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Lundi 12/10/2026
Viticulture, des vignes arrachées face à une crise qui s'enracine
Sécheresse, canicules, épisodes pluvieux extrêmes, recul de la consommation et exportations en baisse : les vignerons doivent composer avec des difficultés qui s'accumulent. Alors que 27 000 hectares de vignes ont été arrachés en 2026, la filière réclame des moyens pour mieux protéger son outil de production et adapter son offre.
L'été 2026 a généré une récolte réduite. Mais "chaque année on est bousculé par le climat", souligne Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vin de l'établissement public FranceAgriMer et viticulteur dans l'Hérault. "En Occitanie, cela fait 5 ans que nous avons aléa sur aléa. Nous venons de passer de la sécheresse à un épisode cévenol amenant plus de 200 millimètres d'eau en 12 heures. Ces aléas qui étaient exceptionnels deviennent permanents. La difficulté pour le vigneron est de pouvoir amener sa production jusqu'au bout". En 2025 canicule et sécheresse aoûtiennes avaient déjà réduit les vendanges, des Charentes au Bordelais et jusqu'en Languedoc-Roussillon. Idem dans d'autres régions en 2024, pour cause de précipitations, gel tardif ou sécheresse... tandis que dans le même temps, le réchauffement du climat défie la vinification.
Le vin français peine à trouver de nouveaux consommateurs
Le secteur se heurte en parallèle à un repli de la consommation, marquée par une moindre appétence pour le vin rouge et des évolutions générationnelles. Premier pays consommateur de l'Union européenne et premier marché pour son propre vin, la France poursuit un recul entamé il y a des décennies, de 3,2 % encore en 2025 sur un an, selon l'Organisation internationale de la vigne et du vin. "Il y a un sujet de pouvoir d'achat, le vin subit les arbitrages peut-être plus durement que d'autres produits", constate Jérôme Despey, également vice-président de la FNSEA. Mais "le vrai challenge c'est comment on fait pour proposer aussi des vins mieux adaptés aux besoins des consommateurs, plu légers, plus frais, désalcoolisés..." "Il n'y a plus le luxe de savoir s'il faut faire ou ne pas faire (...) Je ne dis pas que la consommation va reprogresser. Je dis qu'au moins il faut essayer d'enrayer cette baisse en essayant de nous adapter". Quant à l'export, il ne compense pas, pénalisé par les difficultés économiques de grands pays destinataires et des droits de douane accrus aux États-Unis, premier marché à l'international. En 2025, les exportations globales de vin français ont encore reculé de 3 %, malgré une bonne tenue des effervescents (+3 %).
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27 000 hectares de vignes arrachés pour réduire la voilure
Face à la crise, plusieurs plans d'arrachage de vignes ont été financés. Le dernier, cette année, a porté sur 27 000 hectares, réduisant la surface viticole à 740 000 ha (contre près de 800 000 il y a cinq ans). Il a surtout concerné Bordeaux, le Sud-Ouest et l'Occitanie - d'autres zones rencontrant moins de difficultés, voire pour certaines continuant à s'étendre. Si certains arrachages correspondent à des arrêts d'activité, environ deux tiers doivent permettre de la réorienter, tout en réduisant la surproduction. A Bordeaux par exemple les blancs gagnent en surface : 13 % (hors vins doux) en 2025 contre 9,3 % en 2016, avec notamment une montée du crémant.
La filière réclame 4 milliards d'euros pour protéger les vignes
Alors que la France comptait 59 000 exploitations en 2020, ce nombre s'est réduit à 53 000 en 2023, selon le ministère de l'Agriculture. Le secteur viti-vinicole indique porter près de 500 000 emplois. Selon l'observatoire des Vignerons indépendants, une entreprise sur deux se dit aujourd'hui en grande difficulté de trésorerie. "Ce qui est le plus déstructurant, c'est l'aléa climatique, et cette année c'est dans toutes les régions", dit Jean-Marie Fabre, président du syndicat, qui réclame au moins un dispositif de protection pour les vignes (filets anti-grêle, fils ou tours anti-gel, retenues d'eau...), pour un budget de 4 milliards d'euros selon lui finançable sur 5 ans à moitié par la politique agricole commune et des fonds nationaux (État et régions). Confrontée à "une sédimentation de crises depuis 5 ans", la filière est "à un point de bascule", assure le vigneron audois, pour qui il faut "arrêter de dépenser a posteriori". Il appelle aussi l'État à mieux défendre commercialement un "secteur stratégique".