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Vendredi 20/03/2026

Les Maraichers Nantais, 200 PME, 10.000 saisonniers choyés : « Notre souveraineté légumière a besoin de bras »

Publié par Pleinchamp

Avec un site internet dédié au recrutement des saisonniers, une chargée de mission dévolue à l’accueil et à l’accompagnement des néo-salariés, notamment étrangers, la mise à disposition de logements ici ou là et un travail au long cours sur l’attractivité des métiers, les 200 PME maraichères du bassin nantais cultivent (aussi) cette ressource précieuse : la main d’oeuvre.

Avec l’arrivée des beaux jours, les maraîchers nantais s’apprêtent à entamer leur saison la plus intense de l’année. Pas toujours dans la sérénité : tous vont devoir trouver des saisonniers et pas qu’un peu : sur le bassin local, on estime les besoins pour cette période à environ 10.000 saisonniers, dont 5000 pour le muguet.

Sans bras, pas de… rutabaga

En effet, malgré les évolutions techniques, malgré les automatisations, une grande partie des opérations sur cultures légumières, en particulier les récoltes, sont encore manuelles. Sans bras, pas de …rutabaga. Mais surtout, pas de tomates, concombres, radis, salades et légumes primeurs non plus, puisque ce sont les principales spécialités du maraîchage nantais.

Ainsi, qu’ils soient serristes, producteurs de légumes sous abri ou de plein champ, producteurs de muguet, tous les maraîchers se mettent actuellement en quête de main d’œuvre. Mais plutôt que de chercher chacune dans son coin (ce qu’elles font aussi), ces entreprises mutualisent leurs recherches au sein de la Fédération des maraîchers nantais.

Il s’agit d’une structure assez unique en France, qui n’est ni une organisation de producteurs, ni un syndicat agricole classique, mais un syndicat professionnel indépendant qui accompagne les maraîchers de Loire-Atlantique et de Vendée sur des sujets communs tels que l’énergie, l’environnement, la technique, et, bien sûr, l’emploi. « En résumé, on y parle de tout sauf du commerce », résume Emilie Cheminant, exploitante maraîchère à Carquefou, responsable de la commission sociale de la Fédération, et, donc, en charge du sujet recrutement.

Emilie Cheminant, exploitante agricole et responsable de la commission sociale de la Fédération des maraîchers nantais : « Nous connaissons et pratiquons tous les gestes que font nos salariés » © Catherine Perrot
Emilie Cheminant, exploitante agricole et responsable de la commission sociale de la Fédération des maraîchers nantais : « Nous connaissons et pratiquons tous les gestes que font nos salariés » © Catherine Perrot

Tous profils, tous âges

« Les postes saisonniers que nous proposons sont des postes d’ouvriers polyvalents : agents de production en serre ou en plein air, et agents de conditionnement et logistique. Ce sont des contrats de 2 à 8 mois pour les légumes, et de deux à quatre semaines pour le muguet », décrit Emilie Cheminant.

« Ces postes sont ouverts à tous les profils, hommes ou femmes, et l’âge n’a pas d’importance. Le diplôme ou l’expérience non plus, car nous formons les gens. On privilégie le savoir être : on cherche des gens disponibles, dynamiques, motivés, à l’heure le matin, qui aiment le végétal et le travail en équipe », poursuit la jeune femme.

Depuis plusieurs années, toutes les annonces de recherche de saisonniers des maraîchers nantais sont regroupées sur un site unique de la Fédération, sur lequel figurent aussi des outils d’information sur les métiers. « Les gens intéressés peuvent postuler directement sur le site ». Leur candidature sera alors examinée par Lou Pouvreau, la nouvelle chargée de mission emploi, récemment recrutée au sein de la Fédération.

Changer les idées reçues sur les métiers du maraîchage : un long travail de fond © Catherine Perrot
Changer les idées reçues sur les métiers du maraîchage : un long travail de fond © Catherine Perrot

« Auparavant, nous avions un partenariat avec Pôle emploi, avec un agent mis à disposition à temps partiel », explique Emilie Cheminant. « Mais avec son départ en retraite, nous avons souhaité créer un poste dédié à l’emploi en interne ». Lou Pouvreau s’occupe ainsi de faire des entretiens de « préqualification » des candidats et de partager leurs profils aux entreprises.

Changer l’image des métiers, renverser les idées reçues

Mais au-delà des recrutements saisonniers, la chargée de mission va également réaliser tout un travail de fond autour de lattractivité des métiers du maraîchage. « On a du mal à recruter parce que nos métiers sont méconnus, voire victimes d’idées reçues », justifie Emilie Cheminant.

« En arrivant à la Fédération, j’ai découvert l’ampleur du sujet et les difficultés rencontrées par les entreprises » ajoute Lou Pouvreau. « Nous allons mettre en œuvre le plus d’actions pertinentes possibles, pour donner envie et valoriser les métiers du maraîchage ». Ces actions pertinentes seront des stands dans les forums emploi ou orientation, avec notamment des vidéos pédagogiques montrant la réalité du travail, mais aussi l’organisation de rencontres avec des collégiens, voire des écoliers.

« Nous souhaitons être transparents sur nos métiers », poursuit Emilie Cheminant, « certes, tout n’est pas rose, ce sont des métiers physiques, souvent debout, souvent répétitifs, mais ils se déroulent en lumière naturelle, et, quand ils sont en serre, en conditions protégées du climat ».

Des efforts et des améliorations à faire connaître

« Il y a eu aussi beaucoup d’amélioration des conditions de travail, avec, par exemple, des chariots élévateurs, des systèmes de déplacements électriques, ou encore des horaires adaptés lorsqu’il y a des canicules ». Emilie Cheminant évoque aussi les aspects financiers : les emplois sont payés au Smic, mais ils comportent souvent des heures supplémentaires, des primes de rendement ou d’assiduité. Et les contrats saisonniers peuvent même évoluer en CDI : « A vrai dire, on ne demande que ça ! ».

Consignes traduites en plusieurs langues, pictogrammes, et trottinettes électriques pour faciliter la vie des salariés en serres de tomates © Catherine Perrot
Consignes traduites en plusieurs langues, pictogrammes, et trottinettes électriques pour faciliter la vie des salariés en serres de tomates © Catherine Perrot

En outre, plusieurs maraîchers nantais ont investi dans la construction de maisons dédiées à leurs saisonniers, sachant que l’absence de transports jusqu’à chez eux et les difficultés de locations sur la région nantaise constituent des freins pour beaucoup de travailleurs.

Autre frein : celui de la langue. Une grande proportion des salariés saisonniers (70 %) sont en effet des ressortissants étrangers : « Nous avons fait un travail sur l’accueil et l’intégration des personnes, avec des documents et des consignes traduits en plusieurs langues. Et nous utilisons beaucoup nos smartphones pour la traduction. »

« On investit dans tous ces dispositifs autour de l’emploi, non pas pour gagner de l’argent, mais pour pouvoir produire, continuer à faire tourner nos entreprises » poursuit Emilie Cheminant, qui se souvient d’années particulièrement tendues où faute de pouvoir les récolter, des légumes ont été perdus. Un comble, alors que la souveraineté alimentaire française n’est plus que de 68 % en légumes.