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Jeudi 27/08/2026
Blé et maïs : comment la sécheresse réorganise les marchés européens
La chute drastique de la production française et européenne de maïs rebat les cartes de l’offre et de la demande et fait bouger les curseurs du côté de l’alimentation animale et de l’exportation, au profit du blé.
Pénalisée par la sécheresse et par les épisodes de canicule en fin de cycle, la récolte française de blé tendre, d’une précocité inédite, est évaluée en date du 27 août par le cabinet d’analyse Argus Media à 30,8 millions de tonnes, en recul de 7,6% sur un an. En maïs, la chute est vertigineuse : en raison de la baisse des surfaces, de la sécheresse et du report d’une partie des parcelles de maïs grain en ensilage, Argus Media estime la production française à 6,9 millions de tonnes, quasiment moitié moins que l’an dernier. « Il faut remonter à 1976 pour recenser une récolte nationale aussi faible », indique Maxence Devillers, analyse chez Argus Media.
Un marché du maïs en UE en perte de vitesse
Le phénomène n’est pas spécifique à la France. Plusieurs pays de l’Union européenne ont également souffert de la sécheresse, à l’instar de l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie ou la Hongrie. La production européenne de maïs est estimée à 46,9 millions de tonnes, en recul de 19% par rapport à 2025, au plus bas depuis au moins 25 ans, sous l’effet conjugué de la baisse des rendements et des surfaces.
Or, il s’avère que la production européenne est en baisse constante depuis plusieurs années. « On constate une baisse structurelle de la production de maïs depuis cinq ou six ans », note Maxence Devillers. Une baisse de production qui, poursuit l’analyste, « n’est pas compensée par les importations », qui représentent environ 20 millions de tonnes chaque année.
En conséquence, les flux d’utilisation des différentes céréales évoluent. « Globalement, la consommation de maïs en Europe est en train de se tasser et le blé prend la place du maïs au sein de l’alimentation animale », indique Maxence Devillers.
Une demande de blé en hausse au sein de l'UE
Argus Media estime la demande en blé pour l’alimentation animale en UE à 52 millions de tonnes, en hausse de 7 millions de tonnes par rapport à 2024. En France, « le manque de maïs va impacter directement le bilan et la demande pour le blé français », fait savoir Maxence Devillers. La demande de blé à destination de l’alimentation animale est d’ores et déjà estimée à la hausse et celle de maïs à la baisse. Une situation favorisée ces dernières semaines par des cours du maïs bien plus élevés que ceux du blé.
« Pour compenser la baisse du maïs à l’échelle européenne, les exportations françaises de maïs intra-communautaires sont estimées à la hausse », précise l’analyste. La France va donc exporter davantage de blé vers les pays de l’Union européenne.
Pour ne pas fragiliser le stock final, les exportations de blé français vers les pays hors de l’UE seront limités selon Argus Media à 6 millions de tonnes, contre 7,3 l’an dernier.
Même scenario à l’échelle européenne, où le potentiel d’exportation de blé ne devrait pas dépasser 30 millions de tonnes, faute de disponibilités. Les stocks de reports pour la campagne 2026-2027 sont estimés à 10,9 millions de tonnes, au plus bas depuis 2020-2021.
Le moteur du commerce mondial de nouveau à l’arrêt
« C’est une situation totalement différente de l’an passé, où l’on avait des gros stocks de report et une compétition acharnée sur la scène internationale de l’exportation, rappelle Maxence Devillers. Cette année, la situation est beaucoup plus tendue ».
Une situation d’autant plus tendue que « la mer Noire, qui est d’habitude le moteur du commerce mondial en début de campagne, est quasiment à l’arrêt », précise l’analyste. Les capacités d’export en Ukraine et en Russie sont en effet largement réduites en raison de l’intensification des frappes dans les deux pays. Si ce blocage devait se prolonger, les pays importateurs se tourneraient vers d’autres origines. « La situation est vraiment à risque et l’impact sur les prix est significatif », ajoute Maxence Devillers. Le blé Euronext a regagné près de 10€/t sur son échéance Décembre 2026, revenant ainsi proche des plus haut observable mi-juillet.