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Chine : mon porc, ma bataille

Chambres d'agriculture France

Chine : mon porc, ma bataille

L’épidémie de peste porcine africaine (PPA) a frappé de plein fouet les élevages chinois, premier producteur, consommateur et importateur mondial. Le commerce mondial de produits porcins s’en trouve bouleversé et l’enthousiasme est de mise pour les exportateurs.

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L’intégration de la variable chinoise dans l’équation du prix du porc semble être définitivement actée. La question était déjà posée il y a deux ans dans la lettre économique du mois de mai 2017 [1], et les récentes évolutions du marché du porc confirment bien cette désynchronisation du cycle du porc et de la prépondérance de la demande chinoise dans le nouvel équilibre du marché mondial porcin. Après une année 2018 globalement morose pour la filière française avec des prix qui ont rarement dépassé la barre de 1,20 €/kg, la fin de l’année 2018 a vu la propagation d’une épidémie de peste porcine dans les élevages chinois après la découverte d’un premier foyer au mois d’août la même année. La phase d’abattages qui s’en est suivie devrait se poursuivre et atteindre jusqu’à 200 millions de têtes fin 2019 afin d’éliminer les foyers d’infections qui ne cessent de s’étendre en Chine et dans les pays frontaliers (Carte).

[1] https://chambres-agriculture.fr/publications/toutes-les-publications/la-publication-en-detail/actualites/lettre-economique-du-mois-de-mai-2017-du-beurre-dans-les-epinards/

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Le lard et le cochon pour les opérateurs commerciaux

D’après L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production chinoise devrait ainsi perdre près de 10 % de son potentiel (soit l’équivalent de 6 millions de tonnes) et la perte pour l’ensemble du continent asiatique pourrait s’élever de 20 à 40 % en fonction de la maîtrise de la pandémie par les autorités sanitaires des différents pays. Ces tensions en cours et à venir sur le marché du porc ont donc pleinement profité aux producteurs européens, et notamment aux producteurs français dont les trésoreries commençaient à sérieusement se contracter du fait d’un prix du porc en dessous de leurs coûts de production sur l’année 2018 [1]. Le rebond de la demande chinoise s’est ainsi traduit par une très forte remontée des cotations sur le marché au Cadran de Plérin, où les prix atteignent désormais 1,48 €/kg soit leur plus haut niveau depuis 2 ans (graphique 1).  

[1] D’après le rapport 2019 de l’Observatoire de la formation des prix et des marges, le coût de production moyen d’une exploitation porcine pour une rémunération du travail familial fixée à 2 SMIC bruts horaires par unité de main d’œuvre  s’élevait à 1,47 €/kg en 2018.

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La Chine tire l’ensemble des exportations européennes à la hausse, avec des volumes d’exportations cumulées de plus de 35 000 tonnes pour la France sur les trois premiers mois de l’année 2019. Toutefois, ce sont l’Allemagne et l’Espagne qui tirent le plus de bénéfices de la demande chinoise avec des exportations de viandes porcines de respectivement 114 et 128 mille tonnes sur la même période (graphique 2). Signalons également que malgré l’intensification de la guerre commerciale avec la Chine, les exportateurs américains profitent aussi de l’appétit chinois pour la viande porcine. Si les deux premiers mois de l’année 2019 ont débuté avec des volumes d’exportation en dessous de 2018, les exportations du mois de mars ont dépassé leur niveau de l’an dernier avec près de 15 331 tonnes de viande porcine expédiée vers la Chine (+ 3% vs 2018). Les exportations américaines cumulées entre janvier et mars 2019 atteignent au final plus de 34 000 tonnes (source : U.S. Meat Export Federation).

Le porc de la guerre ?

Dans la guerre commerciale qui se joue entre la Chine et les USA, le porc pourrait être l’un des rares soutiens à une agriculture américaine en grande difficulté [1]. Certaines estimations prévoient un niveau historique d’exportations américaines à destination de la Chine à plus de 300 000 tonnes cumulées sur l’année 2019, soit un bond de plus de 80 % par rapport à 2017 et ceci malgré la hausse de 62 % des tarifs douaniers décrétée par les autorités chinoises sur les produits porcins américains [2]. Cependant, cet optimisme est à mesurer au regard des récentes annulations de contrats d’importations décidées par la Chine en réaction à de nouvelles sanctions commerciales américaines [3]. En dehors de cette épizootie qui ravage la Chine, le porc pourrait aussi bien être un vecteur surprise de la guerre commerciale sino-américaine, et un puissant levier de la hiérarchie des fournisseurs de la Chine qui semble en cours de réalisation

[1] https://chambres-agriculture.fr/publications/toutes-les-publications/la-publication-en- detail/actualites/lagriculture-americaine-en-tres-mauvaise-posture/

[2] https://www.ttnews.com/articles/us-pork-exports-china-could-set-record-year

[3] https://www.reuters.com/article/us-usa-trade-china-pork/china-cancels-us-pork-import-order-as-us-china-trade-war-drags-on-idUSKCN1SM2D9

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