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Vendredi 30/10/2026
Plus il fait chaud, moins y a de sorgho (et bientôt plus de riz)
[Edito] Sans prétendre représenter une oasis de fourrage et d’aliment du bétail dans une France à +4°C, le sorgho peut a minima faire office de porteur d’eau au maïs. A condition de faire tomber quelques digues.
Au train où vont les choses, il y aura bientôt, en France, moins de surfaces consacrées au sorgho grain qu’au riz. Selon le service statistique du ministère de l’Agriculture, le sorgho grain occupait cette année 33 000 ha contre 15 000 ha pour le riz. Sachant que la sole de sorgho a été divisée par deux entre 2025 et 2026, l’espèce qui pousse les pieds dans l’eau pourrait bientôt dépasser celle vantée ici et là pour son efficience hydrique et sa (relative) résistance aux fortes chaleurs. Sauf que 2026 et sa sécheresse sans précédent et sans fin sont passées par là et pourraient faire le jeu du sorgho, d’autant plus que son vrai challenger, le maïs, est ressorti exsangue de cette année préfiguratrice du climat de 2050, certains experts, que l’on se gardera de qualifier de cassandres, considérant l’été 2026 comme l’été le moins aride des années et décennies à venir.
Moins de blocage stomatique mais…
Rien n’est moins sûr. Les sécheresses (2019, 2022, 2026), les projets de recherche (tel Gramin’Eté) et les études passent mais la carte du sorgho se rétrécit comme peau de chagrin. La dernière étude en date de l’INRAE, publiée il y a quelques semaines dans la revue Earth’s future, lui prédit pourtant un avenir radieux sous le soleil européen. « La production de sorgho pourrait remplacer près de 90 % du maïs actuellement utilisé pour l’alimentation animale européenne, s’il était cultivé une fois tous les trois ans », peut-on y lire. Le SOS sera-t-il reçu par des OS faiseurs d’assolement mais plutôt frileux à l’égard d’une culture générant moins de chiffre (en intrants et en quintaux) que le maïs, doublés de fabricants d’aliment pointant des taux de tanins inversement proportionnels à ceux de lysine et de méthionine ? A noter au passage que les sangliers aussi apprécient moins le sorgho que le maïs.
Le sorgho, cette (bonne) poire pour la soif
Comme le maïs, le sorgho a cette vertu de pouvoir être exploité directement en fourrage par les éleveurs, sans passer par la case usine d’aliment. Mieux : les variétés monocoupe peuvent être ensilées tandis que les variétés multicoupe se prêtent au pâturage, à l’affouragement en vert, à l’enrubannage ou encore à l’ensilage. Mais là, les statistiques brillent par leur absence tandis que l’accompagnement technique demeure encore largement lacunaire. Une chose est sûre, il y a potentiellement un sorgho pour tout éleveur de France et de Navarre, en complément du maïs, cela va sans dire. La France a en prime la chance de compter deux programmes de sélection dédiés. Mais, à l’heure où il s’agit de sauver « le soldat maïs », pas sûr que le sorgho ne demeure pas un mirage, alors qu’il est potentiellement porteur d’un levier d’adaptation facilement mobilisable.