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Jeudi 12/02/2026

Les céréales vont-elles pouvoir compenser face aux excès d’eau ?

[Bretagne] Ces dernières semaines, ont été enregistrés de forts cumuls de pluies, avec parfois des records historiques dans certains secteurs. Quels peuvent être les conséquences au niveau physiologique et sur le potentiel de rendement ? Voici quelques éléments de réponses.

Les cumuls de pluies enregistrés sur janvier peuvent être élevés, voire historiques (carte 1).

Carte 1 : Somme de pluies entre le 1er et 31 janvier 2026

Les cumuls de pluies séparent la Bretagne d’est en ouest, en passant de 90-160 mm en Ille-et-Vilaine à plus de 290-400 mm dans le Finistère (carte 2).

Carte 2 : Somme de pluies entre le 1er et 31 janvier en écart à la médiane 20 ans en %

Le sud de la région enregistre des cumuls 119 à 144 % supérieurs à la médiane, tandis que la moitié nord de la Bretagne enregistre des cumuls supérieurs de 20 à 89 % supérieurs à la médiane.

D’autre part, la majorité du Finistère bat des records de précipitations sur janvier, détrônant ceux enregistrés depuis 2000 de plus 25 à 50 mm.

Néanmoins, plusieurs notions écophysiologiques et agronomiques tamponnent, pour le moment, l’impact des excès d’eau sur les céréales.

Une implantation et développement automnal-début d’hiver favorable

L’implantation des céréales à l’automne 2025 a eu lieu dans de bonnes conditions, avec des sols ressuyés. Par la suite, sur novembre et décembre, les céréales ont pu se développer dans des sols toujours ressuyés sans excès d’eau. Cela favorise la mise en place du tallage et le bon développement du système racinaire.

Exception faite des quelques semis tardifs, voire très tardifs, de décembre qui n’ont pas eu les mêmes conditions d’implantation.

Le stade tallage : un stade le moins sensible à l’hydromorphie

La saturation prolongée des sols en eau intervient récemment depuis quelques semaines au stade plein tallage dans la majorité des cas. Ce stade est moins sensible aux excès d’eau.

Les céréales sont dans un état plutôt favorable physiologiquement pour affronter la saturation des sols que l’on connaît actuellement.

Une capacité de ressuyage des sols hétérogènes

La durée de saturation des sols en eau et par conséquent, l’état d’anoxie racinaire (absence d’oxygène dans le sol) pour les céréales, dépend des cumuls de pluies, de leur fréquence, mais aussi des capacités de ressuyage des sols.

A titre d’exemple sur une parcelle avec le même cumul de pluies, le type de sol, mais aussi le sous-sol (imperméabilité de la roche mère) engendre des saturations bien différentes.

Selon la durée de saturation des sols, plusieurs symptômes au stade tallage peuvent apparaître progressivement :

  • un début de jaunissement (voire rougissement) des céréales, notamment les orges qui réagissent davantage et plus rapidement que les blés ou triticale ;
  • un ralentissement de la croissance et des stades par une mise en pause physiologique de la plante ;
  • en allant jusqu’à des pertes de pieds.

Néanmoins, le plus problématique est une saturation des sols au début ou courant de la montaison, bien souvent sur la deuxième quinzaine de mars. Dans ce cas-ci, les capacités de compensation des céréales et d’absorption d’azote peuvent être compromises, comme en 2024. A l’inverse, la campagne 2025/2026 s’illustre par un printemps (dès mars) très favorable pour compenser l’impact de l’hydromorphie.

Retour sur les résultats d’un essai 2025 impactés par l’hydromorphie

En 2025, sur la station ARVALIS de Ploërmel (56), un essai physiologique sur blé a été affecté par une hydromorphie précoce qui s’est prolongé jusque fin février.

Cette contrainte a été transformée en opportunité d’étudier la capacité du blé à compenser une hydromorphie automnale et hivernale avec différentes intensités.

Figure 1 : Rendement en % du maximum de chaque essai-variété en fonction du nombre de plantes/m²

Points gris : essais historiques sur les densités de semis implantés fin octobre. Points verts : essai 2025 impacté par l’hydromorphie avec des pertes de pieds.

Sur cet essai impacté en 2025, le potentiel maximum (ordonnée à 100 %) en zone non hydromorphe est de 117 q/ha en rendement microparcelle.

Pour les zones hydromorphes avec des pertes de pieds, il en ressort qu’en dessous de 150 plantes/m², on ne peut plus espérer atteindre le potentiel de rendement offert par le climat de la campagne.

Néanmoins, malgré un nombre de plantes/m² inférieur à 150, les pertes de rendements ne sont pas drastiques, l’impact va de -15 % à -25 %.

Ces références de 2025 sont cohérentes avec les essais historiques de densité de semis des blés à différentes dates dans des conditions peu hydromorphes.

Cela s’explique par la capacité du blé à compenser un défaut de plante en montant plus de tiges à épi par plante, puis une plus forte fertilité d’épis sur les défauts d’épis, et enfin un meilleur poids de mille grains (PMG) sur un nombre de grains/m² plus faible.

Pour rappel, en Bretagne, l’objectif est d’atteindre autour de 200-230 plantes/m². Bien souvent, les densités de semis bretonnes sont au-dessus des recommandations pour y parvenir.

Cette année, un essai a été implanté spécifiquement en zone hydromorphe sur la station de Ploërmel (56) pour tester différentes stratégies de fertilisation azotée. Il sera comparé à un essai physiologique 100 m plus haut en sol sain. D’autres enseignements seront donc à tirer à la fin de cette campagne vis-à-vis de l’impact de l’hydromorphie.

À retenir

Le potentiel de rendement des céréales est-il affecté par ces excès d’eau ?

Cela dépend de l’intensité de l’hydromorphie (cumul pluies, fréquence et capacité de ressuyage des sols), pas uniquement des cumuls de pluies.

A noter, les céréales ont été implantées dans de bonnes conditions à l’automne, avec un bon tallage afin de faire face à ces états d’hydromorphie.

Pour le blé, au-delà de 150 plantes/m², le potentiel de l’année reste atteignable en blé avec des fortes compensations possibles sur les composantes de rendement (nombre d’épis, grains/épi, PMG), mais dépendantes des conditions météo du printemps à suivre. En 2025, les parcelles hydromorphes ont pu atteindre des rendements corrects avec une année favorable à la compensation. Le triticale s’approche du comportement du blé tandis que l’orge est plus sensible à l’hydromorphie et compense moins ces impacts.

La principale crainte réside dans un engorgement des sols jusqu’au printemps au moment de la montaison (fin mars-avril), à l’instar de 2024. Dans ce cas-ci, les capacités de compensation peuvent être davantage affectées.