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Samedi 24/10/2026

L’inexorable montée en puissance du désherbage laser en France

Publié par Acti Ouest

Avec une quinzaine de machines en fonctionnement en France, le désherbage laser est devenu une réalité dans les campagnes françaises. C'est sur les cultures légumières semées à haute densité que cet outil trouve aujourd'hui tout son intérêt.

Mi-octobre, sur une exploitation maraîchère du Saumurois dans le Maine-et-Loire, une étrange machine s’active entre les rangées d’oignons botte juste levés. Des éclairs de lumière jaillissent de manière irrégulière sous le châssis et une légère odeur de brûlé flotte dans l’air. En regardant de plus près la planche de culture après le passage de la machine, l’œil averti observera des petits points d’un demi centimètre couleur cendre et des restes de jeunes adventices en partie détruites.

La machine à l’œuvre est en fait le modèle de démonstration du laser de désherbage de la société grecque Terra Robotics. Le fonctionnement est simple. Lorsque les caméras détectent une adventice, le logiciel de l’outil déclenche l’un des trois modules lasers embarqués pour griller l’herbe indésirable. Pour Maxence Guillaumot, représentant en France du constructeur, cette technologie représente l’avenir du désherbage sur légumes. « Je l’ai assez vite compris quand je travaillais pour Naïo aux États-Unis. Je me suis rapidement demandé comment les constructeurs de laser arrivaient à vendre des machines à près de 1,5 million d’euros, là où nous n’arrivions pas à placer nos robots à 200 000 euros », se souvient-il.

Les points lumineux sont générés par le laser lorsqu’il touche une adventice. L’impact laisse un point noir sur le sol là où une adventice émergente a été détruite. © TD

Déjà 15 lasers en fonctionnement en France

Après deux mois de collecte de photos dans plusieurs exploitations françaises pour entraîner son algorithme de reconnaissance, Terra Robotics recevait le 9 octobre dernier la visite d’une quinzaine de groupes d'agriculteurs, notamment en production d’oignons bio, qui s’intéressent de près à cette technologie.

Si Terra Robotics lance sa commercialisation cette année, un autre acteur est déjà pleinement opérationnel. La société américaine Carbon Robotics, pionnière en la matière, a vendu ses deux premières machines à des exploitations françaises dans les Landes en 2024. Cette année, elle recensait 15 machines en fonctionnement chez des producteurs et elle devrait doubler ce chiffre l’an prochain. « Nous travaillons principalement sur carottes, oignons, jeunes pousses de salades et herbes aromatiques », détaille Geneviève Baumann, responsable du développement en France pour Carbon Robotics.

La première version du laser Carbon Robotics, qui a depuis évolué en technologie et en format, dans les Landes en juin 2025. © TD

Réduire le désherbage manuel

À ce jour, il n’existe pas de technique de désherbage mécanique permettant d’intervenir sur le rang pour ces cultures légumières semées à haute densité. Les producteurs bio sont donc contraints de recourir à un désherbage manuel intensif pour réduire la concurrence. Un travail fastidieux pour lequel il n’est pas aisé de recruter des équipes et qui fait exploser les charges de production. En intervenant sur le rang en complément d’un binage en inter-rang, le laser permet de réduire largement cette intervention manuelle.

Dans le Sud-Ouest, les fermes Larrère, qui cultivent plusieurs centaines d'hectares de carottes bio, ont été l’une des premières entreprises à sauter le pas il y a deux ans. Résultat, le désherbage manuel est passé de 300 à 100 heures par hectare. Dans la région, la majorité des acteurs de la carotte bio se sont équipés l’année suivante.

Face au retrait de matières actives et aux impasses de plus en plus difficiles à gérer dans leur programme de désherbage, Carbon Robotics assure que certains conventionnels sont également en train de réfléchir sérieusement à s’équiper d’un laser. Sur les 15 machines en fonctionnement, 5 le sont dans des fermes conventionnelles.

L’algorithme différencie les oignons récemment levés des adventices. © TD

Débit de chantier et prix freinent l’adoption

Si la technologie du laser n’a pas encore relégué les herbicides aux oubliettes, c’est qu’elle possède ses propres limites. Chez Terra Robotics, Maxence Guillaumot annonce un débit de chantier entre 0,6 et 1 km/h selon le salissement du champ et la zone traitée par le laser. Ce débit de chantier cantonne aujourd’hui le laser à un rôle de désherbage de rattrapage sur une parcelle relativement propre. Pour pallier cette vitesse d’avancement, les fermes Larrères font tourner le laser 7j/7 et 24h/24 en saison avec un relais des chauffeurs en cabine. Pour faciliter ce fonctionnement, Carbon Robotics annonce l’arrivée d’une technologie pour autonomiser les tracteurs et leur permettre de tourner sans chauffeur à horizon 2028.

>> A lire aussi : Robots et tracteurs autonomes : juste une question de temps avant leur arrivée dans les champs

Le coût peut également freiner l’adoption de la technologie. En version 6 mètres, le laser de Carbon Robotics émarge à 850 000 euros. Prix auquel il faut ajouter un abonnement annuel à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour le SAV et la mise à jour des composants de l’outil. Sans donner de prix, Terra Robotics annonce un retour sur investissement de un à deux ans pour les agriculteurs et précise que l'abonnement annuel n'est pas obligatoire.

Caterra mise sur le robot

Un troisième acteur lance la commercialisation de son laser pour la prochaine campagne. Il s’agit de l’entreprise suisse Caterra. Elle a fait le pari d’un outil entièrement autonome et robotisé. Il a été testé dans plusieurs stations expérimentales françaises cet été dans le cadre du projet Solad FL financé par le Parsada. Ces essais réalisés avec l’ancienne version du robot ne permettent pas de conclure sur le débit de chantier, mais l’efficacité de désherbage semblait, elle, au rendez-vous.

Le robot Caterra était en essai en juin dernier au Pôle Légumes Région Nord. © TD