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Mercredi 04/02/2026
[TÉMOIGNAGE] Près de Pontivy, cet éleveur s'équipe de robots pour alléger son travail autour du troupeau
Installé à Guern depuis 2013, Pierrick Le Diagon n'a eu de cesse de robotiser son élevage laitier afin d'alléger le travail et de le rendre plus attractif pour les salariés.
Lentement, le robot d’alimentation Lely poursuit sa route d’une table d’alimentation à l’autre, distribuant ici sa ration, repoussant là le fourrage pour inciter les vaches à se lever et venir se nourrir. Puis il revient sagement à sa base, une fois vérifié qu’elles disposent de suffisamment d’aliments.
Des robots pour traire, alimenter et nettoyer
Mis en route en juillet dernier, ce robot a rejoint le robot de traite et le robot racleur dont disposait déjà Pierrick Le Diagon, producteur de lait à Guern. Petit retour en arrière.
Le futur éleveur opte donc pour un BEP après la Troisième, et poursuit ses études par un Bac pro, un BTS Acse et une licence pro MEA, management de l’entreprise agricole. « Je suis allé travailler 6 mois en élevage aux USA, avant de faire quelques saisons ici ».
Salarié avant de s’installer
Salarié sur l’exploitation familiale, il profite d‘une opportunité en 2013 pour reprendre une exploitation voisine, de 45 vaches et 54 ha de SAU. « Pendant 3 ans, j’ai trait seul. Puisque mes parents disposaient d’un roto, qui pouvait traire les deux troupeaux, on a créé une SCL, une société civile laitière ». Une solution qui permet de regrouper les troupeaux, chaque exploitation continuant à mener ses cultures, avec son propre matériel.
Nouveau changement en 2021, avec le départ en retraite de ses parents et le regroupement des deux exploitations, qui totalisent 125 laitières et 200 ha de SAU. « Mes parents avaient un salarié, j’en ai embauché un autre pour les remplacer ». Au bout d’un an, il décide de changer de système de traite et installe deux robots Lely. « Je voulais me libérer de l’astreinte horaire et de la contrainte physique de la traite », indique l’éleveur, qui en profite pour réorganiser le travail avec un seul salarié.
Plus de lait par vache
Le robot lui permet aussi un retour rapide d’informations techniques, que n’offre pas le contrôle laitier. Et les résultats se sont améliorés, avec une production laitière qui a grimpé de 4 kg par vache et par jour.
L’élevage s’équipe aussi d’un robot racleur CRD et Pierrick Le Diagon réfléchit très vite à y ajouter un robot d’alimentation. « Le salarié passait au moins 2 heures le matin à alimenter les différents troupeaux. Et il ne partait au champ qu’à 10 h ». Une organisation du travail qui ne lui convient pas car, à côté des surfaces fourragères, dédiées au troupeau, l’exploitation produit aussi des petits pois à destination des usines de surgélation, des pommes de terre... « Et même si nous disposions d’une mélangeuse Keenan, les rations n’étaient pas toujours assez précises ».
Une « cuisine » pour préparer les rations
À proximité immédiate du silo à maïs, il construit donc une « cuisine », un bâtiment fermé, où sont disposés tous les ingrédients de la ration : ensilage de maïs et d’herbe, maïs grain, soja, minéraux… « Sauf les betteraves, que je continue à distribuer à l’auge : j’avais peur que les cailloux n’abîment le robot ».
Si, à la belle saison, les vaches disposent d’une parcelle pour se dégourdir les pattes, elles passent la plupart du temps en bâtiment et le robot d’alimentation fonctionne toute l’année. Il vient, plusieurs fois par jour, se recharger dans la « cuisine », avant d’aller distribuer leur ration aux différents lots d’animaux, en suivant un marquage au sol. « Pour l’instant, il prépare 14 bols par jour, dont 10 pour les laitières, avec 4 recettes différentes », indique l’éleveur. « Bientôt 6 ». Car le prochain projet est de regrouper sur un seul site des animaux jusqu’à présent répartis sur deux autres sites en hiver, un autre en été. « Là encore, on gagnera du temps ».
Autant de lait avec moins de maïs
Disposant de 6 mois de recul, l’éleveur est satisfait de son investissement. « Pour l’instant, la production laitière n’a pas augmenté. Mais les gains sont quand même nombreux ». À commencer par le temps de travail, puisque l’éleveur gère désormais seul le troupeau le matin, permettant au salarié de partir vers les champs dès 8 h.
L’emploi du temps de la semaine est rythmé par le robot d’alimentation : la « cuisine » est chargée deux fois, les lundis et vendredis, ce qui prend 45 minutes avec le nettoyage, et nécessite un appoint le mercredi, pour une durée de 20 minutes, quand il fallait, auparavant, au moins 2 h par jour. « Il me faut aussi 5 minutes par jour pour nettoyer la » cuisine « , ramasser le maïs qui est tombé à côté des cubes… ».
Avec ce nouveau système, le télescopique est nettement moins sollicité. Et il n’y a plus ni refus ni concurrence à l’auge, la ration étant rapprochée plusieurs fois par jour. « On ne jette plus de maïs, c’est aussi un gain ». Et le robot lui permet aussi d’alléger le travail du week-end, quand une seule personne est présente. « Le salarié me remplace un week-end par mois ».
Avec l’aide d’un expert du Crédit agricole
Avant de s’équiper de ce robot d’alimentation, Pierrick Le Diagon a voulu se renseigner. « Je suis allé aux Pays-Bas avec Lely voir une ferme équipée. Et ici, je suis allé en voir deux autres ». Il s’est aussi rapproché du Crédit agricole du Morbihan, qui dispose d’un expert, qui a réalisé une étude économique. « Il l’avait déjà fait au moment de l’installation des robots de traite. Ça permet d’avoir un chiffrage précis, de savoir dans quoi on s’engage ».
« Notre rôle est aussi d’accompagner les projets de nos clients », souligne Jarl Rae, chargé de clientèle agricole au Crédit agricole du Morbihan. « Ces études, en amont, permettent de chiffrer les gains pour l’agriculteur, qu’ils soient environnementaux, sociaux ou sociétaux ». Ici, le gain de temps était évident. « Il y a aussi moins d’usure pour le tracteur ». Des gains qui ont pu être mis en avant lors de la porte ouverte, organisée avec l’ensemble des partenaires de l’exploitation. « Nous sommes là pour éclairer les choix des agriculteurs, pas pour décider à leur place ».
Faciliter l’embauche
Au-delà de tous ces avantages, cette robotisation de la ferme offre aussi à Pierrick Le Diagon plus de sérénité. « Si mon salarié doit s’absenter, pour une raison ou pour une autre, je peux faire face seul au travail. C’est compliqué, mais pas catastrophique ». Et ce sera un plus en termes d‘attractivité, s’il lui faut un jour recruter un salarié. « Les horaires, 8 h/12 h, 14 h/18 h, sont confortables pour un élevage laitier ».
Retrouvez également l'article sur le site de actu.fr.