- Accueil
- L’albedo, « une raison de plus de préserver les prairies »
Samedi 05/09/2026
L’albedo, « une raison de plus de préserver les prairies »
L’albédo des prairies, c’est-à-dire leur capacité à réfléchir le rayonnement solaire et donc, à moins réchauffer l’atmosphère que d’autres surfaces, a longtemps été ignoré ou minimisé. Aujourd’hui, de plus en plus d’études scientifiques montrent que cet effet est significatif. Pour mieux faire connaitre cet effet, un « Tour de France de l’albédo » démarre le lundi 7 septembre.
« L’albédo, nous en avons tous fait l’expérience cet été, remarque Pierre Mischler, chef de projet à Idele-Institut de l’élevage et spécialiste de l’albédo. Ceux qui ont mis du blanc de Meudon sur leurs fenêtres ou leurs toits savent que leurs maisons ont un peu moins chauffé, car le rayonnement solaire était davantage réfléchi ».
L’albédo, c’est la fraction du rayonnement solaire réfléchie par une surface. Plus cette valeur s’approche de 1, soit 100 %, plus la surface renvoie le rayonnement vers l’espace. Plus cette valeur est proche de zéro, plus le rayonnement solaire est absorbé par la surface, et réémis en partie sous forme de rayonnement infrarouge thermique.
Comme le Blanc de Meudon, la neige ou la glace ont des albédos élevés, proches de 1 ; au contraire, une terre nue et sombre, comme c’est le cas sur la majeure partie du territoire français, a un albédo faible (souvent inférieur à 0,15).
Si l’œil humain peut faire la différence entre deux types de surfaces aux couleurs contrastées, sa perception de l’albédo est faussée, car « l’albédo se mesure sur le rayonnement dans le spectre visible que nous voyons et le proche infrarouge, que notre œil ne peut pas voir », complète Pierre Mischler. Pour mesurer l’albédo, les chercheurs utilisent des albédomètres à l’échelle des parcelles et des données satellites, à l’échelle des territoires.
Un nouveau champ de recherche en France
La littérature scientifique, déjà ancienne, avait montré que les valeurs d’albédo trouvées pour les prairies étaient, en tendance, un peu plus élevées que celles des cultures et beaucoup plus que celle des forêts. Un groupe de chercheurs, dont Pierre Mischler de l’Idele, a eu l’idée d’étudier l’albédo en agriculture, et de faire le lien avec le changement climatique.
« C’est pour creuser ce sujet que nous avons lancé un projet Casdar Recherche technologique en 2020 », rapporte Pierre Mischler. Ce projet, appelé albédo-prairies, qui a mobilisé des chercheurs de l’Inrae et du CNRS, le Cesbio (Centre d’études spatiales de la biosphère), l’Association francophone pour les prairies et les fourrages (AFPF) et des fermes expérimentales autour de l’Idele, a constitué la première pierre des connaissances en France, sur l’albédo des prairies. Il a ensuite servi de base à un deuxième projet Casdar connaissance, Albaatre-systèmes, qui étend les mesures à diverses surfaces fourragères.
Après 6 années de recherches sur ce sujet, peut-on donner une valeur de l’albédo des prairies ? « C’est vrai qu’on aime bien avoir des chiffres, mais il faut comprendre que l’albédo, c’est fluctuant : cela varie selon le moment de la journée, selon la saison, selon l’état de la prairie ou de la culture, selon la présence de givre ou de neige, selon les pratiques… ». En outre, le bénéfice d’un albédo fort est supérieur au moment où les journées sont les plus longues et il est moindre lorsque les jours sont plus courts.
Ce sont bien les prairies qui ont le meilleur albédo
« En essayant d’éviter d’être simpliste », comme le souligne Pierre Mischler, les travaux de mesure de l’albédo sur l’année, sur les sites concernés (tous en France) montrent que « ce sont les prairies qui s’en sortent le mieux, car elles couvrent le sol toute l’année. Certaines cultures peuvent être meilleures en albédo à un moment de leur cycle, mais auront un albedo généralement plus faible le reste de l’année ».
Les mesures ont aussi mis en évidence les facteurs de variation de l’albédo des prairies : celui-ci diminue de quelques pourcents après un pâturage, d’un peu plus de 10 % après une fauche. « Mais le pire évènement pour elles, c’est une sécheresse qui dure comme en 2022 ».
Un effet du même ordre de grandeur que le stockage annuel de carbone
Pour convertir cet effet albédo en équivalents carbone, Pierre Mischler reste prudent : « il est du même ordre de grandeur que le stockage annuel des prairies ». « Disons que pour une jeune prairie en pleine pousse, le stockage annuel de carbone est supérieur à son effet albédo ; et pour une prairie plus âgée, bien installée et bien couvrante, c’est l’effet albédo qui sera dominant sur le stockage ». Ce qui compte pour ce chercheur au-delà des valeurs, « c’est que les deux effets vont dans le même sens : c’est une raison de plus de préserver les prairies ».
L’albédo des prairies et des cultures est encore loin d’avoir livré tous ses secrets. « Il y a encore beaucoup de travail, par exemple comparer des différences variétales des espèces végétales », décrit Pierre Mischler.
Il faut aussi diffuser les connaissances acquises, car, pour le moment « l’impact des pratiques agricoles sur l’albédo n’est pas pris en compte de manière suffisamment fine dans les calculs du Giec ». L’effet albédo n’est pas non plus intégré dans le référentiel Cap’2 ER, mais selon Pierre Mischler, « c’est une perspective ».
C’est justement dans cette optique de diffusion des connaissances que Pierre Mischler entame, avec ses partenaires (AFPF, Cesbio, fermes expérimentales), un « Tour de France de l’albédo » ce lundi 7 septembre. « Il s’agit de sensibiliser et d’expliquer cette notion à différents publics ». Le Tour démarre à la ferme expérimentale du Mourier (Haute-Vienne), il passera ensuite par le Space de Rennes, la ferme de Trévarez (Finistère), le Sommet de l’élevage de Clermont-Ferrand, les portes ouvertes de la ferme du Pradel (Ardèche). D’autres étapes sont en cours de définition et le tour se terminera, comme il se doit, à Paris le 10 juin 2027 par un grand séminaire à la Maison nationale des éleveurs.

