La valeur d’une exploitation apicole

Confédération des experts

La valeur d’une exploitation apicole
Crédit photo: CEF

Si la consommation de miel en France poursuit sa lente progression, autour de 40 000 tonnes par an, la production nationale ne cesse de diminuer pour s’établir à 16 000 tonnes en 2016, malgré un nombre de ruches, qui, après avoir subi une forte baisse, retrouve les valeurs de l’année 2004 à 1 300 000 ruches. La production apicole professionnelle comptabilise 1 700 apiculteurs qui représentent 50 % du cheptel abeilles, le reste étant partagé entre les 48 000 apiculteurs amateurs répartis sur le territoire.

I - Présentation

Les exploitations apicoles sont soumises pour l’essentiel au régime fiscal du Micro Bénéfice Agricole. Cette situation a un inconvénient lorsqu’il s’agit d’évaluer la valeur de l’entreprise : les documents comptables brillent généralement par leur absence. L’Expert Foncier doit alors prendre l’habit du détective pour reconstituer le tissu économique de l’activité et a besoin pour cela d’un éclairage pour naviguer dans ce monde un  peu secret.

II - La valeur patrimoniale

Il s’agit pour l’Expert Foncier de faire l’inventaire des biens de l’entreprise, sachant qu’il n’existe généralement pas de liste comptable sous le régime du Micro Bénéfice Agricole. Pour les exploitations relevant du régime normal, l’Expert Foncier doit réévaluer à la date de l’expertise les éléments corporels présents sur les documents comptables fournis par le chef d’entreprise.

1) Les ruches
 a) Modèle
Le degré de standardisation de l’exploitation doit être évalué. Avoir un seul type de ruches sur l’exploitation simplifie le travail et les coûts.
b) Matière
On peut rencontrer des ruchers bois, plastiques ou mixtes en bois et plastique.
c) Hausses
En bois ou en plastique, la hausse est le grenier dans lequel les abeilles vont stocker le miel qui sera récolté. Le nombre de hausses doit être en relation avec le nombre de ruches.
d) Age des ruches
Les ruches bois ont une durée de vie de 20 ans. Un rucher devrait présenter un pourcentage significatif de ruches âgées de moins de 5 ans. L’Expert Foncier doit vérifier le renouvellement régulier du matériel.

2) Les abeilles
 a) Valeur génétique
La qualité génétique des reines présentes sur l’exploitation peut s’appréhender par l’achat régulier de reines fécondées auprès de sélectionneurs reconnus. Le niveau de production de miel par ruche est aussi un indicateur pour l’Expert Foncier.

b) Contrôle du cheptel
Une visite des ruches au printemps permet de juger la qualité du couvain et de noter la couleur des reines (l’année de naissance de la reine). Cette visite est aussi l’occasion de contrôler l’état sanitaire des colonies.

3) Les emplacements de ruches
Leur qualité est variable selon la ressource floristique du milieu. On distingue3 types d’emplacements.
a) Les emplacements précaires
Aucun contrat ne lie le propriétaire du fond et l’apiculteur. C’est une mise à disposition à titre gratuit du sol. Certains emplacements, qui permettent de produire un miel à haute valeur, sont tarifés à la ruche.

b) Les emplacements soumis à convention
Dans les forêts domaniales, l’ONF (Office National des Forêts) signe avec l’apiculteur une convention d’occupation annuelle ou pluriannuelle avec tarification à la ruche. La mise en place de ruches sur un terrain communal peut faire l’objet d’une convention d’occupation avec paiement d’une somme calée sur le fermage agricole. La tarification se fait alors à la surface.

c) Emplacement propriété de l’exploitation apicole
Les apiculteurs peuvent être propriétaires de leur emplacement.                                                                                                                                                                              

d) Valeur du parc ruches
Le mixage de tous ces éléments doit permettre à l’Expert Foncier de fixer un prix à la ruche forfaitaire pour l’ensemble du parc.

4) Les bâtiments d'exploitation

Les bâtiments d’exploitation apicole n’ont pas de caractères spécifiques. Leur surface doit être en relation avec le nombre de ruches présentes selon un ratio connu de la profession. L’attention doit être portée sur l’hygiène de la miellerie et des chambres thermiques ainsi que sur les mises aux normes. Sa valeur peut être estimée par l’Expert Foncier comme un bâtiment classique d’exploitation agricole. Des annexes dédiées au commerce, aux visites et à l’agrotourisme peuvent être présentes sur le site.

5) Les véhicules de transport
Les déplacements sont le poste principal des dépenses dans une ferme apicole, notamment pour la transhumance.

6) Les engins de manutention
L’activité apicole demande une manipulation lourde et régulière. Les moyens de manutention sont indispensables pour la santé de l’apiculteur.

7) Le matériel de travail du miel
Deux types d’installations existent : l’installation classique avec un ou deux extracteurs radiaires, ou bien la chaine d’extraction. Le matériel d’extraction est en
inox. Il doit être fiable, solide, de marque connue pour les disponibilités en pièce détachées. La salle d’extraction, qui abrite les machines, doit être de surface suffisante pour manipuler les hausses et les fûts. En effet toutes les conditions d’une bonne hygiène doivent être réunies. Les décotes en matériel apicole d’occasion sont faibles. L’Expert Foncier doit pouvoir déterminer la
valeur résiduelle des machines présentes sur l’exploitation.

8) Les aides publiques
L’activité apicole peut prétendre à quelques aides publiques. L’Expert Foncier identifie le versement de ces fonds de soutien.

III - La valeur de rendement

La valeur patrimoniale étant constituée, l’Expert Foncier va chercher à définir une valeur de rendement tout en sachant qu’il ne pourra s’appuyer que sur les valeurs comptables du régime de Micro Bénéfice Agricole.

1) Les produits d’exploitation
a) Le miel
Son prix varie selon son origine florale et son circuit de commercialisation. La vente au détail est le mode de commercialisation le plus rentable, mais aussi le plus consommateur en temps et énergie. La vente en fût de 300 kg est destinée aux conditionneurs. Cette vente en gros est la variable d’ajustement en fonction de la production de l’année, car le tonnage vendu au détail est souvent stable.

b) La production d’essaims
Certaines fermes apicoles se mettent à produire des abeilles plutôt que du miel afin de fournir le marché des essaims.

c) La production de reines
C’est une activité spécialisée qui répond à la demande de plus en plus forte de la part des apiculteurs pour améliorer leur cheptel.
d) La pollinisation
Cette activité consiste à positionner de fortes colonies à proximité de végétaux à polliniser comme l’amandier ou les productions de semences potagères. Les ruches sont alors louées pour la prestation de service. On comptabilise également la production de pollen, de propolis et quelques produits transformés comme le pain d’épices ou l’hydromel. L’Expert Foncier fera l’inventaire des produits de l’exploitation.

2) Les charges variables
Ce sont toutes les charges directement liées à l’activité apicole :
- le gasoil pour les véhicules,
- l’achat des reines,
- le nourrissement des colonies,
- les dépenses vétérinaires (lutte contre-le varroa),
- les emballages, pots de miel, fûts de 300 kg,
- le renouvellement des cadres et le petit matériel d’élevage.

3) Les charges fixes
Elles sont constituées par les assurances, électricité et charges sociales de l’exploitant, remboursement d’emprunts, cotisations professionnelles et frais administratifs…

4) Les stocks
On distingue les stocks nécessaires à la production et les stocks de produits destinés à la vente.
a) Les stocks production
Ce sont les corps de ruche, cadres, cires, pots, fûts, ainsi que les ruchettes pour la production d’essaims.

b) Les stocks vente
Ces stocks (miel, propolis, pollen) peuvent être un moyen de lissage de l’activité en termes de volume et de prix.

5) La rentabilité de l’exploitation
En l’absence de documents comptables, l’approche de la rentabilité de l’exploitation sur plusieurs années est difficile à dresser. Il est néanmoins possible de définir un coût de production par type de production (miel, essaim), et le comparer au prix de vente moyen pratiqué.

6) Méthode retenue
La valeur de l’entreprise apicole se définit principalement par sa valeur patrimoniale. Sa rentabilité future est difficilement extrapolable à partir de sa rentabilité passée car le facteur essentiel, c’est l’apiculteur. L’aptitude à produire du miel dépend de la ressource florifère, mais aussi de l’apiculteur, homme clé de l’entreprise. La valeur des colonies d’abeilles, si elle n’est pas entretenue annuellement par des gestes techniques, peut se dégrader très rapidement (idem pour la valeur du circuit de commercialisation).

IV - CONCLUSION

L’Expert Foncier retiendra la valeur patrimoniale pour évaluer une entreprise apicole car c’est l’apiculteur, à travers sa technicité, son goût du commerce, et sa capacité de travail, qui est le principal moteur de la réussite de son entreprise. Des spécificités de mise en marché, comme les zones touristiques, pourront être appréhendées par l’expert en appliquant la méthode du Goodwill.

Rédigé par : Yannick CANOT, Expert Foncier (51).

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