Froid sur céréales : faut-il craindre des dégâts ?

[CHAMPAGNE-ARDENNE] Du 22 au 25 avril, les céréales ont pu être exposées à des gelées matinales, pouvant amener des interrogations quant aux impacts. A surveiller plus particulièrement : les orges d'hiver, au stade début remplissage, dans les secteurs les plus froids.

Etat des lieux des températures minimales relevées sur la région

La majorité des postes météos de la région ont relevé des températures autour de -1°C sous abri du 22 au 25 avril. Des gelées limitées et accompagnées d’un rayonnement correct, ce qui limite les dégâts sur céréales.

Quelques zones ont malheureusement subi des températures plus froides : -3 à -5°C au cœur de la Haute-Marne. Cette zone sera à surveiller de près pour évaluer les dégâts potentiels.

Carte 1 : Températures du 22 au 25 avril 2024 (voir le schéma)

Tableau 1 : Températures minimales sur plusieurs stations météo (voir le schéma)

Rappel des risques actuels de dégâts de froid sur céréales

La sensibilité au froid sur céréales (températures sous abri) peut se résumer :

- à tallage : résistance la plus forte à des températures < -12 à -15°C (variable selon les variétés).

- lors de la montaison : de -5 / -7°C à épi 1 cm, à progressivement 0°C vers floraison. Des gels peuvent provoquer une destruction totale ou partielle de l’épi / épillets.

- à méiose – formation du pollen (peu de temps après le stade dernière feuille étalée, lorsque le sommet de l’épi dans la gaine atteint la ligule de l’avant dernière feuille) : température indicative d’alerte < +2/+4°C, associée à de faibles rayonnements journaliers (<200 cal/m²). Cet accident lors de la méiose peut engendrer des baisses de fertilité des épis jusqu’à la stérilité totale de l’épi.

Que retenir de cette séquence de froid pour notre région ?

Les orges de printemps sont majoritairement au stade tallage : c’est la phase où la plante est la plus résistante au froid (-10/-12°C). Les parcelles plus en retard (quelques feuilles) ou plus en avance (proches d’épi 1 cm) résistent à des températures plus froides qu’observées. Aucun souci donc pour cette espèce implantée au printemps. Quelques symptômes de jaunissement sur feuille peuvent être observés, sans conséquence.

Au niveau des blés, un resserrement des stades s’opère autour de la dernière feuille pointante (la semaine passée au moment du coup de froid). Les températures proches de 0°C n’ont pas d’impact négatif (majorité des cas). Dans la zone Haute-Marne, où des températures ont été relevées entre -3 et -5°C, des destructions d’épillets pourraient être observées post-épiaison. A suivre.

Au niveau des orges d’hiver / orges de printemps en semis d’automne, c’est là que les risques de dégâts de froid pourraient être significatifs, sachant que les parcelles étaient proches du stade méiose. Les zones ayant subi des faibles gelées (-1 / 0°C) ne devraient pas présenter de dégâts significatifs grâce au bon rayonnement. Les zones où le thermomètre est descendu en dessous de -3 / -4°C sont les plus à risque, à la fois pour des phénomènes de gel d’épillets et de froid méiose.

Dans les éléments qui permettent de tempérer cela :

- la méiose est une phase courte (48h à l’échelle d’une parcelle), les parcelles un peu avant / un peu après évitent totalement les dégâts. Les différentes tiges des plantes ne sont pas tout à fait au même stade, donc ne sont pas toutes touchées de la même façon.

- Par le passé, des cas ont été relevés sur deux parcelles voisines, l’une touchée, l’autre échappant aux dégâts (parcelles semées à la même date et même variété). Un léger décalage dans les stades liés à la profondeur de semis où un autre paramètre suffit à être ou pas dans le bon ou mauvais créneau.

- Historiquement, des températures à -1°C/0°C n’ont pas provoqué de dégâts, surtout lorsqu’elles étaient associées à de bons rayonnements.

Pour la suite, il faudra observer début remplissage les épis des orges d’hiver, au niveau de la présence de dégâts sur épis, ou des stérilités partielles ou totales de l’épi (absence de grains en formation).

 

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