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Vendredi 23/01/2026
Peut-on réduire la pénibilité du travail en maraîchage diversifié ?
Dans le cadre du Sival 2026, Maët Le Lan, directrice de la station expérimentale d’Auray, dans le Morbihan, a présenté les résultats de recherches conduites sur la pénibilité du travail en maraîchage diversifié. L’évaluation, en vue de la réduction de la pénibilité, est en effet cruciale pour la pérennité de la filière.
« Depuis longtemps, j’avais envie de travailler sur la pénibilité du travail en maraîchage diversifié, mais il y a une dizaine d’années, on en parlait peu. Les producteurs avaient « la tête dans le guidon » et je n’osais pas proposer ce thème de recherche aux professionnels », confie Maët Le Lan, responsable de la station expérimentale d’Auray (Morbihan), station de recherche appartenant à la chambre d’agriculture de Bretagne, lors d’une conférence tenue le 13 janvier dernier dans le cadre du Sival à Angers.
Mais en 2014, lors d’une réunion professionnelle publique, une agricultrice en production de légumes met les pieds dans le plat : si ses conditions de travail ne changent pas, si la pénibilité de ses tâches n’est pas réduite, elle ne veut plus continuer à être une productrice maraîchère !
Les élus sont alors sensibilisés et Maët Le Lan et son équipe de la station expérimentale dédiée au maraîchage peuvent commencer leur exploration de ce sujet. Grâce aux projets de recherche décrochés avec des partenaires (MSA, RMT travail en agriculture, fabricants…), la station fait même de la pénibilité du travail en maraîchage une thématique prioritaire de recherche.
« Il n’existait pas de grilles d’évaluation »
« Nous sommes partis de presque rien… On s’est rendu compte qu’il n’existait pas de grilles de pénibilité, pas de protocoles établis ». L’équipe de la station expérimentale remonte alors aux sources, à savoir les dix facteurs de risques décrits dans le Code du travail : postures pénibles, vibrations mécaniques, agents chimiques dangereux (poussières et fumées incluses), activités en milieu hyperbare, températures extrêmes, bruit, travail de nuit, travail en équipes successives alternantes, travail répétitif. Le constat est raide : « Le maraîchage diversifié est concerné par au moins 7 de ces 10 facteurs ».
En se basant sur ces critères, le conseiller en prévention des risques de la MSA des portes de Bretagne et la responsable de la station établissent des grilles de pénibilité pour différents types d’opérations culturales : par exemple, la plantation d’oignons, le désherbage des carottes, la récolte des courgettes… « Notre méthodologie n’est pas parfaite, mais elle a le mérite d’exister. Nous avons essayé de la faire la plus simple possible, pour pouvoir comparer différentes façons de procéder ».
Evaluer la pénibilité, geste par geste
Chaque geste devait être évalué dans la durée, selon qu’il était « acceptable », « non recommandé » ou « à éviter » au regard de la pénibilité. Le travail était colossal : au début de leur exploration, les agents évaluaient visuellement chacun de leurs gestes, en se filmant et en décortiquant leurs images. Heureusement, pour la suite de leur exploration, l’équipe expérimentale a bénéficié de combinaisons connectées développées par l’entreprise E-Mage-IN 3D qui ont pu automatiser le recueil d’informations.
Des outils, indispensables, mais inaccessibles ?
Plusieurs outils électriques et robotiques ont été évalués et comparés à un témoin, en l’occurrence la réalisation manuelle de la tâche : ces outils allaient des plus « simples », comme l’exosquelette Exoviti, aux plus complexes comme les cobots polyvalents Toutilo et Romanesco, en passant par le robot autonome Oz de Naïo technologies.
Après réalisation d’une quarantaine de grilles de pénibilité, le résultat est net : « Même si certains outils font des transferts de pénibilité, par exemple du dos vers les épaules, tous améliorent globalement le score ». Ces équipements sont donc efficaces, mais leur prix peut sembler élevé pour des « petites » exploitations comme le sont souvent les fermes en maraîchage diversifié : de 1300 € pour l’exosquelette à 45 000 € pour le Romanesco…
Sans réduction de la pénibilité, plus de maraîchage diversifié ?
Pourtant, la réduction de la pénibilité dans ces fermes est un sujet crucial de durabilité : neuf maraîchers sur dix rapportent être affectés par des TMS (Troubles musculosquelettiques) et, d’ailleurs, la MSA estime que cette filière est la deuxième plus à risques pour les arrêts de travail liés à ces TMS, juste derrière la viticulture.
Pas moins d’un tiers des maraîchers cessent leur activité dans les six ans après leur installation, ce qui est presque le double de la moyenne des filières agricoles. Par ailleurs, une enquête de Pôle emploi montre que les difficultés de recrutement de salariés ne cessent de croître : les maraîchers jugent que 60 % de leurs recrutements sont difficiles aujourd’hui, contre 30 % en 2014. Fidéliser la main d’œuvre devient indispensable.
Face à ces enjeux forts, la station expérimentale d’Auray souhaite continuer à explorer le thème de la pénibilité, en abordant d’autres aspects. Par exemple, l’organisation du travail, qui devrait s’éloigner du raisonnement « chantier par chantier », pour éviter de faire trop longtemps la même tâche. « La meilleure posture, c’est celle qui change tout le temps ».
La pénibilité liée à la charge mentale, qui elle-même peut être influencée par le stress de la prise en main de nouveaux outils technologiques, est aussi en cours d’études. Sur ce dernier plan, la station d’Auray est en train de construire à nouveau un référentiel, à l’aide de lunettes connectées et de capteurs de rythme cardiaque.
