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Jeudi 05/03/2026
« Des cultures rentables et économes en intrants, c’est possible » : fort de 10 ans de recul, le dispositif Syppre veut diffuser son expertise sur le terrain
Après une décennie de recherche et d'innovation, le projet Syppre passe à la vitesse supérieure. Les trois instituts techniques de grandes cultures lancent une offre commune auprès des conseillers agricoles pour transformer les systèmes de production en conciliant rentabilité économique et respect de l'environnement.
Imaginé il y a une quinzaine d’années par les trois instituts techniques de grandes cultures (Arvalis, Terres Inovia et l’Institut technique de la betterave), le projet Syppre, pour « Systèmes de production performants et respectueux de l’environnement », acquiert une nouvelle dimension. « Nous passons d’une phase d’expérimentation à une phase de transfert auprès des organismes de conseil sur le territoire », a annoncé Jean-Marc Schwartz, président d’Arvalis, lors du Salon de l’Agriculture.
Rassemblés sous une même entité, les trois instituts lancent une offre d’expertise commune auprès des négoces, coopératives et Chambres d’agricultures. L’enjeu est d’accompagner les techniciens et conseillers, que la séparation de la vente et du conseil a parfois éloigné du diagnostic terrain. « Cette offre vise à soutenir la structuration de filières vertueuses, compétitrices et rémunératrices pour les producteurs », affirme Jean-Marc Schwartz.
De 2015 à 2025, dans le cadre du dispositif Syppre, chercheurs, techniciens, conseillers et agriculteurs ont construit et mis à l’épreuve du terrain des systèmes innovants, basés sur l’agroécologie et visant la multiperformance économique, technique et environnementale.
Des plateformes expérimentales de plusieurs hectares chacune, réparties dans cinq régions représentatives des grandes cultures, ont été mises en place pour concevoir et évaluer des systèmes de culture innovants. « On a été ambitieux dans l’innovation », retrace Jean-Marc Schwartz. Plusieurs leviers expérimentés sont communs aux différents systèmes : diversifications des cultures, simplification du travail du sol, ajout de légumineuses dans les rotations, ou encore couverts d’intercultures. Les objectifs diffèrent selon les régions, mais ils ont en commun l’amélioration de la fertilité des sols, la diminution de la dépendance aux phytos et aux engrais minéraux, et le maintien de la rentabilité.
Dans le Berry par exemple, la plateforme de 9 hectares située à Villedieu-sur-Indre a pour objectif de réduire l’usage des intrants sans impacter la marge, notamment en améliorant la gestion des adventices et la fertilité du sol, pour gagner en robustesse. « Dans les premières années d’expérimentation sur cette plateforme du Berry, l’amélioration des critères environnementaux se faisait au détriment de la marge nette. Au fil des années, en améliorant le système, on arrive à une année 2025 rentable économiquement », analyse Stéphane Jézéquel, directeur scientifique d'Arvalis. Et de tirer quelques enseignements de ces années d’expériences : « Pour gagner sur tous les tableaux, il faut améliorer à la fois les aspects environnementaux et les cultures de rente, celles qui font le revenu des agriculteurs. Certaines cultures sont plus sensibles que d’autres aux évolutions des itinéraires techniques. Il ne faut pas chercher à brusquer les choses. Si pour réussir son implantation de betterave il faut labourer, alors il ne faut pas être dogmatique, il faut garder le labour ».
Il y a dix ans, le dispositif Syppre envisageait de « construire ensemble les systèmes de culture de demain ». Demain est arrivé, avec son lot d’aléas climatiques de plus en plus intenses, sur fond de marchés mondiaux très volatiles. « Désormais, on est dans l’urgence, constate Laurent Rosso, directeur de Terres Univia. Les transitions, il faut les faire maintenant. On est même en retard. C’est une course contre la montre, notamment dans les zones intermédiaires, pour accompagner au maximum les agriculteurs ».
« Les enseignements sont clairs, abonde Jean-Marc Schwartz. La multiperformance est atteignable lorsque l’on combine des leviers adaptés aux réalités locales. La transition implique parfois des arbitrages, entre rentabilité, réduction des intrants et bénéfices environnementaux. Il n’existe pas de modèle unique ».
Ces dix années d’expérimentation grandeur nature ont mené à « des stratégies éprouvées et déployables », concluent les ingénieurs. Le nouveau défi est désormais de les déployer à l’échelle de la France.