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Vendredi 05/06/2026

La poire française renaît, mais doit éviter les pièges de la surproduction

Publié par Pleinchamp

Après 20 ans de chute des surfaces, la filière a su inverser la tendance avec plus de 1000 hectares de plantation en dix ans, notamment via des nouvelles variétés. Pour que ce succès ne se transforme pas en fiasco, les plantations à venir doivent être réalisées avec précaution.

C’est peu dire que la poire a su retrouver une dynamique au cours de la dernière décennie. Plusieurs acteurs de la filière ont témoigné de cette embellie lors de la journée nationale poire organisée par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) le 4 juin. Alors que les surfaces étaient en chute libre depuis le début des années 1990, les chiffres du ministère de l'Agriculture montrent un rebond depuis l’année 2012.

En 2024, il y avait 6000 hectares de poiriers cultivés en France, soit 17% de plus en dix ans. Au sein de l’Association nationale pommes poires (ANPP), qui représente les deux tiers de la production française, « nous recensons plus de 1000 hectares de nouvelles plantations au cours des dernières années », chiffre de son côté Vincent Guerin, responsable des affaires économiques au sein de l’association de producteurs. Un renouveau qui s’explique par un taux d’auto-approvisionnement de seulement 65% pour une production dont l'Hexagone possède pourtant le savoir-faire. « Il y a l’ambition de reconquérir la production », confirme Bertrand Gassié, président du groupe poire de l'ANPP et lui-même producteur.

"La poire fait aussi bien que la pomme en chiffre d'affaires par hectare."

La trajectoire de la poire chez le groupement de producteurs Blue Whale illustre bien cette ambition. « La poire avait été détruite par le feu bactérien chez nos producteurs du Sud-Ouest. Elle est revenue chez Blue Whale quand nos collègues du Centre-Val de Loire nous ont rejoints avec 90 hectares. En 10 ans, nous sommes passés à 480 hectares », chiffre Christophe Belloc, président de la structure. Côté économique, il se félicite des résultats obtenus sur le terrain. « Sur les quatre dernières années, la poire fait aussi bien que la pomme en chiffre d'affaires par hectare. En 2024, les producteurs ont même fait 2000 euros de chiffre d'affaires par hectare de plus que la pomme », s’enthousiasme-t-il.

Attention à la surchauffe

Ce retour en grâce de la poire française doit néanmoins se faire avec intelligence. « J’ai un message à adresser aujourd’hui. Il faut planter des poires qui puissent être mises en marché de janvier à avril », exhorte Bertrand Gassier. Sa crainte, comme celles de plusieurs metteurs en marché, est un déséquilibre de production sur la poire de fin d’été et d’automne qui a été majoritairement plantée lors des dernières années. Sur cette période, l’offre et la demande s'équilibrent et des volumes supplémentaires menaceraient de saturer le marché. À l’inverse, l’offre française est bien inférieure à la demande sur la deuxième partie de campagne. « Il y a des gains de chiffre d'affaires à aller chercher sur cette période », assure Vincent Guerin.

De gauche à droite : Christophe Belloc de Blue Whale, Sébastien Lurol du CTIFL, David Socheleau des Vergers de la Blottières, Jean-Camille Laurent d'Intermarché et Bertrand Gassier de l'ANPP, lors de la table ronde de la journée poire.

Les variétés se renouvellent

Si la conférence, la guyot ou la williams sont bien connues des consommateurs, d’autres noms aux consonnances nouvelles prennent ou prendront bientôt leur place dans les rayons. Qtee, Fred, Sweet Sensation, Kiara… Autant de variétés développées pour répondre à la demande actuelle. « Il faut des variétés de terroir, mais aussi des nouveautés pour réenchanter le rayon », témoigne Jean-Camille Laurent, responsable achat fruits et légumes chez Intermarché.

Mais là aussi, des voix appellent à la prudence. « La France est le seul pays avec une telle diversité variétale. C’est bien mais attention à ne pas tomber dans la cacophonie », soulève Bertrand Gassier. Il évoque le risque de perdre le consommateur avec un trop grand nombre de références, comme cela a pu être le cas avec les variétés de pommes bicolores.

La nouvelle variété de poire Qtee a vu ses surfaces augmenter rapidement.

La bonne poire, au bon moment

Face à l’arrivée des nouvelles variétés de poire, parfois croquantes, le CTIFL a réalisé une étude auprès d’un panel de consommateurs afin d’évaluer leur appétence pour ces nouveaux produits. « La poire idéale est à la fois fondante, sucrée, juteuse et aromatique. Le seul critère de segmentation est la texture », analyse Valentine Cottet, chercheuse au CTIFL. Les résultats obtenus auprès des consommateurs adultes comme enfants démontrent qu’il est difficile de réaliser un portrait type du mangeur de poire sur ce critère de texture. Les nouvelles variétés de poire Fred et Qtee, servies croquantes lors de l’étude, ont obtenu des notes de 2 à 8 sur 10. « Cela montre que certains consommateurs aiment et d’autres pas », témoigne-t-elle.

Au-delà de la texture, la maturation des poires représente un enjeu majeur pour les producteurs afin d’éviter des déceptions chez les consommateurs. Un projet d’ampleur démarre en lien avec l’ANPP sur le sujet. « L’objectif est de définir à partir de quand et jusqu’à quand peut-on consommer une poire ? Pour ce faire, en station, les professionnels vont goûter les poires et les classer sur une échelle de pas mûres à trop mûres. La base de données obtenue permettra de définir des plages de consommation idéales », détaille Valentine Cottet. Gageons qu’avec ces résultats, le consommateur sera mûr à point pour manger plus de poires.

Sans froid hivernal, les poiriers meurent

Face au réchauffement climatique, une étude du CTIFL a testé le comportement des poiriers face à des hivers plus doux. Pour ce faire, des arbres en pot ont été placés dans un frigo à 2°C pendant des durées allant de 504 heures à 1632 heures. Premier constat : dans la configuration d'un hiver très doux avec moins de 720 heures à 2°C, la plupart des variétés n’ont pas vécu une période de dormance suffisante pour leur métabolisme et n’arrivent donc pas à se réveiller. En conséquence, ils meurent. Entre 720 et 1344 heures, qui représente le seuil minimum de froid nécessaire, les arbres reprennent leur développement en sortie de frigo, mais la durée de fructification peut s’étaler jusqu’à 100 jours, contre 40 jours dans le cas d’un hiver classique. Selon les variétés, la floraison peut également être perturbée avec une hétérogénéité temporelle et de qualité des fleurs sur l’arbre.