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Samedi 23/05/2026

Gestion de l’enherbement : les pistes pour réussir l’allongement de la rotation

Publié par Pleinchamp

Pour réduire l’enherbement, l’allongement et la diversification des rotations permettent de casser le cycle des adventices et de les confronter à de nouvelles conditions culturales. À la clé, une réduction de l’IFT herbicide et des parcelles plus propres. Pour autant, la transition vers ces systèmes de culture plus complexes doit être mûrement réfléchie et anticipée pour éviter les déconvenues une fois mise en œuvre.

Face au retrait de matières actives et au développement de résistances dans les champs, l’allongement des rotations culturales est dans l’air du temps. Le principe consiste à intégrer des cultures de printemps ou d’été pour casser les cycles des adventices. En théorie, c’en est donc fini des assolements composés uniquement du triptyque blé/orge/colza. Dans la pratique, le passage à une rotation de 5 ou 6 ans ne s’avère pas si évident.

En Pays de la Loire, sur une station expérimentale au cœur de la zone de polyculture-élevage du Sud-Mayenne, la chambre d’agriculture évalue depuis 2017 une rotation sur 9 ans composée de 2 ans de trèfle violet, un blé, un méteil grain, un colza, un blé, un maïs, un chanvre et un blé. Les résultats obtenus sont ensuite comparés à une rotation témoin classique composée d’un système colza/blé/maïs/blé qui fait référence sur le secteur. « L’objectif est de réduire l’IFT de 75 %, tout en maintenant la marge et sans augmenter le temps de travail vis-à-vis de la référence », évoque Aline Vandewalle, chef de projet innovation au sein de la chambre d’agriculture régionale.

Après 9 ans d’essai, l’objectif est atteint sur les IFT herbicides et hors herbicides qui ont été réduits de plus de 80 %. L’introduction de cultures nécessitant aucun traitement tel que le trèfle, le méteil ou le chanvre a eu un impact décisif sur l’IFT global de la parcelle.

Sur le volet économique, la rotation expérimentale a permis d’atteindre une marge brute supérieure de 9 % à la référence départementale, grâce notamment à une réduction des charges opérationnelles, et malgré un produit brut en baisse.

Le constat est plus complexe sur le temps de travail. « C’est un itinéraire pour lequel on sème et on récolte beaucoup. Il y a donc une augmentation de la charge de travail. La solution serait d’externaliser les récoltes », analyse Aline Vandewalle.

Miser sur les cultures de printemps pour limiter l’enherbement

Les résultats obtenus sur la réduction de l’IFT herbicide montrent donc, s’il en était encore besoin, l’efficacité de l’allongement de la rotation sur la gestion des adventices. « Il faut absolument éviter que la flore se spécialise à l’image des ray-grass dans les parcelles de blé. Une rotation longue, diversifiée et qui se sème à différentes périodes de l’année représente notre principal levier de maîtrise de l'enherbement », insiste Fabien Guerin, conseiller à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire et en charge du suivi de l’expérimentation. Concrètement, les deux années de trèfles évitent les remises en germination des graines. « Ensuite il y a un enchaînement de quatre cultures d’hiver. Il n’en faudrait pas plus, justement pour éviter la spécialisation », commente-t-il. Le maïs et le chanvre permettent ensuite de diversifier les périodes de semis dans la parcelle et donc les adventices qui vont lever.

Fabien Guerin présente les modes d'actions mis en oeuvre pour maitriser l'enherbement sur la rotation © TD

Réduire le stock semencier

En parallèle de l’allongement de la rotation, Fabien Guerin liste les autres actions mises en place pour réduire l’enherbement. Les équipes de la station ont ainsi décidé de placer un unique labour après le trèfle pour repartir sur une base de salissement saine. Côté semis, l’implantation du blé est décalée à la mi-novembre. Des faux-semis peuvent également être pratiqués, tout comme la récolte de la menue-paille, bien que cette pratique ne soit pas mise en œuvre dans le cas présent par la chambre d’agriculture. En dernier recours, un désherbage chimique reste possible. « Quand c’est le cas, nous essayons toujours de cibler les adventices restantes que nous observons avec les produits adéquats », souligne le conseiller.

Après 9 ans d’essai, les résultats sont très positifs. Au-delà de la réduction de l’IFT, le décompte des adventices montre une réduction de l’enherbement avant désherbage chimique. « Il reste essentiellement des herbes avec une levée très échelonnée et donc plus difficile à gérer, même avec l’introduction de cultures d’été et de printemps. Il s’agit notamment du pâturin, du mouron ou de la matricaire », observe Fabien Guerin.

Rotation en 9 ans et leviers de gestion de l'enherbement de la station expérimentale de Saint Fort en Mayenne (© Support d'intervention Chambre d'agriculture des Pays de la Loire). Cliquer sur l'image pour agrandir.

Des nouvelles pratiques grâce à l’allongement de la rotation

Comme le révèle Guillaume Adeux, chercheur à l’Inrae de Dijon, l’allongement des rotations permet en parallèle d’activer de nombreux autres leviers, qui seraient plus difficiles à mettre en œuvre au sein d’un assolement classique. « Il va être possible de jouer sur le désherbage mécanique avec le binage d’une féverole, par exemple. Certaines cultures vont également apporter leur pouvoir d’étouffement à l’image du chanvre et du sarrasin », détaille le chercheur. Il évoque par ailleurs l’atout des cultures pérennes telles que les prairies ou la luzerne qui permettent de gérer certaines adventices grâce à la fauche.

Dans le cadre de l’expérimentation mayennaise, le chanvre et le méteil jouent ce rôle d’étouffement. À noter également, le colza est implanté avec un apport de fumier de volaille pour lui assurer un démarrage rapide et limiter le salissement.

Changer oui, mais pas tout

Au sein d’un réseau expérimental européen, les équipes de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire ont participé à l’élaboration de la liste des ingrédients essentiels pour réussir l’allongement de la rotation. Le premier d’entre eux, évoqué par Aline Vandewalle, consiste à conserver une part importante de la rotation de référence. « Il est nécessaire de garder une part majoritaire d'espèces bien maîtrisées avec un revenu connu », affirme-t-elle. En témoignent les trois blés de la rotation de la ferme expérimentale qui affichent les meilleures marges brutes des espèces cultivées.

Pour les espèces secondaires ou nouvellement introduites dans la rotation, le choix doit se faire à partir de leur capacité à couvrir le sol, à capter l’azote ou à générer une importante valeur ajoutée. Liste non exhaustive… L’objectif est de compenser des rendements parfois fluctuants par d’autres atouts. Des mesures compensatoires peuvent également être prises, telles qu’une double culture avec un dérobé ou une association d'espèces, dans un méteil par exemple.

« Le dernier ingrédient de réussite, c’est la capacité d’adaptation. À titre d’exemple, nous avions commencé des rotations par deux ans de luzerne que nous implantions sous couvert de tournesol. Nous nous sommes vite aperçus que cela ne correspondait pas à nos conditions climatiques et à nos sols battants. Aujourd’hui, nous semons du trèfle sous couvert de méteil, et ça fonctionne bien », décrit Aline Vandewalle. Mais, revers de la médaille, le trèfle permet au rumex de se développer dans les bandes expérimentales. Preuve que l’allongement des rotations, aussi vertueux soit-il, reste un processus complexe lorsqu’il est transposé sur le terrain.

Choisir le bon couvert

L’allongement de la rotation ouvre également l’opportunité d’insérer des couverts longs, parfois sous forme de dérobés. Expert du sujet, Stéphane Cordeau, chercheur au sein de l’Inrae de Dijon, rappelle leur rôle dans la gestion de l’enherbement. « Ils ont action de compétition pour la lumière, les nutriments et l’eau si les espèces du couvert en ont besoin au même endroit et au même moment que les adventices. » Pour le chercheur, il est important de se cantonner à des mélanges de couverts simples. « Une seule espèce en pure produira toujours plus de biomasse qu’un mélange. En associant quatre ou cinq espèces, on s’assure que le couvert soit passe-partout face aux conditions climatiques. Mais au-delà de ce nombre, les espèces supplémentaires ne seront pas adaptées à la période de semis et vont réduire la production de biomasse », insiste-t-il. Pour Stéphane Cordeau, il vaut mieux un couvert simple et qui cible un service, plutôt qu’un mélange complexe multiservice. « Le rôle multiservice des couverts se fait à l’échelle du système complet », ajoute-t-il.