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Vendredi 02/10/2026
Couvrir ses fosses de stockage d’effluents : c’est pratique, technique et… esthétique
Dans beaucoup de pays du nord de l’Europe, comme les Pays-Bas ou le Danemark, la couverture des fosses d’effluents agricoles est la norme. En France, ces équipements sont encore des exceptions. Pourtant, chez les agriculteurs qui en disposent, cet investissement se révèle pertinent. Exemple au Gaec FBL à Senonnes, dans la Mayenne.
« Les années pluvieuses comme 2023 et 2024, nos fosses étaient pleines en hiver… Organiser les épandages était très compliqué », se souviennent Régis Bucquet et Anthony Louasil, les deux associés du Gaec laitier FBL, à Senonnes en Mayenne (des dérogations aux interdictions d’épandages ont été accordées après ces hivers pluvieux).
Depuis octobre 2025, les éleveurs ont fait couvrir deux fosses d’effluents liquides de 1900 m3 et 500 m3 d’un chapiteau en toile technique imperméable. Désormais, l’eau de pluie ne vient pas augmenter les volumes stockés et le Gaec dispose de plus de souplesse d’épandage : « Par exemple, sur la fosse de 1900 m3, pour une pluviométrie annuelle de 750 mm, on gagne 525 m3 de stockage. On peut choisir plus sereinement les parcelles les plus portantes pour épandre ».
Couvrir les fosses : obligatoire pour les digestats liquides
Au Gaec FBL, les deux fosses couvertes sont des fosses à digestat liquide. Depuis 2023, le Gaec est l’un des 8 associés d’un méthaniseur collectif, CS Biogaz, situé à Congrier, à quelques kilomètres de la ferme. Tous les effluents bruts du Gaec partent chaque semaine alimenter le méthaniseur et le Gaec reçoit en retour des digestats liquides et solides. Mais qu’il s’agisse de digestats ou de lisiers, la problématique est la même : le stockage en attendant l’épandage.
Petite différence cependant sur la réglementation : si la couverture des fosses à lisiers n’est généralement pas obligatoire en France, celle des fosses de digestats l’est. L’une des justifications techniques de cette obligation est que le processus de méthanisation pourrait augmenter le potentiel de volatilisation de l’azote ammoniacal, qui est un polluant atmosphérique.
Après la mise en service de l’unité collective de méthanisation, plusieurs des associés étaient dans la même obligation de couvrir leurs fosses : ils ont donc lancé un appel d’offre commun pour la couverture de 8 fosses au total. Par l’intermédiaire de leur distributeur agricole local, les établissements Dupin, c’est l’entreprise BHD environnement, spécialiste des toiles techniques et des géomembranes, qui décroche ce marché.
BHD n’était pas inconnue des associés de l’unité de méthanisation, car l’un d’entre eux, éleveur de porcs, était déjà équipé de ses couvertures pour ses fosses à lisier, depuis 7 ans et il en était pleinement satisfait. « Nos éleveurs sont nos meilleurs ambassadeurs », commente David Le Guyader, responsable communication de BHD environnement, à l’occasion d’un point presse organisé le 24 septembre dernier.
« Depuis deux ans, nous installons de plus en plus de couvertures de fosses, nous en sommes à une centaine par an », constate David Le Guyader. Ce mouvement pourrait s’accélérer car la France a une obligation de réduction de ses émissions agricoles d’ammoniac de 13% par rapport à 2005 d’ici à 2030. Pour l’instant, elle gère sa trajectoire de réduction avec moins d’obligations formelles que des pays comme le Danemark, les Pays-Bas ou l’Allemagne, où l’ammoniac est un sujet de préoccupation beaucoup plus prégnant qu’en France.
Rentabilité, tranquillité et image publique
Pour le Gaec FBL, comme pour les autres associés qui ont fait couvrir leurs fosses, l’enjeu quotidien n’était pas vraiment l’ammoniac, mais la capacité de stockage de leurs ouvrages. Avec la couverture des fosses, ils gagnent en souplesse d'épandage et en valeur fertilisante des digestats, ce qui se traduit concrètement en réduction de temps de travail et de nombre de tours d’épandages.
« Nous avons fait les calculs pour l’ensemble de nos 8 ouvrages, rapporte Régis Bucquet, chaque année, pour 750 mm de pluviométrie en moyenne, on gagne en tout 2850 m3 de stockage. Cela représente 110 tours de tonne en épandage, soit 8000 euros. » Globalement, les associés qui ont fait couvrir leurs fosses estiment un retour sur investissement au bout d’une dizaine d’années.
Mais ce qui ne se compte pas en argent sonnant et trébuchant, mais qui compte quand même pour l’éleveur Régis Bucquet, c’est aussi sa « tranquillité d’esprit » par rapport aux épandages, et l’image que véhicule une fosse couverte auprès du public. L’une des fosses du Gaec est en effet un stockage déporté, situé pour des raisons logistiques en bord de route départementale, à proximité des parcelles et du méthaniseur. « Pour le grand public qui passe, l’aspect esthétique est bien meilleur qu’une fosse non couverte et entourée d’un grillage. Pour moi, l’image de l’agriculture, c’est important ».
« Il faut 10 à 30 bénévoles pour ouvrir le chapiteau »Les couvertures de fosse sont réalisées sur mesure à partir d’une toile exclusive garantie 12 ans pour résister aux milieux agressifs, aux températures extrêmes et aux UV. Elles sont assemblées dans les ateliers de BHD environnement et elles sont munies de sangles de tension soudées directement sur la toile. Une couverture de fosse peut se monter en deux journées seulement : une journée pour la pose des cliquets tout autour de l’ouvrage béton, puis une journée pour le déploiement de la toile, portée par un mat à hauban central. Lors du déploiement de la toile, pour réduire le coût de la pose, il est demandé aux agriculteurs de réunir une équipe de 10 à 30 personnes (selon le diamètre de la couverture) : pendant deux heures environ, ils devront tenir la toile ouverte le temps que les sangles de fixations soient accrochées sur le bord de la fosse. |

