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Samedi 17/01/2026
Le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur est signé
Le traité ouvre la porte à de nouveaux contingents de bœuf, de volaille, de porc, de maïs ou encore de sucre aux standards de production déconnectés de ceux en vigueur dans l’UE. Les ultimes espoirs des agriculteurs européens, qui manifesteront à Strasbourg le 20 janvier, résident dans le vote ultime du Parlement européen.
« Bienvenue sur le plus grand marché du monde. La plus grande zone de libre-échange de la planète. Voici la force du partenariat et de l’ouverture. Nous avons devant nous l'accord gagnant-gagnant le plus évident qui soit. Avec des entreprises des deux côtés de l'Atlantique, en concurrence sur un pied d'égalité. Avec la suppression de milliards de dollars de droits de douane. Cela signifie une forte valeur ajoutée. Une croissance réelle. Des emplois de qualité » a déclaré Ursula von der Leyen sur le réseau X, après la signature « historique », le 17 janvier à Asunción (Paraguay), du traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).
Après 25 ans de négociations, un Accord de Paris et un Green deal, la présidente de la Commission européenne a paraphé le plus gros accord de libre-échange jamais signé par l’UE et qui concernera 700 millions de consommateurs de part et d’autre de l’océan.
La colère des agriculteurs européens et le « non » de la France n’y ont rien fait, une majorité qualifiée d’Etats membres de l’UE ayant validé un traité que d’aucuns, dont le président de la République lui-même, jugent « d’un autre âge ». Sauf que le premier quart-temps de ce 21ème siècle est marqué du sceau de l’impérialisme et du bellicisme à tout-va. Et l’UE, qui n’est pas la dernière des cibles, se demande si elle sera, au choix, mangée à petit feu par le péril climatique et environnemental, dynamitée par le dézingage des règles du commerce mondial, vampirisée par la tech américaine, l’usine chinoise et l'ingérence russe, agressée territorialement (y compris par un ex-allié) ou noyautée de l’intérieur par la marée nationaliste montante. Dans ces conditions, quelques centaines de milliers de tonnes de viandes perfusées aux antibiotiques activateurs de croissance…
Des avancées « incontestables »
Et encore. A en croire Emmanuel Macron, notre pays a arraché des garde-fous d’ordre commercial et sanitaire, à commencer par une clause de sauvegarde spécifique, un « frein d’urgence » sur les importations agricoles des pays du Mercosur en cas de déstabilisations de marché en Europe. La France brandit également les mesures de réciprocité (mesures miroirs) en matière de pesticides, d’alimentation animale ou d’usage d’antibiotiques, assorties d’un renforcement des contrôles sanitaires en Europe et des audits vétérinaires et phytosanitaires dans les pays tiers, « afin de garantir que les producteurs, notamment du Mercosur, respectent nos règles ». Autant d’avancées « incontestables » selon Emmanuel Macron, pour qui « l’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire ».
En attendant le vote du Parlement européen
Il est vrai que la France, comme tout autre état membre, peut saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour contester les fondements juridiques de l’accord. Une voie de recours qui est également à la portée du Parlement européen et qui pourrait avoir pour effet de retarder son entrée en application. CJUE ou pas, le Parlement européen détient lui-même le destin du traité puisque les eurodéputés se prononceront, vraisemblablement en mars, avec un vote à la majorité simple. Les agriculteurs européens n’ont évidemment pas lâché l’affaire non plus, avec une manifestation programmée le 20 janvier à Strasbourg.
Le traité de libre-échange dessert largement les filières agricoles européenne et singulièrement française, à la compétitivité plombée par les distorsions de concurrence liées aux normes sanitaires, environnementales et sociales, avec néanmoins quelques contreparties au profit de produits laitiers et de boissons alcoolisées, mais plus substantiellement de produits manufacturés et de services. Au plan quantitatif, il est question d’ouvrir des contingents supplémentaires à droits de douane réduits ou nuls à 99.000 tec de bœuf, 180.000 tec poulet, 4000 tec de porc, 190.000 tonnes de sucre, 8,2 Mhl d’éthanol, 1Mt de maïs, des produits de mouture, d’amidonnerie… Au plan qualitatif, les bovins proviennent de feed-lot où ils reçoivent des antibiotiques activateurs de croissance (les poulets également) interdits dans l’UE depuis 2006 et du soja déforestant. Pour sa production de canne à sucre, le Brésil dispose d’au moins 40 substances actives interdites dans l’UE tandis que 77% des produits phytosanitaires utilisés sur maïs sont interdits en France. Les règles de traçabilité sont aussi questionnées.