anonymous

L’agroéquipement laboure sur le périphérique

Raphaël Lecocq

L’agroéquipement laboure sur le périphérique

La filière de l'agroéquipement creuse encore et toujours pour susciter des vocations en dehors de son pré-carré agricole. Retourner la situation ne sera pas aisé mais la profession ne s’avoue pas vaincue. La preuve au Salon de l’agriculture.

International

Marouane Mouttaqui, en licence à l’IUT de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

L’agroéquipement séduit au-delà des frontières hexagonales. La preuve avec Marouane Mouttaqui, titulaire d’un bac+2 en productions animales décroché dans son pays au Maroc. Il est actuellement inscrit en licence à l’IUT de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), une licence en automatismes dédiés aux systèmes d’élevage pour être plus précis. Et après ? « Il y a plusieurs solutions », déclare l’étudiant. « Soit je poursuis mon cursus en master ou en école d’ingénieur, soit j’intègre un distributeur de robots de traite, pourquoi pas en Bourgogne. Plus tard, je me verrais bien comme représentant au Maroc d’un constructeur spécialisé dans les robots d’élevage. Dans mon pays, le robot de traite ne peut pas rivaliser avec le coût de la main d’œuvre. Et pourtant, le robot serait bien intéressant pour les données qu’il génère ». Tout n’est pas perdu.

Michel Monsel, vice-président l’Aprodema

A voir la file d’attente qui ne se dégonfle pas devant le Fendt 936, que le constructeur expose sur le stand de l’Aprodema, l’Association pour la promotion des métiers et des formations en agroéquipement, on est rassuré quant à la force d’attraction qu’exerce la machine agricole sur le public arpentant les allées du Salon de l’agriculture. Et pourtant, entre s’offrir durant quelques secondes un strapontin sur un engin rutilant de 336 ch et mettre les mains dans le cambouis et les cartes électroniques, il y a un fossé au moins aussi large que la Seine. 5000 ? 6000 ? 7000 ? Difficile de comptabiliser précisément les besoins de la filière en nouvelles recrues. Mais les entreprises sont à la peine pour recruter. « Ces difficultés oblitèrent les capacités de développement des entreprises quand elles ne portent pas atteinte à la qualité des services rendus à leurs clients », explique Michel Monsel, vice-président l’Aprodema, ancien distributeur Case IH en Haute-Marne.

Un vivier qui s’est tari

L’affaire n’est pas complètement nouvelle. En 2009, l’Aprodema investissait pour la première fois le Salon de l’agriculture pour sensibiliser les jeunes visiteurs, sinon leurs parents, de tous horizons, aux vertus des métiers de l’agroéquipement. Dix ans plus tard, le défi reste entier. « Il fut un temps où la population agricole fournissait un vivier apte à assurer spontanément les besoins des constructeurs et des distributeurs, principaux pourvoyeurs d’emplois de la filière, aux côtés des chauffeurs en exploitation ou en entreprise de travaux agricoles », poursuit Michel Monsel. « A l’époque, le premier enfant reprenait la ferme, le deuxième embauchait au Crédit Agricole et le troisième dans la machine agricole. Mais la population agricole a baissé et on ne s’est pas soucié d’élargir la base de candidats aux métiers de l’agroéquipement. C’est ce travers que l’on a le plus grand mal à corriger aujourd’hui ».

Emilie Haubry coordinatrice marketing évènementiel et solution digitales et solutions digitales chez Fendt

Des effets à retardement

La cause n’est pas perdue. Cette année, Fendt est venu prêter main forte à l’Aprodema en lançant son opération FENDTastic Job. « Travailler, dans l’agroéquipement, c’est pas sérieux », s’entend dire Emilie Haubry coordinatrice marketing évènementiel et solution digitales chez les constructeurs. « Les machines font rêver les enfants mais les parents s’imaginent que cet univers ne leur est pas accessible. A nous de faire tomber ce préjugé ».

Les bénévoles de l’Aprodema s’y emploient, en intervenant dans les établissements scolaires et dans les salons étudiants et en prenant part à de multiples manifestations. « Cette semaine, au Salon, nous allons recevoir plusieurs classes de collégiens de la région parisienne », déclare Mathilde Mari, secrétaire générale de l’Aprodema. « Nous avons des accords avec de nombreuses académies à travers la France qui nous permettent ainsi de sensibiliser le jeune public de l’enseignement général. En Auvergne par exemple, avant la tenue du Sommet de l’élevage, on intervient dans les établissements et puis on déplace ensuite les élèves sur le Sommet pour leur faire découvrir la palette de métiers ». Un travail au long cours dont les effets sont difficiles à jauger. « Un de nos objectifs à venir consiste précisément à essayer d’évaluer, autant que faire se peut, la portée de nos différentes actions », confie Michel Monsel. « Nous disposons d’au moins un indicateur rassurant : la panoplie d’offres de formation ne se contracte pas ».

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier