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Mercredi 18/02/2026

Plus de végétation en bord de champ, c’est moins d’adventices problématiques dans le champ

C’est la conclusion d’une étude de l’Anses, de l’INRAE et de l’association Solagro, qui pointe également des bénéfices pour l’alimentation des insectes pollinisateurs, la lutte contre l’érosion des sols ou encore la conservation d’espèces végétales.

« L’une des craintes des agriculteurs et agricultrices, lorsqu’on les encourage à adopter des pratiques favorables à la végétation au bord de leur champs, notamment en diminuant l’utilisation de pesticides, est que celles-ci soient défavorables aux cultures. Mais notre étude montre au contraire que ces pratiques sont non seulement bénéfiques pour tous les services écologiques étudiés mais qu’elles diminuent les risques pour l’agriculture liés aux bordures des champs ». C’est l’enseignement tiré par Léa Genty, postdoctorante dans l’unité Entomologie et botanique au Laboratoire de la santé des végétaux de l’Anses et auteure principale d’une étude menée avec l’INRAE et Solagro et publiée dans la revue Ecological Applications.

458 parcelles suivies pendant cinq ans

Les scientifiques ont suivi pendant cinq ans 458 parcelles réparties dans toute le territoire hexagonal et la Corse, « une première à l’échelle nationale » selon les auteurs. « On aurait pu s’attendre à ce que l’utilisation d’herbicides diminue la quantité de plantes problématiques, mais en réalité ce résultat n’est pas si surprenant, poursuit la scientifique. L’exposition indirecte des bordures aux pratiques de la parcelle en matière d’herbicides et de fertilisants favorise l’installation d’adventices tolérantes aux herbicides et profitant des apports en nutriments. Ces plantes sont plus compétitives et représentent plus de risque pour l’agriculture ».

Les services rendus par la végétation en bord de champ

Les résultats de l’étude consacrent également des bénéfices moins surprenants, tels que l’apport de nourriture aux insectes pollinisateurs, jaugé à partir de la diversité des espèces de végétaux, de l’abondance relative des plantes à fleurs et de leur diversité morphologique, la lutte contre l’érosion des sols ou encore la conservation des plantes moins communes dans les paysages agricoles, notamment des adventices rares et non nuisibles, présentes dans moins de 10 % des parcelles agricoles, ainsi que des plantes de type prairial, plus proches des végétaux observés en milieu naturel.

Les facteurs amplifiant les bénéfices

Plus la largeur des bordures est importante, plus la communauté de plantes présentes est diverse et ressemble à celle des milieux naturels, relève l’étude. Cette dernière pointe également l’effet cumulatif des bonnes - ou mauvaises - pratiques à l’échelle du territoire. Si le paysage environnant est composé de nombreuses parcelles agricoles où des quantités importantes d’herbicides et de fertilisants sont utilisées, la végétation des bordures de champs est moins diversifiée et contient plus de plantes adventices problématiques. Ces effets ne sont pas compensés par des pratiques moins intensives à l’échelle des parcelles.

Concrètement, des bordures moins souvent fauchées, suffisamment larges et moins exposées aux traitements favorisent une végétation utile, qui limite les adventices tout en soutenant des services clés pour l’agriculture, comme la protection des sols et la présence de pollinisateurs, conclut l’étude.