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Covid et bovins : une complexité structurelle de la filière

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Covid et bovins : une complexité structurelle de la filière

La filière bovine française a traversé la période de confinement avec les bouleversements prévisibles liés à la fermeture des restaurants et des collectivités et la forte baisse des échanges internationaux. Globalement, la première phase du déconfinement se passe relativement sereinement ; cela n’est cependant pas le cas pour tous les segments de marché.

En France, nous consommons majoritairement de la viande issue de bovins femelles. C’est une question de goût et d’habitude. De manière plutôt opportune, ces préférences sont propres à chaque pays et cela participe entre autres du maintien des équilibres de flux entre les différents États Membres de l’Union européenne. De fait, nos voisins Italiens, plutôt consommateurs de la viande issue de bovins mâles, représentent un partenaire naturel et essentiel à la France dans la valorisation de sa production de Broutards ou de viande de Jeune Bovin. Ce simple exemple permet d’appréhender une partie de la complexité structurelle du fonctionnement de la filière bovine française.

Le marché français de la femelle se déconfine plutôt sereinement

Durant la période de confinement, les achats de viande bovine non réalisés hors domicile se sont au moins partiellement reportés sur les GMS et les Boucheries Artisanales. Ces reports sont complexes dans leur nature et leur ampleur. Ce qui fut le plus marquant aura été la très forte hausse des achats de viande hachée (+ 57 % pour les surgelés et + 31 % pour les réfrigérés, d’après les chiffres Nielsen fournis par l’Idele), les consommateurs s’étant tournés de manière très visible vers une offre plus standardisée qu’à l’habitude. La viande de qualité achetée en Boucherie Artisanale a également connu un certain succès. Tout cela dans un contexte de renationalisation de l’origine des viandes du fait de la baisse soudaine et massive des importations, mais aussi d’une démarche affichée de soutien aux filières nationales.

Depuis le début du déconfinement, les quelques données disponibles semblent témoigner d’une demande toujours dynamique en GMS et Boucheries. Pour l’instant, l’origine France apparaît toujours importante aux yeux des acheteurs, même en Restauration Hors Foyer.

De fait, après un début de confinement vraiment difficile en termes de prix des femelles, ce contexte de hausse de la demande et de renationalisation de l’offre les tire vers le haut, surtout depuis le déconfinement. Les femelles du troupeau allaitant sont aujourd’hui plutôt bien valorisées. Les prix des réformes laitières augmentent aussi mais restent relativement faibles, du fait, notamment, de la part élevée de valorisation de la carcasse en viande hachée.

Le marché du Jeune Bovin est encore compliqué

Pendant la période de confinement, la fermeture des restaurants et des fast-foods dans la plupart des pays européens a lourdement impacté le marché européen du Jeune Bovin. Les prix ont donc chuté chez les principaux exportateurs dont la France fait partie. Aujourd’hui, le retard dans les abattages et l’alourdissement constaté des bêtes, conséquences de la demande en berne des dernières semaines, sont préoccupants.

Avec le déconfinement total, l’ouverture complète des restaurants permettra certainement au marché de respirer à nouveau. Mais d’ici là les prix resteront globalement bas.

Le marché du Broutard français sort relativement épargné du confinement

Le marché français du Broutard est dépendant de la demande en provenance d’Italie (80 % des débouchés à l’export). Cette dernière est restée ferme pendant le confinement, l’Italie n’ayant importé que très peu de viande piécée en provenance des autres pays européens. Ainsi, les prix des Broutards se sont relativement maintenus, même s’ils restent inférieurs à ceux des deux dernières années.

Avec le déconfinement, la demande italienne semble s’effriter, mais la reprise des envois vers les pays tiers - même si faibles quant aux volumes relatifs concernés - pourrait prendre partiellement le relais et permettre de garder une certaine sérénité par rapport à ce marché très important pour l’équilibre de la filière française.

Au total, cette crise sanitaire aura bouleversé les équilibres si complexes qui existent au sein de la filière bovine française ; selon les marchés, il aura été plus ou moins simple de trouver des réponses aux défis qui se posaient. Après les premières semaines de déconfinement progressif, une des questions qui se posent aujourd’hui est de savoir si la renationalisation de la consommation, en particulier en RHF, pourrait s’avérer durable dans le temps. Il est bien sûr très difficile de répondre à cette question. S’il est certain que les importations de viande bovine vont reprendre, il semble cependant y avoir des raisons d’être optimiste quant à une certaine volonté collective de renouer avec notre agriculture et notre élevage au travers de notre consommation.

Article extrait du magazine PRISME L’analyse de la conjoncture et de l’actualité agricole et agroalimentaire - juin 2020

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