Téléchargez la nouvelle application Pleinchamp !
Vendredi 28/11/2025

Pour mieux réguler les sangliers, transformons-les en civets !

Plusieurs fédérations départementales de chasse participent à l’initiative « Gibier pour tous » : une plateforme qui met en relation des chasseurs qui souhaitent partager leur gibier – principalement du sanglier – et des consommateurs intéressés par se procurer de la viande à prix modique. Attention, seul un animal entier « sous peau » peut être cédé dans le cadre de cette plateforme.

Chaque année, en France, les sangliers occasionnent des dégâts agricoles importants, sur les cultures, les sols, les clôtures… Ils sont aussi responsables de dégradations majeures dans des golfs, des stades de foot, des jardins publics et privés, sans oublier les quelque 30 000 collisions avec des voitures, entraînant malheureusement une cinquantaine de décès.

"Nous répondons présents"

Face à la prolifération de cet animal, les chasseurs font « ce qu’ils peuvent » dans les secteurs où il est possible de chasser : « En général, lorsque des agriculteurs demandent d’organiser une battue, nous répondons présents », explique Dany Rose, président de la Fédération des chasseurs de Loire-Atlantique.

Les chasseurs ont en effet un intérêt direct à réguler les populations de sangliers en milieu agricole, car depuis la loi de finances de 1968 supprimant le droit d’affût des agriculteurs, ce sont les fédérations départementales qui doivent indemniser les dégâts importants aux cultures (mais pas les autres dégâts agricoles).

Des capacités de stockage limitées

Toutefois, face à des effectifs croissants de sangliers, les chasseurs ont du mal à assurer leurs missions de régulation. L’un des freins est notamment de savoir que faire des carcasses : quand il y a de grandes battues, ils se retrouvent parfois avec 25 ou 30 sangliers.

Même si la viande est partagée entre tous les participants de la battue, lesquels peuvent remplir leurs congélateurs et faire des pâtés, saucisses, rillettes, les capacités de stockage sont néanmoins limitées, sans compter que certains chasseurs en ont « un peu marre » de manger du sanglier…

Face à cette situation, la Fédération des chasseurs du Cher, département où les prélèvements de sangliers sont importants, a eu l’idée, il y a deux ans, de permettre aux chasseurs de proposer le produit de leur chasse à des particuliers, gratuitement, ou pour un dédommagement modique (1 à 2 € le kg).

Naissance de Gibier pour tous dans le Cher

C2F concept, startup hébergée au Village by CA Centre-Ouest à Châteauroux, et déjà spécialisée dans la valorisation du gibier, leur a alors conçu « Gibier pour tous », une plateforme numérique sur laquelle chasseurs et consommateurs peuvent se mettre en lien au sein d’un même secteur géographique.

« Ce sont les fédérations départementales de chasse qui adhérent à la plateforme, présente Loïc Lehalle, chef de projet à C2F concept. Nous avons commencé avec le Cher, nous avons rapidement eu trois autres départements. Aujourd’hui, nous en avons neuf. L’outil s’adapte à tous les départements, qu’ils abattent 7000 grands gibiers (sangliers, chevreuils, cerfs) par an comme en Deux-Sèvres, ou 30 à 35 000 comme dans le Cher ».

Concrètement, les consommateurs s’inscrivent gratuitement sur le site pour renseigner leur disponibilité et leur souhait de gibier (certaines fédérations proposent aussi du chevreuil et du cerf). Les sociétés de chasse qui estiment qu’elles auront des animaux à céder lors d’une battue récupèrent alors les listes des personnes intéressées dans leur secteur et les préviennent de se tenir prêts le jour de la chasse.

Dany Rose, président de la Fédération départementale des chasseurs de Loire-Atlantique, aux côtés de Loïc Lehalle, chargé de projet Gibier pour tous à C2F concept. (Crédits photo : Catherine Perrot)

Animal entier, éviscéré sous peau

Le rendez-vous n’est confirmé qu’une fois les animaux tués, car « la chasse, c’est de l’imprévu », rappelle Loïc Lehalle. Les consommateurs se rendent aussitôt sur le lieu fixé pour récupérer leur bête. Pour respecter la réglementation, les animaux doivent être récupérés entiers, éviscérés, sous peau : ce sera au consommateur de réaliser la découpe. « Mais on trouve des tutos sur internet », souligne Loïc Lehalle, qui rappelle que sur un sanglier, « le ratio est 55 kg plein, 40 kg vidé et 14 kg de venaison nette ».

Pour éviter tout risque sanitaire avec cette viande goûteuse, peu grasse et garantie « biologique » même si elle n’en n’a pas le label, on évitera le steak tartare ou le rôti saignant, mais on privilégiera le civet, les ragoûts, les côtelettes bien cuites et bien sûr, les pâtés. « Le seul risque, c’est celui de la trichinellose », décrit Dany Rose.

"Nous sommes fiers d’être chasseurs et cela nous fait plaisir de donner "

Le 15 novembre dernier, à Joué sur Erdre, Dany Rose conduisait une battue avec une vingtaine de chasseurs, pour réaliser le premier don officiel marquant l’entrée du département de Loire-Atlantique dans l’aventure « Gibier pour tous ». En quatre heures de chasse, trois animaux ont été tués, deux partagés entre les participants, et le troisième, le plus « petit » mais pesant quand même une cinquantaine de kilos, a été donné à un particulier.

Pour ce premier échange, c’est le don qui a été privilégié, « parce que nous sommes fiers d’être chasseurs et que cela nous fait plaisir de donner ». Il y a en effet dans Gibier pour tous une dimension « sociétale », de faire mieux connaître le milieu de la chasse, de casser certains clichés, tout en permettant à des gens aux moyens parfois limités d’accéder à une viande de qualité.

A la fin de la battue, la Fédération des chasseurs de Loire-Atlantique a procédé à son premier don officiel dans le cadre de Gibier pour tous. (Crédits photo : Loïc Lehalle)

Un succès public

Loïc Lehalle, qui a eu l’occasion d’assister à des remises de nombreux animaux, a pu remarquer l’important « brassage social » parmi les consommateurs, avec parfois des sangliers embarqués dans les coffres de petites voitures citadines. « J’ai même eu le cas d’une personne qui ne mangeait plus de viande, qui a bien voulu manger cette viande de gibier ».

D’ailleurs, pour le moment, Gibier pour tous connaît un succès presque déséquilibré… du côté des consommateurs : « Nous avons à ce jour 6000 particuliers inscrits et seulement 300 chasseurs inscrits ». Les chasseurs seraient-ils un peu timides ? En tout cas, qu’ils se rassurent, ils ne sont peut-être pas si mal aimés qu’ils le croient !