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Au nom de son père, agriculteur

Adèle Magnard

Au nom de son père, agriculteur
Guillaume Canet (à droite) et Anthony Bajon dans le film Au nom de la terre, sortie le 25 septembre 2019.

Le réalisateur Edouard Bergeon porte sur grand écran la détresse agricole dans un long-métrage inspiré de sa propre histoire familiale, Au nom de la terre. Avant sa sortie officielle le 25 septembre, le film est présenté en avant-première dans de nombreuses villes. Engagé avec l’association Solidarité Paysans, qui accompagne depuis près de 30 ans les agriculteurs en difficulté, le réalisateur en appelle à un éveil des consciences.

Présenté comme une "saga familiale" portant "un point de vue humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années", le film Au nom de la terre expose avec une justesse bouleversante les difficultés que rencontrent malheureusement bien trop d’agriculteurs : l’endettement, l’isolement, le travail, sans cesse le travail, sans vacances ni weekends. Si le réalisateur Edouard Bergeon filme tout ceci avec réalisme, c’est qu’il raconte en partie son histoire. Ou plutôt celle de son père, "malade de travail", qui s’est donné la mort à 45 ans sur sa ferme. 

Dans le film, ce père, c’est Pierre Jarjeau, éleveur de chèvres en Mayenne, incarné à l’écran par l’acteur Guillaume Canet. Ce sont les années 1990 et la "modernisation" des fermes bat son plein. La production de chevreaux n’apportant plus suffisamment de trésorerie, Pierre s’endette pour construire un nouveau bâtiment : 20 000 poulets, des lots de 35 jours, la distribution automatisée. "Je suis un entrepreneur, moi !", rétorque-t-il à son père qui se qualifie de "paysan". Entre les deux générations, le dialogue n’existe pas. Même dos au mur, rongé par les dettes, Pierre n’osera jamais demander à son père un délai pour le fermage, qu’il lui paie depuis la reprise de l’exploitation quinze ans plus tôt. Sa femme, Claire, cumule un emploi de salariée à l’extérieur ("qui permet de remplir le frigo") et la comptabilité de l’exploitation. Le couple est soudé, la famille est unie, mais Pierre sombre peu à peu. Leurs deux enfants, adolescents, assistent impuissants à sa déchéance.  

"Un moment intense"

"On voit qu’Edouard Bergeon a vraiment vécu tout cela de très près", constate Patrick Bougeard, ancien éleveur laitier en Ille-et-Vilaine et président de l’association Solidarité Paysans. Il salue "la justesse incroyable des acteurs" et "le réalisme de la vie sur l'exploitation". "Les situations mises en scène dans le film sont au coeur du quotidien de Solidarité Paysans", témoigne-t-il. Avec 1000 bénévoles et 80 salariés à l’échelle nationale, l'association accompagne chaque année 3000 agriculteurs dans leurs difficultés quotidiennes. Le film a été projeté lors de l’université d’été de Solidarité Paysans, qui s’est tenue du 9 au 11 juillet dans les Côtes-d’Armor. "Il y avait 750 personnes dans la salle, raconte Patrick Bougeard. C’était un moment intense". Le réalisateur Edouard Bergeon et l’acteur principal Guillaume Canet étaient présents pour débattre avec le public. "Ils se sont tous les deux beaucoup impliqués pour communiquer autour de la détresse agricole et ont apporté une plus grande visibilité à notre association", confie Patrick Bougeard.

Un message politique

Les données récentes sur les suicides agricoles, publiés par la MSA le 8 juillet, ont confirmé "une surmortalité par suicide des assurés au régime agricole" par rapport à l'ensemble de la population. Les chiffres les plus récents présentés dans cette étude datent de 2015. Cette année-là, 292 agriculteurs et 80 agricultrices s'étaient suicidés. C’est plus d’un par jour. Pour le président de Solidarité Paysans, il est urgent de "trouver des alternatives au modèle productiviste" et de mettre en place des systèmes agricoles "plus résilients". Ce modèle productiviste, c’est celui que l’on retrouve dans Au nom de la terre. Le réalisateur admet d’ailleurs que son film a un message politique. Mais "dans le sous texte", précise-t-il. "C’était très important de ne pas surligner mais d’être précis dans la reconstitution des décors, du matériel, des pratiques de l’époque, fait-il savoir. Si le film pouvait éveiller la conscience de nos concitoyens, ce serait formidable".

La sortie officielle du film est prévue pour le 25 septembre, mais une large tournée d’avant-premières a lieu cet été, notamment dans les salles rurales. Dans toutes les avant-premières, un accompagnant de Solidarité Paysans sera présent pour débattre avec le public et l'équipe du film. 

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Commentaires 9

jeff

merci de parler de notre métier , de ses difficultés,physiques morales et les conflits de générations... des drames qu il occasionne...

digue3942

comment est-ce possible d'être soumis en tant que paysan à une telle pression sociétale et capitalistique alors que nous faisons que produire de la nourriture pour le genre humain c à d le premier besoins VITAL. personne en france ne doit être capable ou avoir la possibilité de nous culpabiliser par rapport à ce qui est notre mission .

MonCom

Film vu en avant -première ! excellent ! il démontre bien les problèmes de génération, de l'installation, de l'endettement, de la spirale infernale du "produire plus" pour s'en sortir, entraînant l'épuisement moral, lorsqu'il n'y a pas d'aide familiale… et pire lorsqu'une "tuile" s'abat sur l'exploitation comme dans le film... Les acteurs incarnent à merveille leur rôle !
A ne pas rater !

Merci

Coup de chapeau à l'association Solidarité Paysans qui est un soutien inestimable après des agriculteurs en difficulté.
Nous en sommes les témoins directs
Sans eux il y aurait encore plus de drames.

CERISE6083

bravo de faire comprendre que le modele de ce que j appelle moi de la betise humaine de nos dirigeant politique qui change de fauteuils pour gerer des chiffres ils nous voient vivent notre metier dans des salons des concessions du monde entier voient
du materiels hypers sophistiquer d electronique que les mecaniciens sont perdus dans la nouvelle technologie il n y aura bientot plus d agriculteurs pouvant vive de leur metier la mondialiation a tous tuer se sont des entrepreneurs qui ferons le travail avec des societées a l ameriquaine plus personne dans les villages toutes les associations ferme leurs porte le smic la vie courante d un agriculteur va venir comme celui de leurs vaches regarder passer les trains

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