Gestion des adventices : multiplier les leviers pour plus d’efficacité

Impliqué dès le départ dans la co-conception des systèmes de culture mis en place sur la plateforme Syppre Berry, Matthieu Jeanneau fait également évoluer ses rotations, notamment pour gérer le salissement de ses parcelles.

Matthieu Jeanneau fait partie du réseau d’agriculteurs investis pour la plateforme Syppre Berry de Villedieu-sur-Indre. Le 16 mai lors de portes ouvertes, il a partagé son expérience en matière de gestion des adventices pour une de ses parcelles avec un fort niveau de salissement.

La parcelle en question est située chez lui, à Montierchaume (36). Elle est en limon battant argileux et reçoit une rotation sur 5 ans avec une culture de printemps. Elle était en non-labour depuis une quarantaine d’années, « mais on commençait à voir le bout de la chose », rapporte le céréalier. C’est lors de la succession blé tendre, blé dur que la problématique ray grass s’est posée. « Le colza d’avant avait déjà connu un échec en termes de désherbage Kerb », précise-t-il. Le blé dur a malgré tout été maintenu en place « en se disant : on va voir comment on va le gérer », poursuit-il avec dans l’idée de faire un blé en semis direct pur derrière.

ROTATION MODIFIÉE

A l’automne 2019, Matthieu Jeanneau n’a pas pu implanter son colza et a opté pour un pois d’hiver pour le remplacer. « Je n’ai pas réussi complétement à m’en sortir, pas parfaitement on va dire, au niveau graminées. Mais là où on a vraiment vu la différence, c’est dans le blé qui a suivi où une partie a été faite en direct et l’autre derrière un labour. On a vraiment vu un gros écart entre les deux. De plus, j’avais un gros décalage de date de semis : celui en direct fait tôt et la partie labourée semée beaucoup plus tard, développe-t-il. Ce n’est pas avec gaité de cœur que j’ai repris la charrue ». Selon lui, c’est le cumul des deux approches qui a eu un impact intéressant dans la gestion des adventices. « Aujourd’hui, c’est une parcelle où globalement on arrive à vivre avec les adventices, toujours avec un pois de temps en temps ou un trèfle porte graine », poursuit-il. Sur ses parcelles sensibles, il alterne quatre cultures d’hiver pour une ou deux de printemps selon la rotation. Et le colza, sur ces terrains là, a quasiment disparu en raison de son côté salissant.

Ajoutons que cette parcelle sale de Montierchaume est sur un périmètre de captage, « où il y a des bandes enherbées, sur terrain drainé, cela exclut une grosse partie des désherbants, resitue-il. Ce qui induit une grosse réflexion sur les traitements possibles avec les matières actives à ma disposition. J’adapte en fonction de tout et la réflexion sur la rotation est un des leviers possibles. »

LABOUR POUR REPARTIR SUR DES BASES SAINES

Matthieu Jeanneau insiste sur le fait que « le labour n’est pas la solution, un labour très occasionnel permet de repartir sur des bases plus saines ». Convaincu par certaines pratiques culturales pendant des années, il reconnait avec le recul que c’est l’alternance des techniques qui permet de s’en sortir. « Du pur direct sur un sol très propre, on peut avoir parfois de très beaux résultats. Parfois c’est le labour où l’on fait tout à l’envers. La solution est dans la diversité », dit-il.

Toutefois, il alerte les agriculteurs et conseillers présents lors de la visite de la plateforme sur le recours trop répétitif aux cultures d’été avec pour objectif de casser le cycle des bromes, ray grass et vulpin : « Cela peut entraîner le développement de flore que l’on n’a habituellement pas chez nous, type chénopodes que l’on arrive à gérer, mais aussi des estivales qui à la longue s’installent, comme l’ambroisie, le datura… », conclut-il.