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Mercredi 08/04/2026

La guerre au Moyen-Orient profite aux producteurs de luzerne français

Publié par Pleinchamp

La filière luzerne française, affranchie du gaz pour sécher ses récoltes, résiste mieux que ses voisins aux turbulences du marché et vise désormais un débouché 100% européen d'ici 2030.

La luzerne française a un atout de taille : ses fours de déshydratation fonctionnent aux plaquettes forestières, et non au gaz ou au charbon. Une transition énergétique engagée bien avant la crise, qui protège aujourd'hui la filière de la flambée des prix du gaz liée au conflit en Iran. "Le choc énergétique lié à la guerre en Iran rebat complètement les cartes. Nous n'avons pas de visibilité au grand export", reconnaît Pierre Bégoc, directeur général de France-Luzerne. Mais pour la France, ce choc est amorti. Autre avantage structurel : le gazole non routier (GNR), utilisé dans les machines agricoles, "ne représente que 3 à 4 % du coût de production", précise-t-il. La hausse du carburant pèse donc peu sur les marges françaises.

"Europa first" : un pivot stratégique assumé

Deuxième producteur européen de luzerne déshydratée avec 725 000 tonnes en 2025, juste derrière l'Espagne et devant l'Italie, la France consomme la moitié de sa production en interne et exporte l'autre moitié, à 95 % vers l'Europe. Les 5 % restants allant vers les Etats-Unis, le Moyen-Orient, le Maroc et le Japon. Face au blocage du détroit d'Ormuz, qui coupe les routes commerciales vers le Golfe, la filière française assume un virage : "Notre marché peut être exclusivement européen si le contexte nous y contraint. Europa first : c'est devenu une évidence pour nous, c'est atteignable d'ici à 2030. Même si on ne ferme pas la porte au grand export", affirme Pierre Bégoc.

L'Espagne dans la tourmente, la France en embuscade

Le contraste avec l'Espagne est frappant. Madrid exporte 44 % de sa production vers le Golfe — un débouché désormais bloqué par la guerre. La filière française, elle, avait déjà réduit de moitié sa part d'exportations hors Union Européenne en dix ans, anticipant les turbulences actuelles. La crise pourrait même stimuler la culture de la luzerne en France pour les semis 2027. L'objectif de la filière : retrouver 70 000 hectares en 2030, contre 66 500 en 2025.

Un atout vert en prime

Au-delà de la conjoncture, la luzerne coche toutes les cases de l'agriculture durable : économe en eau (non irriguée en France), elle stocke du carbone et enrichit les sols en azote, réduisant le recours aux engrais pour les cultures suivantes. Des arguments qui résonnent fort dans une Europe en quête de souveraineté alimentaire et de transition écologique.