Certification HVE : où est la valeur ajoutée pour les producteurs ?

De plus en plus réclamée par la grande distribution suite aux Etats généraux de l’alimentation, la certification Haute valeur environnementale (HVE) des exploitations connaît une forte croissance, sans pour autant que cette démarche de qualité soit valorisée dans les prix payés aux producteurs. 

Installés à Tigy dans le Loiret, Jérôme et Sylvie Bergère dirigent Le Gaec des Sapins, une exploitation de 20 hectares de vergers (pommiers, poiriers et cerisiers) et 1000 mètres carrés de fraisiers sous tunnel. Ils sont depuis plus de 15 ans engagés dans des démarches de durabilité et sont certifiés par pas moins de trois labels, correspondant chacun à un débouché : « Qualité Carrefour » pour les grandes surfaces du même nom, « Global Gap » pour les produits destinés à l'exportation et « Vergers écoresponsables », un label permettant de valoriser les efforts des producteurs en matière d'environnement auprès des consommateurs.

Désherbage mécanique entre les rangs, outil d'aide à la décision pour les traitements anti-tavelure, confusion sexuelle contre le carpocapse : le Gaec a mis en place de nombreuses techniques au fil des années. « Nous n'utilisons plus d'herbicides dans le verger, témoigne Jérôme Bergère. Nous favorisons l'enherbement naturel qui permet de maintenir la biodiversité et nous avons investi dans du matériel de désherbage mécanique spécifique pour passer entre les rangs ». Quant aux fraises sous tunnel plastique, elles sont produites en production biologique intégrée (PBI) qui utilise des insectes auxiliaires pour lutter contre les ravageurs.

De part toutes les mesures mises en place, l'exploitation bénéficie de la reconnaissance par le ministère de l'Agriculture de la certification environnementale de niveau 2. Contrairement à d'autres certifications comme l'Agriculture biologique, la certification environnementale s'applique pour l'exploitation entière et non pour une production en particulier. Mise en place à la suite du Grenelle de l'environnement (2008), cette certification environnementale des exploitations est restée confidentielle pendant plusieurs années. Elle connaît un nouvel essor depuis les Etats généraux de l'alimentation (EGA) en 2017, lors desquels Emmanuel Macron a demandé aux filières agricoles de fixer des « objectifs de montée en gamme sur la bio, sur les signes de qualité, des objectifs environnementaux et sociétaux ». En outre, l'un des objectifs de la loi Agriculture et Alimentation « Egalim » de 2018 est de proposer « 50 % de produits de qualité et durables » dans les établissements de restauration collective à partir de 2022. 

HVE, une obligation de résultats

Il existe trois niveaux pour cette certification environnementale. Le niveau 1 correspond au respect de la réglementation en vigueur et « à la réalisation par l'agriculteur d'une évaluation de son exploitation », indique le ministère de l'Agriculture. Le niveau 2 certifie le respect d'un cahier des charges comportant 16 exigences en matière d'environnement. Ce niveau peut être obtenu par équivalence si l'on est déjà engagé dans des démarches environnementales. C'est le cas de l'exploitation de Jérôme Bergère, puisque le label « Verger écoresponsable » est reconnu par le ministère de l'Agriculture comme l'une des démarches pouvant bénéficier du niveau 2. Un certain nombre de démarches bénéficient de cette reconnaissance, parmi lesquelles « Demain la terre » pour les fruits et légumes, « CRC » pour les céréales ou encore « Terra Vitis » pour le vin. Elles sont toutes répertoriées sur le site du ministère de l'Agriculture. 

« En réalisant des évaluations sur les exploitations, on se rend compte que certains producteurs respectent déjà le cahier des charges du niveau 2 et peuvent donc prétendre à cette certification », explique Marie Dorso, animatrice à la Chambre d'agriculture du Loiret, qui accompagne les producteurs vers la certification et notamment vers le niveau 3, qualifié de Haute valeur environnementale (HVE). Celui-ci s'appuie sur une obligation de résultats concernant le maintien de la biodiversité sur l'exploitation, la préservation de la ressource en eau et la réduction des intrants (engrais et produits phytos). A ce jour, plus de 2 200 exploitations sont certifiées HVE, et ce chiffre devrait augmenter de façon exponentielle dans les années à venir. « La demande est surtout portée par la restauration collective », fait savoir Marie Dorso. 

Des investissements lourds et peu valorisés

Pour Jérôme Bergère, la certification HVE est la prochaine étape car « c'est une demande de la grande distribution », indique-t-il. Pour son exploitation, qui dit nouveau label dit nouvelles dépenses liées aux contrôles des organismes certificateurs. « Pour chaque cahier des charges, le contrôle nous coûte 500 euros par an, auquel il faut rajouter les frais de suivi administratif pour 2500 euros », explique-t-il. Le producteur regrette que cette « obligation » de certification n'offre pas de valeur ajoutée sur la vente des produits. « En aucun cas tout ce que nous avons mis en place sur la ferme ne nous a permis d'augmenter nos revenus », lâche-t-il. D'autant que les investissements réalisés pour mettre en place des techniques alternatives aux produits phytosanitaires sont lourds. Dernier en date pour le Gaec des Sapins : l'achat de filets anti-drosophiles sur les cerisiers, au prix de 50 000 euros par hectare, sans compter la main d'œuvre pour l'installation des filets. « Impossible de rentabiliser de tels investissements aux prix payés par les grossistes », déplore Jérôme qui peut, lui, compter sur la vente directe à la ferme et sur les marchés pour s'y retrouver.

Alors que « Haute valeur environnementale » devrait rimer avec « Haute valeur ajoutée », Jérôme Bergère regrette que les producteurs ne soient pas mieux rémunérés pour leurs efforts. Et de pointer les « contradictions » de la grande distribution, qui demande à la fois une certification environnementale élevée et des cahiers des charges « de plus en plus contraignants en ce qui concerne l'aspect du fruit et son calibre ».