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Mardi 12/05/2026

DNC : après le fiasco de l'année dernière, les bovins seront-ils encore bloqués en alpage ?

Publié par Pleinchamp

Malgré la fin de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, les règles sanitaires imposées pour l’estive 2026 inquiètent les éleveurs alpins. Certains redoutent déjà de revivre les blocages de troupeaux survenus l’an dernier.

En septembre 2025, c'était un véritable cauchemar pour les éleveurs : près de 4 000 vaches ont été prisonnières dans les alpages des Alpes. Leurs propriétaires, impuissants, ne pouvaient plus faire redescendre les troupeaux en raison des protocoles sanitaires face à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Même vaccinées, la DGAL (Direction générale de l'alimentation) refusait d'autoriser leur sortie vers les zones indemnes de maladie. Des animaux bloqués en montagne alors que l'automne arrivait, des conditions météorologiques qui se dégradaient, des vaches sur le point de vêler : le tableau était catastrophique. Aujourd'hui, alors que l'estive approche, les mêmes craintes resurgissent.

Un protocole inchangé malgré le fiasco

Dans l'arrêté du 27 avril dernier, le ministère de l'Agriculture a posé ses conditions pour la saison 2026 : aucun animal non vacciné contre la DNC ne peut accéder aux alpages collectifs situés en zone vaccinale (ZV), c'est-à-dire les territoires touchés par l'épidémie l'année dernière. Les bêtes issues de zones indemnes (ZI), où la maladie n'a pas circulé, sont donc directement concernées. En somme, un protocole quasi identique à celui de 2025. "Toute introduction d'un animal d'une espèce sensible non valablement vacciné dans une exploitation saisonnière collective de la zone de vaccination est interdite".
Pour les éleveurs qui veulent quand même monter leurs animaux en alpage, une seule option : entrer d'abord dans une exploitation en zone vaccinale, faire vacciner les bêtes dans les 48 heures, puis patienter 28 jours le temps que l'immunité se développe. Ce n'est qu'à l'issue de cette quarantaine que les animaux obtiennent le statut de "valablement vacciné" et peuvent rejoindre les estives collectives. Une contrainte logistique et financière considérable pour des exploitations qui n'ont ni le temps ni les infrastructures pour absorber ce délai en pleine période de préparation de la transhumance.

"Un protocole inapplicable"

La Confédération paysanne s'inquiète déjà pour cette année. Elle juge le protocole inapplicable et redoute que les mêmes blocages de l'année dernière ne se reproduisent. Sur le terrain, beaucoup d'éleveurs disent craindre un nouvel enlisement administratif à l'approche de la transhumance. Le syndicat dénonce une « gestion de crise inhumaine » et demande depuis des mois une révision du système. Son alternative : passer d'un abattage systématique à un abattage ciblé, en tenant compte de l'immunité collective qui s'est développée après la campagne de vaccination massive de 2025. La crainte est palpable : avec un protocole aussi contraignant, certains éleveurs pourraient renoncer à monter leurs bêtes en alpage. Des alpages vides, c'est aussi une perte économique pour les exploitations et un risque pour l'entretien des paysages de montagne.

Des réponses attendues, mais trop tard ?

La crise de 2025 a laissé des traces profondes : 117 foyers de DNC, plus de 3 300 animaux abattus, deux millions vaccinés dans les départements alpins. Depuis le 2 janvier, aucun nouveau foyer n'a été détecté et les restrictions sur les mouvements d'animaux ont été levées en grande partie. Mais le ministère maintient la pression sur les alpages. Des chercheurs du Cirad planchent sur la possibilité d'un abattage sélectif en cas d'immunité collective. Leurs conclusions sont attendues fin juin, après les premières transhumances sous haute surveillance, et les éleveurs se sont déjà organisés pour la montée en alpage. Après le chaos de 2025, l'ombre plane sur la montagne.