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Lundi 09/03/2026

Blé dur : « Dérisquer la production par la contractualisation »

Publié par Pleinchamp

Pour Frédéric Gond, président du Comité de pilotage de la filière blé dur, il est urgent de sécuriser l’engagement des producteurs dans une espèce exposée au risque de la marginalisation et laissant place à la déprise dans certains secteurs.

196.000 ha en 2026 contre 505.000 ha en 2010 : deux chiffres suffisent à décrire la descente en flèche du blé dur en moins de deux décennies. Au rythme actuel, elle pourrait rejoindre le cortège de cultures comme le pois protéagineux, le sorgho ou le soja qui vivotent à des niveaux critiques, hypothéquant l’implication des acteurs en amont (sélection génétique, protection phytosanitaire) et opérateurs en aval (collecte, transformation). « La filière blé dur est sur la brèche » reconnait Frédéric Gond, producteur dans le Loiret et président du Comité de pilotage de la filière blé dur.

Évolution de la sole de blé dur entre 2025 et 2026 (Source : Agreste)
Évolution de la sole de blé dur entre 2025 et 2026 (Source : Agreste)

Sur la brèche mais pas résignée, loin s’en faut. En 2024, la filière a convaincu les pouvoirs publics d’abonder à hauteur de 25% un Plan de souveraineté spécifique à la filière à 43 millions d’euros, alliant recherche génétique, décarbonation, et sécurisation via la contractualisation entre les différents maillons.

"La filière blé dur est une des mieux organisées en France"

C’est sur ce troisième volet que repose, à court terme, le salut d’une espèce climatiquement capricieuse (comparativement au blé tendre), offrant un débouché unique (la semoule) aux exigences sanitaires et technologiques fortes (mitadinage, moucheture, indice de jaune...) et que la sélection génétique et le plus scrupuleux des itinéraires techniques peinent à sécuriser. « La filière blé dur est une des mieux organisées en France, souligne Frédéric Gond. Depuis 30 ans, tout le monde se parle, des sélectionneurs aux industriels en passant par la recherche et les producteurs. Les semouliers et pastiers présents sur le territoire sont très engagés et nous accompagnent fortement ».

Malgré la baisse des surfaces, la France reste largement autosuffisante en blé dur, dont elle exporte la moitié de sa production (soit 600.000t) mais beaucoup moins en pâtes alimentaires, qu’elle importe à hauteur de 60%, sur fond de consommation en croissance. Les industriels présents sur le territoire se font forts de s’approvisionner en France, en contractualisant avec les OS. Pour Frédéric Gond, le salut de la filière passe par une montée en puissance de la contractualisation entre OS et agriculteurs. « L’objectif est de viser un taux de contractualisation de 50% contre environ 30% actuellement, explique t-t-il. Pour y parvenir, il faut sécuriser davantage les producteurs par rapport aux risques et aux aléas sachant que le blé dur est susceptible de réserver une marge nette supérieure à celle du blé tendre ».

"Quand on impulse un centime supplémentaire estampillé comme une valeur ajoutée environnementale ou d’accompagnement des producteurs, ça a du mal à passer au niveau du paquet de pâtes et du consommateur"

A ce jour, la formule reste à inventer. Le marché à terme, mis en place en 2022 pour déjouer la volatilité de l’espèce, s’avère inopérant. « Tous les opérateurs se connaissent et le marché est trop petit », analyse Frédéric Gond. Les producteurs sont par ailleurs pris en étau entre un marché mondial en partie inféodé à la production canadienne et des consommateurs accrochés à une denrée de base. « Quand on impulse un centime supplémentaire estampillé comme une valeur ajoutée environnementale ou d’accompagnement des producteurs, ça a du mal à passer au niveau du paquet de pâtes et du consommateur » admet le céréalier du Loiret.

"Dans certains secteurs du Sud-Est, l’arrêt du blé dur laisse place à la déprise"

Maigre consolation, la situation des producteurs espagnols et italiens n’est guère plus réjouissante. Le salut passera peut-être par la prochaine réforme de la Pac et une revalorisation de l’aide couplée. « Dans certains secteurs du Sud-Est, l’arrêt du blé dur laisse place à la déprise », alerte Frédéric Gond.

Sur la campagne en cours, la sole hexagonale s’est stabilisée aux alentours des 200.000 ha, la France ayant donné un signal en doublant pour deux campagnes le montant de l’aide couplée dans les zones traditionnelles.