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Mercredi 01/04/2026

Alors que le pétrole flambe, le gaz reste loin de ses niveaux de 2022

Publié par Pleinchamp

Un mois après le début de la guerre en Iran, les prix du pétrole et des engrais ont flambé. Paradoxalement, les cours du gaz, s’ils sont sous tension, restent bas comparativement au début de la guerre en Ukraine.

Un mois après le début de la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël en Iran, qui s’est étendue à plusieurs pays du Moyen-Orient, les indicateurs économiques se sont assombris. Que ce soit sur le baril de pétrole, sur les cours du colza ou même du blé, les prix sont orientés à la hausse, bien que, d’un jour à l’autre, les fluctuations atteignent des amplitudes inédites.

Alors qu’il se situait depuis plus d’un an dans une fourchette de 60 à 80 dollars, le cours du baril de Brent s’est hissé à partir de la fin du mois de février aux alentours de 100-115 dollars. Au 31 mars 2026, il atteignait 119 $/baril. Le cours de l’or noir est désormais à proximité de niveau qui était le sien lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022.

Les répercussions sur les prix des produits énergétiques ont suivi. Le GNR, qui était à 1,17 €/l juste avant le déclenchement de la guerre en Iran, atteignait le 30 mars près de 1,8 €/l.

Paradoxalement, le prix du gaz est bas, comparé à son niveau atteint lors des premiers mois de la guerre en Ukraine. « Il faut y voir sans doute un effet d’une demande moins forte exprimée par les principaux pays importateurs », analyse Thierry Pouch, économiste aux Chambres d’agriculture, dans une note publiée le 30 mars.

Le cours du gaz Dutch TTF, référence sur le marché européen, s’affiche en ce début de semaine autour des 54 €/Mwh, bien loin des hausses à 200 €/Mwh observées en 2022. « Le marché du gaz Dutch TTF retrouve un certain calme depuis 10 jours, après le plus haut atteint mi-mars à plus de 65 €/Mwh », indique le cabinet Argus le 31 mars.

Néanmoins, les cours du gaz restent sous tension au gré des annonces au Moyen-Orient, et ce, à l’heure où la période de remplissage des stocks a commencé en Europe. « Actuellement sur un bas de fourchette pour la saison, les stocks européens pourraient ne s’élever qu’à 85 % dans le scénario de base à fin septembre, soit sous le niveau requis de 90 % en début d’hiver », fait-on savoir chez Argus.

La durée du conflit et la reprise de production et des exportations seront donc les éléments à suivre ces prochaines semaines pour déterminer l'évolution des cours du gaz.

Affolement sur le marché des engrais

L’Union européenne est également percutée de plein fouet par la hausse des prix des engrais, alors même qu’elle est très peu dépendante des engrais qui transitent par le détroit d’Ormuz. Ainsi, 30 à 40% de l’urée mondiale transite habituellement par le détroit d’Ormuz, mais l’UE n’est dépendante qu’à 2% de cette urée. A titre de comparaison, « la dépendance du Brésil à l’urée provenant du Golfe Persique s’élève à 42%, celle de l’Australie à 72%, 17% pour les Etats-Unis, 9% pour l’Inde », détaille Thierry Pouch.

La dépendance de l’UE est en revanche plus élevée envers l’Egypte, qui représente 26% de ses importations d’urée. « L’urée égyptienne a grimpé jusqu’à 800 $/t Fob, une hausse de +60 $/t sur la semaine, indique le 31 mars le cabinet Argus. Les prix européens de l’urée ont suivi ce regain de fermeté. En Espagne, ils ont augmenté de +68 €/t sur la semaine pour atteindre 710-750 €/t Fca, et en France de +33 €/t pour atteindre 720-735 €/t Fca Atlantique le 26 mars ».

Ainsi, « si l’UE n’est pas la zone la plus exposée au risque de la poursuite de la fermeture du détroit d’Ormuz, et donc à la contraction de ses approvisionnements, elle est percutée de plein fouet par la hausse régulière depuis le début du conflit du prix de l’urée », note Thierry Pouch. Comme dans le cas du gaz, le prix de l’urée se situe encore au-dessous du pic des 1 000 €/t observé durant les trois premiers mois de la guerre en Ukraine.

Quant à la solution azotée, elle était à 439,25 €/t le 30 mars, et l’ammonitrate 33% à 575,5 €/t. « Assurément, si le conflit se prolonge, et si le détroit d’Ormuz continue à être contrôlé par les autorités iraniennes, il faut s’attendre à des secousses sur les trésoreries des agriculteurs », souligne l’économiste.

Le prix du blé ne suit pas

A l’inverse de ce qui s’est produit lors du début de la guerre en Ukraine, où le cours du blé tendre avait atteint un pic inédit, permettant aux producteurs d’absorber l’envolée des coûts de l’énergie et des engrais, la conjoncture actuelle reste précaire pour les agriculteurs. « A cette époque, le prix de la tonne de blé était plus de deux fois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui, rappelle Thierry Pouch. Le ratio solution azotée prix du blé se situe à 2,12, signifiant que le cours de l’engrais est plus de deux fois plus élevé que celui du blé tendre ».

En janvier 2026, avant le début de la guerre au Moyen-Orient, le prix moyen des engrais et amendements pour les agriculteurs français était, selon Agreste, déjà en hausse de 9,5% sur un an, sous l’effet des taxes à l’importations d’engrais en provenance de Russie, et de la mise en œuvre du MACF. Le poste « énergie et lubrifiants », lui, était en baisse de 11,7%. Tous postes confondus, le prix d’achat des intrants pour l’activité agricole était en baisse de 2% en janvier, comparativement à l’année dernière.