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Jeudi 05/11/2026

Porc, volailles et même foie gras, la production française recule dangereusement

Publié par L'Auvergne Agricole

Porc, volailles, lapin, œufs et foie gras : les filières des viandes blanches tirent la sonnette d'alarme. Sur l'échiquier de la souveraineté alimentaire, la France recule et sans le soutien des élus locaux, la partie risque d'être perdue.

La France était jusqu'ici bien placée sur l'échiquier des viandes blanches. Le pays est à ce jour autosuffisant à 97 % en porc et 95,8 % en œufs. Derrière ces chiffres se cache une érosion galopante de la production. « Le constat est triste. La France recule sur l'échiquier », alerte Christiane Lambert, présidente de la Fict (Fédération des Entreprises Françaises de Charcuterie Traiteur) et nommée référente nationale des viandes blanches, qui rassemble les acteurs des filières porc, volailles, lapin, œufs et foie gras, lors d'une conférence au Sommet de l'élevage. La volaille accuse un déficit net avec seulement 67 % d'autosuffisance, alors que la consommation, tirée par le snacking et la street food, progresse plus vite que la construction de bâtiments. 

La France compte 94 000 élevages de volailles, 8 100 élevages de porcs, 3 000 élevages d'œufs et 600 élevages de lapins mais qu'en sera-t-il demain ? Cette question inquiète l'ensemble des acteurs de la filière des viandes blanches. Le manque d'investissement, lié à une « pression réglementaire extrêmement forte » corrélé au vieillissement des éleveurs « près de 40% des producteurs de porc ont plus de 55 ans », a contraint ces derniers à laisser vieillir leur outil de production. Le défi de la transmission pourrait avoir raison de la souveraineté alimentaire de la France en viande blanche. 

La production volaillère veut défendre ses atouts

En Auvergne-Rhône-Alpes, le tableau est aussi riche que fragile. « On produit un porc dans la région, on en abat deux, et on en consomme quasiment quatre », résume Francis Le Bas, d'Interp’Aura. Le bassin de population régional est un débouché immense pour les producteurs. La région est aussi la première de France en salaison sèche. Elle dispose d'un tissu dense d'abattoirs spécialisés et multi-espèces, et affiche un savoir-faire historique et compte aussi quelque 2 000 élevages de volailles et cocorico, selon Hélène Bompart, de l'Afivol : « l'élevage volailles est né historiquement dans notre région, dans les années 60-70, avant qu'il ne se développe dans l'ouest de la France. »

La région n'est pas exempte de la problématique générationnelle. La production de viandes blanche est bien souvent un complément à d'autres activités sur les exploitations, dans un territoire où l'élevage bovin reste largement majoritaire.  L'interprofession régionale ne baisse pas les bras pour autant et mise sur l'attractivité, les lycéens, et le maintien de la formation en production porcine. « On a un très gros travail à accomplir sur l'attractivité de la filière auprès des jeunes », admet Francis Le Bas. 

2035, l’échéance pour la reconstruction d’une filière qui pèse

Les conférences souveraines, lancées suite à la loi d'orientation souveraineté alimentaire et renouvellement des générations, ont permis de chiffrer les besoins de consommation à l'échelle nationale. « Il faudrait construire 220 bâtiments volailles par an pendant dix ans, reprendre ou moderniser 100 bâtiments porcs, 55 bâtiments palmipèdes et 100 bâtiments lapins» dévoile Christiane Lambert. Des chiffres à faire tourner la tête pour des projets qui « ne se font pas du jour au lendemain ».

Au-delà des élevages, il faut aussi des usines d'alimentation animale, des vétérinaires et des outils d'abattage. Redynamiser une filière ne s'impose pas du jour au lendemain. En plus des outils, il ne faut pas oublier non plus les déséquilibres du marché. Le porc français voit ainsi 29 % de ses pièces que les Français ne mangent pas (pieds, oreilles…) être exportées, tandis qu'on importe en masse des jambons.

L'avenir et les crises géopolitiques questionnent également. Ainsi, le foie gras français, fleuron de nos régions, pourrait bientôt entrer en concurrence avec la Chine. « Ils sont à deux doigts de nous dépasser, il faut réagir. » Seul le lapin semble avoir trouvé son équilibre entre terrines pour la consommation française et exportations de viandes fraîches vers l'Afrique du Nord.