[Culturales] Spirit Sol+ ou la démocratisation de la modulation PK

Raphaël Lecocq

[Culturales] Spirit Sol+ ou la démocratisation de la modulation PK

Arvalis et Auréa ont mis au point un capteur et une méthode permettant d’industrialiser l’échantillonnage des teneurs en phosphore et potassium. Un passeport pour la modulation intra-parcellaire, moyennant environ 10 €/ha/an.

50 % d’impasse... sur les analyses

En France, il se réalise environ 300 000 analyses de sol par an, quand les bonnes pratiques agronomiques en exigeraient le double. Entre les agriculteurs se disant sûrs de la connaissance de leur sol et ceux pointant une hétérogénéité propre à déjouer l’échantillonnage, l’analyse de sol ne fait pas recette. Auréa et sa méthode Spirit Sol+ espèrent introduire le doute dans l’esprit des abstentionnistes.

Hubert Roebroeck, directeur marketing et commercial chez Auréa

La modulation intraparcellaire, il en est beaucoup question en matière d’azote, beaucoup moins en matière de phosphore (P) et de potassium (K). Et pour cause, images satellitaires et autres drones bardés de capteurs multispectraux s’avèrent aveugles en la matière. Quant aux mesures de conductivité ou de résistivité, elles permettent de cartographier le potentiel des sols (profondeur, présence de cailloux...) sans indication de la richesse minérale. L’appréciation des teneurs en phosphore, potassium, magnésium ou encore en calcium ne peut pas s’affranchir de l’analyse de sol en laboratoire. « Pour jauger la variabilité intra-parcellaire de ces différents éléments, on estime qu’il faut réaliser en moyenne quatre analyses par ha », déclare Hubert Roebroeck, directeur marketing et commercial chez Auréa, leader de l’analyse de sol en France. « Le problème, c’est que le retour sur investissement n’est pas au rendez-vous ». Et pourtant, la modulation intra-parcellaire des éléments PK est indéniablement une source d’optimisation, tant des intrants que de rendements. Il suffirait de comprimer les coûts d’analyse...

Une technique fiable

Cette quête, Arvalis Institut du végétal, maison-mère d’Auréa, la mène depuis sept ans. Et elle vient de déboucher sur une nouvelle méthode d’analyse, reposant sur le spectroscopie proche infra-rouge (Spir). Celle-ci est déjà mise à profit dans les silos pour analyser le taux de protéines des céréales (Infratec) ainsi que la composition des fourrages. Appliquée aux sols, elle permet d’en quantifier les paramètres physiques (argile, limon, sable, calcaire), chimiques (pH, CEC), organiques (taux de carbone organique, azote total) et enfin nutritionnels (phosphore assimilable, potassium, magnésium). Baptisée Spirit Sol+, la méthode d’Arvalis / Auréa consiste à passer au crible les parcelles au moyen d’un spectromètre, un appareil léger à lecture instantanée des paramètres précités. Pour autant, la méthode ne dispense pas d’un passage par la case laboratoire. « La corrélation entre la spectrométrie proche infra-rouge et l’analyse de laboratoire est satisfaisante pour les éléments physiques (argiles, limons, sables, calcaire total), la CEC,  la matière organique, l’azote total, le potassium et le magnésium », explique Hubert Roebroeck. "Mais, dans l’état actuel de nos connaissances, elle est insuffisante pour le phosphore et exige la réalisation d’une analyse de sol conventionnelle pour garantir la fiabilité de la mesure, à raison d’une analyse pour un ha ».

Le spectromètre envoie un rayonnement proche infra-rouge sur l’échantillon de terre et révéle instantanément moult paramètres physico-chimiques

10 €/ha/an

Une analyse par ha combinée à la Spir contre quatre analyses par ha en technique conventionnelle : le différentiel change l’équation économique de l’approche intra-parcellaire de la fumure PK. D’où le lancement, à l’horizon du mois de juin 2019, de la prestation Spirit Sol+ par l’entremise de coopératives, négoces, chambres d’agriculture et bureaux d’étude partenaires d’Auréa. La méthode Spirit Sol+ pourra être déployée en grandes cultures, en viticulture, en arboriculture et en maraichage. Les sept années de gestation de la méthode auront permis d’établir des courbes de calibration entre les mesures rapides au champ par spectrométrie et les analyses au laboratoire. Une base de données riche de 1000 références représentatives de tous les types de sol présents en France. « Nous continuons d’enrichir la base de données afin d’améliorer les courbes de calibration et la fiabilité des mesures », poursuit Hubert Roebroeck. « Une analyse Spirit Sol+ sera valable entre 5 et 10 ans selon les imports et exports de PK inhérents aux systèmes culturaux. Nous estimons son coût de revient aux alentours de 10 €/ha/an ». Un tarif compétitif eu égard aux bénéfices potentiels de la modulation intra-parcellaire.

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