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Vendredi 19/12/2025
Marchés agricoles : une année historique pour les prix des bovins
Qui au début de l’année 2025, aurait pu imaginer un tel scénario, même si tous les indicateurs allaient dans le sens d’une évolution positive des prix.
Conjoncture – Alors que depuis de très nombreuses années, l’élevage était le parent pauvre du milieu agricole, l’année 2025 sera à marquer dans les mémoires. Sur fond de décheptelisation renforcée par les crises sanitaires MHE et FCO qui ont fait fondre la fécondité et renforcé la mortalité ou les infirmités, les industriels ont commencé à ressentir ce qui fut le fil rouge de toute l’année. Le commerce est maintenant dans une dynamique de marché tiré par la demande, plutôt qu’un marché poussé par l’offre qui était la règle, ces dernières décennies
Ce constat n’est pas franco-français, mais il s’étend à l’ensemble des pays de l’UE. Les importations qui étaient montrées du doigt pour tirer les prix vers le bas, restent présentes, mais plus par besoins d’équilibre de marché, avec des écarts de prix qui se sont estompés. En un an, le prix des vaches Charolaises est passé de 5,43€ à 7,36€, les broutards Charolais de 350/400 kg de 4,32 à 5,75€ (en passant par un pic à 6,20€ au cœur de l’été) et les veaux laitiers lourds de 184 à 300€ (en passant par un sommet à 450€). Toutes ces revalorisations étaient nécessaires et n’ont fait que rattraper des années de sous-valorisation des produits. Elles vont permettre d’adoucir les moins-values subies par les attaques de FCO ou MHE. Mais elles ont dans le même temps un impact de plus en plus marqué sur le prix des produits au détail, avec un consommateur qui aime la viande, mais qui fait des choix qui engendrent une décroissance de la consommation de viande rouge.
En 2026, le sanitaire restera une préoccupation importante, avec une prise de conscience collective de la nécessité de la vaccination contre les différentes épizooties qui ravagent les troupeaux. Les acteurs commerciaux devront toujours composer avec une Europe en recherche de broutards, de veaux et de jeune bovin, mais resteront vendeurs des pièces qui ne sont pas consommées dans tel ou tel pays. Nous sommes sur un marché de libre-échange où les mouvements de matière entre les pays sont nécessaires pour assurer les équilibres. Après une fin d’année plus favorable en termes de volumes, les industriels vont rapidement se retrouver confrontés à un manque d’offre. L’accès à la matière première est un enjeu majeur et vital pour la filière de l’abattage/transformation. Qui devra, dans le même temps, composer avec des consommateurs qui ne pourront pas voir les prix s’envoler de 20% comme cette année. Les négociations commerciales qui ont débuté avec les distributeurs vont être ardues.
Petit retour en arrière, qui a des allures de constante. Le début de l’année avait été marqué par des mouvements forts de revendication sur fond d’accord avec le Mercosur et de crise sanitaire (la DNC n’était pas encore à l’ordre du jour), mais la FCO laissait craindre de lourde perte, et ce fut le cas. L’ouest du pays étant particulièrement touché alors que l’Est et le centre du pays avaient payé le prix fort en 2023 et 2024. Les élections des représentants des Chambres d’agriculture en janvier ont bouleversé le paysage politique, avec la montée en puissance des syndicats dits « minoritaires », qui ont remporté de nombreux départements notamment dans le sud du pays. C’est sous cette nouvelle distribution que l’on peut regarder aujourd’hui la crise sanitaire profonde que traversent les départements pyrénéens. Relayée par une médiatisation importante, la DNC a pris une ampleur nationale et très politique qui anime fortement les débats sur cette fin d’année.
Mais le sujet le plus important de la semaine est l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Le bras de fer entre Bruxelles et Paris se tend. La Commission européenne confirme son intention de signer cet accord de libre-échange, mais elle vient de reporter cette décision sur 2026 sous la pression de la France et de L’Italie. Cette dernière demande des garanties supplémentaires, mais « in fine » se dit prêt à le signer. L’exécutif européen a opposé au président français une fin de non-recevoir lundi matin. Ursula Von Der Leyen maintient le cap : « La signature de cet accord revêt aujourd’hui une importance cruciale, tant sur le plan économique, diplomatique et géopolitique pour l’Union européenne ». Le président brésilien a accepté ce report, pour parfaire certains points de la négociation. Ce n’est donc qu’une partie remise pour les nombreux éleveurs et producteurs qui seront impactés par cet accord.