mobilisations contre l’accord UE-Mercosur, signé le 1er mai 2026, après la flambée des prix des engrais et du pétrole, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, après une sécheresse et des canicules historiques cet été, la fatigue dans les campagnes est pesante.
Des attentes légitimes
Les éleveurs se retrouvent sans fourrage. Les céréaliers enchaînent une quatrième saison dans le rouge. Il faut être sacrément solide pour ne pas tanguer dans ces conditions. Même les plus résilients, même les plus expérimentés, même celles et ceux qui en ont vu d'autres, le disent : il ne faudrait pas une autre année de suite comme celle-ci.
Les agriculteurs ont besoin de souffler. Que la pluie revienne, que les prix remontent, que le pétrole et le gaz baissent. Et, à plus long terme, des perspectives d’avenir, une sécurisation de leurs débouchés, du soutien dans l’adaptation de leurs pratiques au réchauffement climatique.
Des réponses insuffisantes
La Loi d’urgence, adoptée à la suite des mobilisations de l’hiver dernier, ne répond que partiellement à la crise agricole - rien que le mot urgence montre bien qu’elle relève du court terme.
Quant au plan Casi (Climat - Adaptation - Sécheresse - Incendies), il a été lui aussi dicté par l’urgence d’un été sans précédent. Le gouvernement a esquissé les contours d’un plan de relance, destiné à « nourrir les discussions parlementaires autour du budget 2027 et à accompagner la transformation de notre agriculture dans les prochaines années ».
Mais comment construire une réponse crédible aux attentes des agriculteurs et leur proposer des mesures durables quand l’horizon politique est aussi incertain et que les députés se déchirent sur le projet de loi de finances pour 2027 ?
L'accumulation de ces facteurs crée un terreau fertile pour une nouvelle mobilisation. L'hiver 2026-2027 sera révélateur. Pas seulement pour l'agriculture, mais pour la capacité du gouvernement à gouverner dans un contexte de crises multiples et de fragmentation politique.