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Mercredi 22/07/2026

Pruneaux d'Agen décimés par la canicule : l'amande s'impose comme solution économique d'avenir

Publié par Pleinchamp

La canicule historique de juin 2026 ravage la production de pruneaux d'Agen avec des pertes jusqu'à 100 %. La filière se tourne vers l'amande du Sud-Ouest pour construire un modèle économique plus robuste face au changement climatique.

Avec des températures maximales sous abri qui ont dépassé 35 °C pendant 11 jours consécutifs (du 17 juin au 27 juin), des températures minimales supérieures à 20°C sur cette même période et des humidités moyennes de l'air basses, la filière recense des pertes de production liées à des chutes de fruits brûlés par ces températures extrêmes. A un mois du début de la récolte, le recensement des pertes est encore en cours. Les dégâts sont évolutifs et dépendront notamment des conditions météorologiques dans les prochains jours et les prochaines semaines.

voir aussi : y aura-t'il une prochaine canicule ? La chronique de Nicolas Le Friant, expert météo

Une fragilisation durable des vergers

Pour la première fois, des dégâts sur les arbres ont également été observés avec des brûlures de feuilles voire de branches entières et des mortalités d'arbres. Ces pertes de fonds accentuent les pertes de production pour l'année 2026 mais auront également des conséquences à moyen terme sur le potentiel de production du verger français.

Des conséquences économiques en cascade

Pour les producteurs, la perte économique sera immédiate. Pour les entreprises de transformation, la baisse du volume disponible va créer des tensions d'approvisionnement en pruneau français, dans un contexte de faible niveau de stocks engendré par plusieurs années consécutives de production médiocre en volume. Début juillet, le Bureau national Interprofessionnel du Pruneau a annoncé : «la filière recense des pertes de production pouvant aller de 10 % à 100 % selon les vergers ».

L'amande du Sud-Ouest, une diversification stratégique

La coopérative agricole du Sud-Ouest Escoute, et 30 producteurs de la région pari agricole engagé dès 2020 ont fait le pari de développer une plantation d'amandiers et l'acquisition d'une casserie pour construire un complément au modèle du pruneau tel qu'il existe depuis des décennies. Sylvain Vergnes, co-dirigeant d'Escoute, précise dans un communiqué de presse : « les conséquences vont s'étaler sur plusieurs années, car c'est toute la chaîne qu'il faut mobiliser, y compris les pépiniéristes à qui il faut deux années pour produire un plant prêt à planter ».
Le fruit étant protégé par sa coque, l'amandier nécessite moins d'eau que le prunier. En décembre 2025, la coopérative Escoute et 30 producteurs présentaient un investissement matériel de 1,1 million d'euros dans une casserie et le développement de la filière de l'amande du Sud-Ouest, anticipant précisément ce type d'évolution climatique et la mise à mal d'un modèle économique en place depuis des décennies dans la région. Escoute l'annonçait déjà : « les évolutions climatiques risquent probablement d'amoindrir la production de pruneaux dans les années à venir, notamment du fait d'une élévation des températures. Investir dès aujourd'hui pour constituer une filière complètement implantée dans le Lot-et-Garonne, c'est assurer notre avenir économique face aux futures contraintes météorologiques mais aussi garantir une source de revenus supplémentaire aux producteurs ».

Un contraste révélateur

Aujourd'hui le contraste est visible à l'œil nu : d'un côté d'une même route, des pruniers à la peine, parfois brûlés ; de l'autre, des amandiers en pleine forme. Cette diversification ne signe pas l'abandon du pruneau, patrimoine agricole et gustatif du Sud-Ouest, mais vise à construire un modèle économique plus robuste face aux dérèglements climatiques, en s'appuyant sur un savoir-faire local partagé entre deux cultures d'autant plus complémentaires que les machines dans lesquelles ont investi les producteurs de pruneaux sont précisément les mêmes que celles utilisées pour la culture de l'amande. Gilles Vergnes, dirigeant de la coopérative Escoute, explique : « Les canicules de cette année nous donnent raison d'avoir anticipé une indispensable adaptation au réchauffement climatique en cours, même si nous ne pensions pas qu'un phénomène aussi impactant toucherait la filière du pruneau dès 2026. Cela nous questionne sur une éventuelle accélération à mener concernant la filière des amandes, pour laquelle l'enjeu est aujourd'hui de développer le marché. C'est d'autant plus important que l'amande des USA, qui domine largement le marché français, participe au réchauffement que nous subissons aujourd'hui ».

Un appel aux pouvoirs publics

L'Interprofession française du pruneau oriente depuis plusieurs années ses actions techniques dans le sens de l'adaptation durable de la production au changement climatique : recherche variétale, gestion de l'eau, santé des sols, amélioration des itinéraires techniques. Mais c'est un travail de long terme qui ne permet pas d'être à l'abri d'événements exceptionnels comme les longues canicules de mai et juin qui viennent d'être vécues. La filière appelle les pouvoirs publics, au-delà de la réponse économique indispensable à court terme, à renforcer le soutien aux travaux de recherche et aux investissements techniques sur les exploitations.