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Jeudi 24/09/2026

Filière amandes : trois entreprises relèvent le défi de la relocalisation

Publié par Pleinchamp

Au moins trois modèles à grande échelle coexistent aujourd’hui, concourant à la relocalisation de la filière amandes en France. Avec une demande globalement en augmentation, la production est attendue. Mais le chemin est encore long pour parvenir au point de rentabilité et à une véritable professionnalisation.

Relocaliser, anticiper les évolutions climatiques, valoriser, créer une filière intégrée… C’est le choix qu’ont fait deux entreprises qui avancent séparément mais avec la même philosophie de départ, la Compagnie des Amandes en Provence et Escoute dans le Lot-et Garonne. Toutes deux ont comme point commun de viser 300 hectares de plantation d’amandiers à terme (la première en est à 230, la seconde à 120 hectares plantés), d’arriver à amortir leur casserie intégrée – chacune inaugurée en 2025 – par la montée en puissance des volumes en propre mais aussi par de la prestation de service à d’autres producteurs, et surtout, de réussir à optimiser la productivité des vergers.

Le graal : atteindre le potentiel de rendement de 1 t/ha d’amandons (rendement net après cassage). On en est encore loin, sachant qu’un verger d’amandier n’arrive à son potentiel de production optimal théorique qu’à partir de la 7e ou 8e année.

En 2025, côté Compagnie des Amandes, 23 tonnes d’amandons ont été valorisées (76 tonnes de récolte brute en coque). La récolte 2026, en cours, est estimée à 210 tonnes de coques à périmètre de plantations équivalent, et à 600 tonnes pour 2027.

Chez Escoute, 30 tonnes ont été valorisées en 2025, passées dans la casserie de Penne d’Agenais (1,1 million d’euros investis, avec un objectif financier prévisionnel de 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires et un amortissement sur 10 ans).

Un verger d’amandier n’arrive à son potentiel de production optimal théorique qu’à partir de la 7e ou 8e année. @Compagnie des Amandes

Professionnaliser la filière

La comparaison s’arrête là. Le modèle d’Escoute est avant tout celui d’une diversification, à laquelle s’ajoute un savoir-faire maison : la transformation. Déjà productrice de prunes d’ente et transformatrice de pruneaux d’Agen et fruits moelleux depuis cinq générations, et depuis 2019 de fruits secs (arachide, amande, noix de cajou, noisette), l’entreprise lot-et-garonnaise compte bien sur l’amande origine France comme relais de croissance, la prune d’ente étant de plus en plus soumise aux effets du changement climatique avec de piètres millésimes depuis 2020.

« Avec l’objectif d’un potentiel de rendement d'une tonne par hectare d’amandons, on pense pouvoir en valoriser 300 tonnes à 6,5 €/kg », vise Sylvain Vergnes, associé familial. Car en bout de chaîne, l’entreprise connaît ses consommateurs et maîtrise la vente, grâce à son magasin au détail où les pochons d’amandes torréfiées, aromatisées, caramélisées ou chocolatées « ont déjà du succès ».

"Construire une production et une offre plus larges pour la future génération"

Des ventes se mettent également en place en local et en direct avec le réseau de la grande distribution. « L’idée c’est la transmission, on essaie de construire une production et une offre plus larges pour la future génération », souligne Sylvain Vergnes.

Il parie également sur des coûts de production réduits – le besoin en eau est par exemple réduit de moitié par rapport à la prune – et sur la mutualisation du matériel avec la prune d’ente, dont une partie est adaptée à l’amande (seul l’investissement dans une débogueuse est nécessaire par le producteur au départ, pour un coût entre 2 500 à 3 000 euros). Le coût de plantation des amandiers est d’environ 30 000 euros par hectare.

Escoute s’appuie sur son réseau d’une trentaine de producteurs adhérents à un groupement, arboriculteurs professionnels, habitués à respecter des cahiers des charges, un indispensable pour produire une qualité homogène et un calibre optimal.

"Les producteurs qui s’en sortiront sont ceux qui planteront dans une logique professionnelle"

« Les producteurs qui s’en sortiront sont ceux qui planteront dans une logique professionnelle, pas uniquement dans une diversification des revenus », confirme Aimée Fonteneau, responsable développement filière à la Compagnie des Amandes. Et en privilégiant les volumes en filières dédiées. Après Carrefour et sa marque Reflets de France, l’enseigne U a signé avec la Compagnie des Amandes un engagement tripartite au dernier salon de l’agriculture.

Vers un nouveau modèle

Autre modèle qui prend de l’ampleur en surfaces : Amandera, qui ambitionne 200 hectares sur 5 fermes (160 hectares plantés à ce jour, quatre sites dans le Lot-et-Garonne et un en Provence). Le concept ? Un modèle diversifié mêlant cultures de noisettes (première production en surface pour l’entreprise), d’amandes et de noix rentrées en production cette année, couplées à d’autres espèces 100% en bio (céréales, miscanthus pour faire de la biomasse), mais aussi des forêt, des lacs…

« Ma vision du modèle s’appuie sur une agroécologie de la fertilité et une hydrologie régénérative, l’agroforesterie ; je pense qu’en associant chaque espèce à un territoire rendu plus vivant et plus fertile, nous améliorons sa résilience face aux aléas climatiques et préservons l’assurabilité des outils agricoles, qui deviendra l’un des enjeux majeurs de demain », estime Rémy Frissant, producteur cofondateur du projet, inspiré par la démarche Milpa (la « bio-régénération » comme nouveau modèle d’exploitation).

Dans le schéma de filière, casserie et commercialisation sont assurées par Agrosourcing, au capital d’Amandera. Encore en phase d’investissement, embêté par la climatologie exceptionnelle de l’été 2026 (-30 à -40% de potentiel de récolte estimé cette année), ce modèle en construction intègre d’autres externalités positives dans son schéma : une rémunération additionnelle par de la prestation de service (accompagner des agriculteurs à monter leur outil à 100%, de la recherche du terrain jusqu’à la création du verger) ou les crédits carbone. Le chiffre d'affaires prévisionnel 2026 est de 850 000 euros avec les premières récoltes, et si tout se passe comme prévu, il doublera pour s’établir à 1,7 million d'euros l’an prochain.