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Covid-19 et filière avicole : des effets et des enjeux très contrastés

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Covid-19 et filière avicole : des effets et des enjeux très contrastés

La filière avicole subit, comme les autres filières viande, les effets de la crise du Covid-19 et de la fermeture des restaurants et collectivités. Ces effets sont particulièrement variables selon les familles de produits, dont certaines risquent des dégâts profonds.

Les enjeux sont structurellement très variables parmi des différents segments de la filière avicole

❙ La filière avicole au sens large est composée de multiples segments aux fonctionnements et dynamiques très variés : la volaille de chair (poulet, dinde, canard gras ou à rôtir, caille, pintade…), mais aussi les œufs, le foie gras, le lapin. Le segment du poulet de chair subissait, avant la crise, l’impact des nombreuses importations à destination de la RHF, celui du canard gras pâtissait notamment de l’encadrement des promotions imposé par la loi EGALIM, le lapin souffrait d’un désintérêt de la part des consommateurs, les œufs étaient embarqués dans une marche forcée vers la transition (hors cage). La crise du Covid-19 a, comme pour beaucoup de secteurs, bouleversé les équilibres et accentué les déséquilibres de cette filière complexe par nature.

Certains marchés en réelle difficulté

❙ En première analyse, nous aurions pu penser que la fermeture de la restauration commerciale et collective ne nuise pas tant que cela à la filière, ces réseaux spécifiques étant, en France, très majoritairement alimentés par les produits d’importation de Pologne, d’Ukraine, de Thaïlande ou du Brésil. Et pourtant, l’analyse plus fine, segment par segment, produit par produit et circuit de distribution par circuit de distribution, met en avant certaines situations des plus critiques.

prisme

❙ Certaines sous-filières, clairement dépendantes de la RHF, souffrent beaucoup : c’est le cas de celle du poulet lourd (organisée pour alimenter des fast-foods) ou celles des espèces dédiées aux événements festifs ou aux restaurants, telles que la pintade, la caille, le canard à rôtir, le palmipède gras, le lapin. Ici, les pertes, encore non chiffrées, seront probablement d’une ampleur sans précédent, alors que ces sous filières étaient déjà, pour certaines, en perte de vitesse voire en déclin. Les produits typiquement vendus au sein des marchés, pour la plupart fermés pendant la période de confinement, ont également beaucoup souffert. C’est notamment le cas du poulet certifié (rôtisseries).

❙ Certains produits, coproduits de découpes vendues en GMS, destinés en partie à la RHF, trouvent difficilement preneur, entraînent des problèmes d’équilibre carcasse, notamment au sein de la filière poulet de chair : il s’agit principalement de la partie dite « rouge » de la carcasse (les ailes et cuisses, en opposition au « blanc », le filet, dédié à la GMS). Le report de ces produits pendant la période actuelle est difficile tant en volume qu’en valeur ; il ne permet pas de compenser intégralement ce déséquilibre.

❙ Enfin, comme pour beaucoup de filières alimentaires, la montée en puissance des commandes en « drive » ou en livraison, la hausse du panier moyen et le fait de limiter les passages en grande surface ont eu pour conséquence la forte réduction des achats d’impulsion et la réduction des largeurs de gamme. Avec un effet direct de destruction de valeur pour l’ensemble de la filière avicole.

La filière œufs et ovoproduits mise sur le report, mais ça n’est pas si simple

❙ De son côté, la filière française des œufs et des ovoproduits est partagée entre (i) une activité quasi euphorique en GMS (report de consommation, tendance à la pâtisserie « fait maison », produit standard par nature), (ii) une baisse d’activité historique vers la RHF (utilisation d’œufs coquille et d’ovoproduits) et (iii) des débouchés vers l’industrie (utilisation d’ovoproduits) également en difficulté. Des reports de l’œuf industrie vers l’œuf de consommation sont réalisés, mais ils ne sont pas tous évidents. En effet, les œufs déclassés ne peuvent être vendus en GMS et les œufs blancs sont peu appréciés des consommateurs français. D’autant que les modes d’élevage hors cage, relativement peu pratiqués dans les élevages plutôt dédiés à l’industrie ou la restauration, restent une priorité pour bon nombre de consommateurs.

❙ Au total, la filière avicole aura vécu, comme beaucoup d’autres, un bouleversement soudain qui pourrait ne pas être que temporaire. Si l’on peut craindre que la crise économique à venir soit un frein à la reprise, notamment pour les productions qualitatives, on peut toutefois espérer que la filière parvienne à reprendre certains marchés RHF au détriment des importations passées, dans un contexte de volonté affichée de souveraineté alimentaire.

Article extrait de la revue PRISME Agriculture et Agroalimentaire, une affaire d’experts (spéciale covid) Juin 2020

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