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Les distributeurs font main basse sur le SRP, selon Coop de France

Raphaël Lecocq

Les distributeurs font main basse sur le SRP, selon Coop de France
D'Aucy

Coop de France dénonce le détournement d’objet du relèvement du SRP ainsi que d’autres atteintes aux ordonnances EGAlim. Système U demande du temps. Une Commission d’enquête parlementaire va auditionner les distributeurs.

600 millions d’euros par an : c’est, selon Coop de France, la somme générée par le relèvement de 10% du Seuil de revente à perte (SRP). Ni les agriculteurs ni les transformateurs n’en ont vu la couleur, selon Coop de France. « Un mois après la fin des négociations commerciales et suite aux remontées transmises par les coopératives agricoles sur leur déroulement, le bilan est sans appel : malgré la loi et les déclarations récentes, la guerre des prix continue », dénoncent les coopératives dans un communiqué. « Le compte n’y est pas sur la revalorisation des tarifs, le lait de vache étant bien « l’arbre qui a caché la forêt ». Pour l’ensemble des autres filières, notamment en viandes et pour les produits issus des céréales, les baisses de tarifs se poursuivent et les effets des EGA sont nuls ».

Stratégies d’esquive

Depuis le 1er février dernier, sous l’effet du relèvement du SRP, un produit alimentaire doit être revendu au moins 10% plus cher que le prix auquel il a été acheté. Le relèvement du SRP est un des trois leviers activés par la Loi alimentation, adoptée en octobre 2018, et visant à mieux partager la valeur entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Une deuxième ordonnance concerne l’encadrement des promotions, et en valeur et en volume. Les promotions sur les produits alimentaires ne peuvent ainsi pas excéder 34% du prix de vente au consommateur tandis que le volume global des promotions sera limité à 25% du chiffre d'affaires ou du volume prévisionnel d'achat entre le fournisseur et le distributeur fixé par contrats. Coop de France dénonce les stratégies d’esquive des distributeurs, à commencer par la réduction du périmètre des marques nationales, au profit des marques de distributeurs (MDD), qui représentent 40 à 80% des volumes selon les filières, et qui sont sous le coup d’une déflation, selon Coop de France. Les coopératives dénoncent le détournement de l’encadrement des promotions, permettant l’affichage de prix dégradés, ainsi que l’augmentation des demandes de budgets supplémentaires pour financer des opérations en magasin (opérations collector, sponsoring, participation à des jeux ou des loteries...).

« Dans trois ou quatre mois »

Les coopératives s’interrogent par ailleurs sur le troisième ordonnance, relative aux prix abusivement bas, dont le texte doit être présente au Conseil des ministres le 10 avril prochain. « L’insécurité juridique liée à l’application de l’ordonnance sur les prix abusivement bas renforce le risque économique majeur pour nos entreprises coopératives », déclare Dominique Chargé, président de Coop de France, cité dans le communiqué.  "Et ce sont les agriculteurs, parce qu’ils sont des associés- coopérateurs, qui en subiront les conséquences ». Au micro de France Inter la semaine dernière, Dominique Schelcher, Pdg de Système U a avait contesté le constat dressé préalablement par les JA. « Par rapport à la loi alimentation, il y a un avant et un après », a-il déclaré. "Nous avons par exemple chez U accepté un certain nombre de hausses de prix quand nous avions la certitude que ce prix allait rejaillir dans la cour de la ferme de l’agriculteur. Ces prix résultant des négociations 2019 arrivent maintenant dans nos magasins et dans nos tarifs, donc c’est maintenant que les agriculteurs, sur le lait, sur la pomme de terre, sur un certain nombre de produits, vont voir concrètement que les lignes ont bougé. (...). Dans quatre mois et on pourra mesurer que la hausse d’un certain nombre de produits bénéficie directement aux agriculteurs ».

Enquête parlementaire 

L’Assemblée nationale a décidé de se saisir de la question. Le 26 mars dernier, les députés ont validé la création d'une commission d'enquête sur la situation et les pratiques de la grande distribution et de ses groupements dans leurs relations commerciales avec les fournisseurs. A ce sujet, le Pdg de Système U, toujours sur France Inter a estimé que son enseigne n’avait rien à cacher. « Moi j’irai en toute transparence", a déclaré Dominique Schelcher. « On est une enseigne qui cherche souvent l’équilibre dans nos relations commerciales, on est exigeant avec les grandes multinationales puissantes et on est juste avec les plus petits avec qui nous discutons directement ». A propos de la concentration des centrales d’achat, et notamment du lien entre Système et Carrefour, le distributeur a indiqué que la centrale commune «  concernait uniquement 70 multinationales face auxquelles Système U est trop petit ». « Les PME françaises, on continue à discuter en direct et à trouver des partenariats et des équilibres ». S’agissant de l’idée d’appliquer une TVA à taux zéro sur les produits bio et sur les produits de première nécessité, Dominique Schelcher a jugé que c’était "un faux débat compte tenu des règles européennes" et que la priorité en bio était « de consolider un approvisionnement français de qualité, pas de brader les prix ».

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Commentaires 3

Oxmo

La valeur ajoutée ça se partage pas ça se négocie

alex

nous voyons toujours rien venir pour les céréales.
l'annulation de la taxe farine ,les meuniers ne vont pas redistribuer.
pecnots que nous sommes restons le 1er maillon de la chaîne et acceptons notre sort de bon serf..
les syndicats dénoncent les abus pour garder les paysans en colère mais en vérité ne font rien.
il est grand temps que les soi-disantes exigences sociétales soient répercutées dans les coûts de production.
qui paient les surcoûts d'obligation d'engrais vert...
non seulement les gains de productivité sont spoliés mais en plus il n'y a plus de gain de productivité possible d'où une lente mais certaine descente aux enfers...

Acharge08

tes comm

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