Remplacer la paille par le bois bocager de l’exploitation - Pleinchamp

Remplacer la paille par le bois bocager de l’exploitation

Dans le Maine-et-Loire, des éleveurs remplacent la paille par du bois déchiqueté issu des haies de leur exploitation. Si les premiers retours sont satisfaisants, la gestion de la haie et la technique de séchage doivent respecter des critères techniques pour assurer la pérennité du système.

Alors que la paille à disposition des éleveurs s’est raréfiée lors des dernières années, certains se sont tournés vers des solutions à base de bois déchiqueté pour la litière des animaux. Dans les Mauges, région bocagère du Maine-et-Loire, une journée organisée sur ce thème début février par la Chambre d’agriculture et l’association Mission bocage a rencontré un franc succès. Ils étaient plus d’une trentaine d’éleveurs à se renseigner et partager leurs expériences sur le sujet. C’est Valentin Loiseau, éleveur allaitant à Chanteloup-les-bois, qui recevait le groupe lors de la première partie de la journée.

« Normalement j’ai besoin de 85 bottes de paille, mais je n’en ai récolté que 26 cette année. J’ai pu trouver un seul camion pour compléter, et encore il était constitué pour moitié de paille de luzerne », témoigne-t-il. Cette situation l’a obligé à chercher des alternatives, en l’occurrence le bois déchiqueté. « J’avais entendu dire que les vaches ne se couchaient pas dessus. La première fois, je leur ai laissé le choix avec une partie toujours paillée. Elles se sont toutes mises sur le bois », affirme l’éleveur, enthousiaste. Valentin Loiseau explique cette préférence par un matériau très drainant et séchant. Il le juge même plus absorbant que la paille de triticale qu’il utilise habituellement. « J’ai mis 20 centimètres en une fois que j’ai pu garder 25 jours avec un passage de cultivateur à 18 jours. Idéalement je pense qu’il faudrait diviser l’apport en deux fois 10 centimètres », rapporte l’éleveur. Il n’a pas constaté de problème particulier concernant l’épandage de cette litière.

Valentin Loiseau dans sa stabulation où une nouvelle litière de bois déchiqueté a été installée quatre jours auparavant.

« Il est important d’utiliser du bois bocager entretenu régulièrement car il contient moins de tanins problématiques pour les sols qu’un bois forestier », fait savoir Yves Gaborit, directeur de l’association Mission bocage. Selon les années et le prix de la paille, le coût peut s’avérer très avantageux. L’association avance un chiffre de 13 à 17 euros du mètre cube apparent déchiqueté (MAD), comprenant les prestations de coupe et de broyage. Une tonne de paille étant équivalente à 4 MAD, le prix correspond à 60 €/t de paille. Sans compter que CarboMauges, la déclinaison locale de Carbocage, le programme régional de rémunération du carbone stocké dans le bocage, pourrait apporter un complément de revenu aux agriculteurs.

De la fine de bois pour l’absorption

La journée s’est poursuivie au Gaec des Futaies à Yzernay. Sur cet élevage laitier, le bois est utilisé d’une toute autre manière. Christian Reulier et ses associés apportent à la main chaque jour sept sceaux de fine de bois sur les matelas des logettes pour le troupeau de 70 têtes. Cette matière très fine, comme son nom l’indique, est récupérée lors du calibrage et du tri des morceaux de bois déchiqueté. « Il y a uniquement une fonction sanitaire pour absorber l’urine et les écoulements de lait. Le confort est assuré par les matelas », explique l’exploitant. Cette matière fine est compatible avec l’aspirateur à lisier automatique dont est équipé le Gaec des Futaies. « Nous avions commencé avec de la farine de paille mais impossible d’en trouver en bio », se rappelle Christian Reulier. Il est très vigilant sur la qualité de fine qui lui est livrée. Si la poudre de bois contient encore des échardes un peu plus grosses, les vaches risquent de se blesser en se couchant. « Il faut pouvoir la prendre en main sans que cela pique », prévient-il.

Une recherche d’autonomie bocagère

La journée organisée par la Chambre d’agriculture et Mission bocage était également l’occasion de parler de la production de bois déchiqueté directement sur l’exploitation. « Quand je me suis aperçu que je n’allais pas avoir assez de paille, j’ai trouvé sur une internet une annonce de plaquettes de bois. C’est à ce moment-là que je me suis dit que j’avais aussi la ressource sur l’exploitation », se souvient Valentin Loiseau.

Au Gaec des Futaies, la stratégie a été un peu différente. Les éleveurs ont livré leur bois à la Scic Maine et Loire Bois énergie. Cette dernière leur a ensuite retourné un caisson de fine de bois provenant du triage de bois déchiqueté de la zone bocagère.

Christian Reulier coupe lui-même les arbres têtards de son exploitation. « Le plus long c’est d’enlever et remettre la clôture », sourit-il.

Pour avoir une litière de qualité avec un réel pouvoir absorbant, certaines règles doivent être respectées lors de la coupe et du broyage des haies et des arbres têtards. « Le bois doit être déchiqueté au maximum trois mois après la coupe avec un broyeur à couteau. Il faut ensuite respecter une période de six mois de séchage, idéalement à l’abri et/ou sur plateforme bétonnée pour atteindre 20 à 25 % d’humidité », avertit Yves Gaborit. Il insiste également sur la nécessité de planifier sa production bocagère à travers un plan de gestion de valorisation pour éviter une surexploitation qui nuirait aux arbres. Pour cet expert de la haie, il faut espacer les coupes de 15 ans et être très vigilant lors du travail du pelliste. « Ils ont tendance à beaucoup couper pour vous faire plaisir, mais c’est parfois aux détriments des arbres », insiste-il.

Reprendre l’exploitation des têtards en douceur

Yves Gaborit met en garde les agriculteurs qui voudraient recommencer à exploiter les arbres et haies bocagères qui n’ont pas été entretenus pendant de longues périodes. « Attention aux vieux arbres têtards. Il vaut mieux faire une première coupe légère avec un technicien », prévient-il. En effet, les branches de ces vieux arbres, à l’image du bois forestier, sont constituées en majorité de duramen, la partie dure au centre du bois. À l’inverse, les branches des arbres bocagers régulièrement coupés sont constituées en majorité d’aubier, la partie externe dans laquelle passe la sève. C’est cette composition qui permet une repousse durable et productive.

Sur cette branche d’arbre bocager, Yves Gaborit montre la grande part d’aubier et celle moins importante de duramen.