Bovin : conjoncture sem 41-2020

« Le bien être animal » à toutes les sauces

 « Le bien-être animal » est le mot qui est le plus souvent employé ces derniers temps quand on parle d’élevage. Il devrait avant tout être lié au « bien-être de l’éleveur ». Si tout le monde demande plus de bien-être animal, il ne faut pas oublier que de base, dans le métier d’éleveur, le bien-être animal, c’est d’avoir des vaches en bonne santé avec des conditions de vie satisfaisantes pour une activité rentable. Or, il y a une réelle méconnaissance du métier d’éleveur que des associations antispécistes médiatisées ne cessent de décrier, en prenant l’animal comme « entité suprême ». Lorsque l’on demande aux Français s’ils veulent des animaux en liberté et la fin de l’élevage en cage, « comment répondre autre chose que oui, quand on ne connait pas le monde de l’élevage, les raisons pour lesquelles on a des animaux en bâtiment.

L’élevage dans ces grandes largeurs porte tous les maux dans un débat sociétal où la relation ancestrale entre l’homme et l’animal est de plus en plus remise en cause. Devant la montée en puissance des mouvements abolitionnistes qui avancent des données très contestables, voire totalement fausses, l’élevage est souvent placé sur le banc des accusés. Les consommateurs urbains ont souvent une vision éloignée de la réalité de l’élevage. Inquiets vis-à-vis du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité, « 60 % des Français déclarent qu’il est urgent d’agir »

Les préoccupations quant à l’urgence écologique se sont amplifiées depuis la crise du Covid-19. 84 % des Français déclarent que l’alimentation est le premier poste dans lequel ils essaient d’adopter un comportement responsable. La notion de « local » est une demande forte. Or, ces demandes légitimes ne doivent pas faire oublier le raisonnement économique. On ne peut pas imposer des modifications drastiques des pratiques d’élevage, sans garantie de rentabilité.  

C’est dans ce débat déjà très dense que les éleveurs voient poindre une nouvelle menace du côté de la végétalisation de l’alimentation. La dénomination végétale d’imitation de viande (steak, burger, saucisse..), favorise des pratiques de commercialisation trompeuses et injustes. Le Parlement Européen devrait se prononcer en novembre sur la nécessité de protéger ces dénominations liées à l’animal. Le résultat de cette prise de position sera capital pour l’avenir de l’élevage. L’activité de lobbying des protéines végétales y sera très forte, mais les éleveurs seront également très actifs.  

Dans tous ces débats, le nerf de la guerre reste la finance, et c’est ce qui manque le plus à ceux qui sont à la base de l’édifice. Alors que « 54 % des Français déclarent finir leur fin de mois avec un compte en banque en négatif », des arbitrages sont forcément à faire et le budget alimentaire est souvent la variable facilement mobilisable. Le choix porté par la profession sur une montée en gamme avec plus de labels pour tirer le prix est confronté à un recul des ventes depuis l’instauration d’un prix à 4€ pour les Charolaises R par les abatteurs, faute de segmentation des rayons et de visibilité auprès des consommateurs.