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Vendredi 20/03/2026
Rungis-Rungis, le court-circuit d’un double quinquennat
[Edito] Attendu pour cet été, le futur Plan national de production agricole et de transformation agroalimentaire à horizon 2035 devrait marquer du sceau de la compétitivité « prix » la fin du double quinquennat d’Emmanuel Macron, lequel l’avait inauguré par la montée en gamme et la compétitivité « hors prix ».
Le 8 décembre dernier, au marché de Rungis (Val-de-Marne), la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sonnait le « Grand réveil alimentaire » et lançait le chantier, pour ne pas dire la bataille, de la reconquête de notre souveraineté alimentaire. « La guerre agricole menace un peu plus chaque jour, il est temps d’agir » avait-elle tonné, appelant la France à « se réarmer ». Charge alors aux différentes filières d’édicter leurs appétits et de décrire par le menu les moyens de les assouvir, en tenant compte des évolutions de marché mondiales, européennes et nationales, du contexte géopolitique, de l’impact du changement climatique et de la disponibilité des ressources. Un exercice de routine pour ne pas dire de régurgitation pour des filières qui piaffent depuis des années, et qu’elles ont donc concocté en quelques semaines et servi sinon réchauffé au Salon de l’agriculture, voire grillé pour le poulet.
Efficacité et compétitivité
Grillé, le poulet tricolore l’est en effet, et toujours plus. Selon l’interprofession, le taux d’auto-approvisionnement (rapport entre production et consommation) en poulets est passé de 70,7% en 2024 à 67% sur 2025 tandis que le taux de dépendance aux importations (rapport entre importations et consommation) passait de 50,4% à 52,4%. En cause ? « Des investissements en bâtiment très élevés, de lourdes contraintes réglementaires et une acceptabilité locale souvent conflictuelle ». La filière fruits et légumes s’étrangle de son côté des « distorsions de concurrence intra-européenne », en matière du coût du travail et d’accès aux produits autorisés dans l’UE mais pas en France. Car la concurrence n’est pas automatiquement synonyme de délocalisation lointaine. Et elle n’épargne pas les filières a priori bien portantes. La France regorge de blé tendre, de blé dur et de lait mais se vide de farine, de pâtes et de beurre made in France. A l’examen des synthèses produites par les filières dans le cadre des Conférences de la souveraineté alimentaire, deux mamelles se font cruellement désirer : l’efficacité et la compétitivité. « Au titre de la compétitivité, ne faut-il pas se poser la question de la taille critique des exploitations » s’est interrogée la ministre de l’Agriculture Annie Genevard au Salon de l’agriculture.
Compétitivité « prix » et « hors prix »
Le diagnostic n’est pas nouveau. Ces dernières années, moult rapports, si l’on songe à celui de FranceAgriMer publié en 2021 et à ceux de la Commission des affaires économiques du Sénat ont documenté le décrochage de la ferme France et de ses usines, notamment vis-à-vis de nos voisins et alliés et néanmoins compétiteurs européens. Aux dires des sénateurs, la France a tout misé sur la « compétitivité hors prix », c’est-à-dire la capacité à gagner ou maintenir des parts de marché en jouant sur la différenciation qualitative, l’image, etc., au détriment de la « compétitivité prix », c’est-à-dire la capacité à proposer des prix plus bas que la concurrence ou à tenir une baisse de prix sans perdre de parts de marché. Ce faisant, « on prône une montée en gamme de l’agriculture française et de l’autre, on laisse entrer des produits « cœur de gamme » plus facilement. L’Etat veut se concentrer sur son marché intérieur par la montée en gamme et ouvre finalement ses portes aux importations » taclaient les sénateurs, non sans viser les lois Egalim, conceptualisées par Emmanuel Macron en 2017 sur les carreaux de Rungis. Fermer la parenthèse ?