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Mardi 10/03/2026

Économie agricole : rien n’est jamais acquis, surtout pas les prix

Publié par L'union du Cantal

Vents contraires sur les marchés de la viande bovine d’un côté, des productions laitière et porcine de l’autre qui restent soumises au diktat de l’aval.

En agriculture, les planètes sont rarement alignées : à peine l’horizon s’éclaircit pour une production, qu’une autre voit ses perspectives de revenus s’effriter. À peine une campagne fourragère favorable engrangée, que les rongeurs voraces refont surface. La session de la Chambre d’agriculture vendredi 6 mars et les nombreuses motions votées, en ont été une nouvelle fois le témoin.
Côté pile, des cours des broutards, des réformes et des JB (jeunes bovins) soutenus, au-delà des prix de revient, et une dynamique haussière entretenue par la décapitalisation (certes ralentie) et la rétention des mères sur les élevages, a posé Patrick Chazal dans son exposé de conjoncture. Si dans le Cantal, les cheptels de souche se sont stabilisés depuis trois ans à 227 700 femelles de plus de 30 mois, le pays a encore perdu 57 000 vaches allaitantes en 2025 et 86 000 laitières, soit - 10,5 % du cheptel en cinq ans.

Du lait produit à perte

Côté face, une production laitière qui traverse le phénomène inverse : hausse de la collecte en France (+ 2,2 %), en Europe et dans les principaux pays exportateurs et pression parallèle sur le prix du lait avec un potentiel repli de 50 €/1 000 l sur 2026. Au passage, il est relevé que si la chute du prix est aussi intense et rapide en France que chez ses voisins, les producteurs tricolores n’ont pas profité pareillement de la hausse passée. Avant même cette érosion, à 587 €/1 000 l (2025), le lait conventionnel en zone de montagne n’atteint pas 90 % de son prix de revient. Mais un redressement de la conjoncture laitière n’est pas à exclure, avance Patrick Chazal, évoquant les hausses consécutives des enchères sur la plate-forme Global Dairy Trade, qui généralement donne le “la” quelques semaines plus tard au prix du lait... cantalien.

“La valeur, on sait où elle est...”

“Avec un prix du porc à 1,41 €/kg, c’est comme si on payait le prix du lait 300 €/t depuis cinq mois” : Benoît Julhes a lui témoigné de la situation catastrophique des éleveurs de porcs, percutés par une chute de 20 % des cours depuis septembre. Et ce alors même que la consommation est dynamique (+ 2,5 %) et que la production de porcs charcutiers stagne en France. “Il n’y a pas de destruction de valeur dans la filière et on sait très bien où cette valeur est, elle est sortie des ateliers de transformation...” pour grossir les marges de la grande distribution, a pointé le président de la Capp, rappelant qu’en 2024 déjà, la marge nette du rayon boucherie porc en GMS a atteint 9,6 %. L’enjeu dépasse la seule filière porcine puisque, l’a rappelé Patrick Escure, président de la Chambre d’agriculture, sans porcs, pas un abattoir de la région n’a d’avenir.
Aussi une motion - fusion de celles proposées par FDSEA-JA et Coordination rurale - et intégrant les productions laitière et porcine a été votée (abstention de la Confédération paysanne), pour demander des dispositifs d’allègement de charges pour ces deux secteurs, des dispositifs de soutien conjoncturels et le respect strict et contrôlé de la loi relative aux négociations commerciales.
Autre motion de la FDSEA cette fois votée à l’unanimité, celle demandant que tous les exploitants au régime du micro-Ba soient éligibles au crédit d’impôt Cuma. Micro bénéfice agricole dont la session a sollicité le relèvement du seuil (au-delà des 120 000 € déjà obtenus), ainsi que celui du plafond du réel simplifié.

Des règles hors-sol

Compte tenu des effets du changement climatique (avec ce début d’année un excès d’eau record), FDSEA et Jeunes agriculteurs jugent nécessaire une adaptation de la réglementation relative aux dates d’entretien des haies, au curage des fossés, etc. Motion votée sans la voie de la Confédération paysanne.
Enfin, plus largement, FDSEA et JA appellent dans une dernière motion à ce que dans la loi d’urgence agricole annoncée, “le gouvernement passe
véritablement aux actes, à travers des leviers tangibles” pour libérer la production agricole de ses carcans normatifs et tendre vers la souveraineté alimentaire.