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Jeudi 02/07/2026
Ferme Saint Blaise : « Les clients viennent parce que c’est bio, local, et que le prix revient au producteur »
REPORTAGE. Depuis sa conversion en agriculture biologique il y a 30 ans, la Ferme Saint Blaise a transformé son modèle économique en privilégiant la vente directe. Les associés ont su capitaliser sur la demande pour les produits bio et locaux, doublant leur chiffre d'affaires au cours des six dernières années.
A Valff (Bas-Rhin), en Alsace, la Ferme Saint Blaise ouvre ses portes le vendredi toute la journée et le samedi matin. Chaque semaine, près de 500 clients repartent avec des fruits, légumes et œufs de la ferme, ainsi que du pain, du fromage ou encore de la viande issue d’autres fermes locales.
« 80% du chiffre d’affaires est réalisé par la vente sur place et à des restaurateurs dans un rayon de 15 kilomètres autour de la ferme », précise Maurice Meyer, l’un des trois associés, qui a repris la ferme familiale en 1996 et l’a converti en bio.
Dès 1997, il crée un magasin à la ferme et commence à y vendre ses légumes, en supplément des livraisons aux grossistes et aux magasins bio. A partir de 2018, la ferme prend un virage stratégique et se lance à fond dans la vente directe. « En deux ans, on est passé de 80% de vente en gros à 80% de vente directe », raconte Maurice.
Une transmission en plusieurs étapes
Longtemps seul patron sur sa ferme, Maurice a désormais deux associés, Louis et Laura, tous les deux non issus du milieu agricole.
Diplômé d’une école de paysagiste, Louis Rivoire rêvait surtout au départ de cultiver des légumes… sur les toits de Paris. C’est finalement en Alsace qu’il a posé ses bagages pour une première expérience de trois ans en maraîchage dans une ferme bio spécialisée en vente directe. Une vocation qui l’a guidé jusqu’à la Ferme Saint Blaise, dans laquelle il devient associé en 2019.
Ingénieure agronome, Laura Wioland a d’abord travaillé à la Chambre d’Agriculture d’Alsace, avant de suivre une formation de deux ans en agriculture biodynamique au Lycée agricole d’Obernai, situé à quelques kilomètres de la Ferme Saint Blaise. Elle y fait huit mois de stage et une année de parrainage, puis devient associée en 2023.
Aujourd’hui, la ferme fait vivre les trois associés et cinq salariés permanents. Elle comprend 21 hectares dont 10 hectares de maraîchage en plein champ et sous abris froids. Le reste est cultivé en céréales et luzerne. Un petit atelier de moins de 250 poules pondeuses est récemment venu compléter la production, sous l’impulsion de Laura.
Boom du local et effet covid
Comme pour beaucoup d’exploitations en vente directe, la Ferme Saint Blaise a bénéficié de « l’effet covid », qui a engendré une forte demande des produits bio et locaux. Mais, contrairement à la tendance générale, l’engouement n’est pas retombé par la suite. « Entre 2019 et 2025, nous avons au moins doublé notre chiffre d’affaires, indique Maurice Meyer. Les clients viennent parce que c’est bio, local, et que le prix revient au producteur ».
Très investi dans le développement et la promotion de l’agriculture biologique, ce dernier fait régulièrement des visites pédagogiques sur la ferme, anime des conférences et donne des formations en France et à l’international. Il a aussi fondé en 2004 le salon BiObernai, qui se tient à Obernai chaque année à la mi-septembre. « Quand je me suis installé, il y avait 50 agriculteurs bio en Alsace, rappelle-t-il. Aujourd’hui, nous sommes environ 1300 ! »
A 62 ans, Maurice Meyer songe désormais à sa retraite et à la transmission de sa ferme. L’association avec Laura et Louis, qui sont chacun propriétaires de parts de l’EARL, est une première étape décisive. Le Crédit Agricole Alsace Vosges, qui a financé l’installation des deux jeunes associés, accompagne la réflexion autour de la transmission de la Ferme Saint Blaise. Pour racheter l’ensemble de l’exploitation, « il faudrait un ou deux associés en plus », indique Maurice.
L’histoire de la Ferme Saint Blaise est donc loin d’être terminée, et nul doute que les futurs associés continueront à cultiver les valeurs de pédagogie, de respect de l’environnement, de proximité et de transparence que les consommateurs viennent chercher chaque semaine à la ferme.


