Alto’gel : du jus pour du jus

Raphaël Lecocq

Alto’gel : du jus pour du jus
Alto’gel

Récoltant manipulant en Champagne, Vincent Phlipaux a mis au point un système de fils électriques chauffants, en partie amovibles et alimentés par un groupe électrogène en bord de parcelle. Testés avec succès en 2017, les fils sont désormais commercialisés sous la marque Alto’gel, créée par le vigneron.

Alto’gel : du jus pour du jus

Champagne Phlipaux Père et Fils... et fils chauffants anti-gel Aux Riceys, dans l’Aube, au cours des sept dernières campagnes, le vignoble de la famille Phlipaux a subi à cinq reprises les affres du gel. Lassé des chaufferettes et bougies, contraignantes et polluantes, Vincent Phlipaux a revisité un système de fils chauffants, brevet à l’appui. « Mon système est compatible avec toutes les interventions manuelles et mécaniques au vignoble », précise-t-il. « Si les fils chauffants restent à demeure sur le fil porteur, agrafés au cordon, la partie raccordement en bout de rang est amovible, déjouant les risques de vol hors périodes d’utilisation ». Un système de câbles araignées assure la liaison entre les fils chauffants et l’armoire électrique, alimentée par un groupe électrogène en bord de parcelle. Il faut 10 minutes pour réaliser le raccordement en bout de rang et protéger l’équivalent de 30 ares champenois (1 m ou 1,10 m X 1 m ou 1,10 m). Cette année, le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) va positionner des sondes de température dans une parcelle test pour évaluer le système, qui pourrait bénéficier de la qualification HVE si les tests s’avèrent concluants.

Des résistantes chauffantes

Le fil électrique sur lequel sont parsemées les résistances est agrafé conjointement au fil porteur et au cordon. L’effet anti-gel s’opère par le réchauffement de l’atmosphère dans un rayon de 5 à 7 cm autour du fil, auquel s’ajoute un effet à distance par la circulation de la sève réchauffée. « En 2018, j’ai enregistré une production de 18 grappes par m2 dans les zones protégées, soit quasiment le potentiel maxi, contre 3 grappes par m2 dans les zones non protégées », indique le vigneron. « Sur un rang non protégé mais adjacent à un rang protégé, la production était de 9 grappes par m2 ». Si le système est incompatible avec la taille Chablis et ses trois baguettes obliques, Alto’gel dispose d’un potentiel de développement en Guyot et en cordon de Royat, en Champagne et bien évidemment dans d’autres vignobles. « Le système réclame un peu plus de vigilance au moment de la taille et de la récolte manuelle, il faut désormais veiller à ses doigts et au fil » prévient Vincent Phlipaux, qui a mis au point un kit de réparation.

Alto’gel : du jus pour du jus

Du jus... au jus

L’investissement est évidemment proportionnel à la densité. Il faut compter environ 24 000 € (comprenant fils, sondes, araignée, armoire électrique) pour protéger un ha de 9500 pieds, auxquels s’ajoutent le groupe électrogène et sa consommation de carburant, estimée entre 120 et 140 € pour 7 heures de fonctionnement. « En 2017, j’ai protégé 5000 m linéaires au moyen des fils chauffants », explique le vigneron. « Pour le reste de ma superficie, j’ai dépensé entre 27500 et 31500 €/ha en bougies pour protéger la vigne pendant 6 à 7 jours. De mon point de vue, les fils chauffants sont rentables. Le système peut être réservé aux zones les plus sensibles au gel. Au-delà de la rentabilité, en tant que récoltant-manipulant, ma préoccupation est de produire des jus, pour élaborer mes cuvées et servir mes clients. La meilleure assurance ne vous restitue pas les jus ».

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