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Vendredi 06/02/2026
Quel risque à un nouvel emballement des prix ?
Les professionnels de la viande que sont les bouchers s’inquiètent fortement du niveau élevé des prix qui met à mal un bon nombre d’entreprises.
Conjoncture – Après une année 2025 qui a vu les prix progresser de 35 %, 2026 repart sur des bases très toniques notamment dans les femelles de race à viande. Les réformes laitières ont été un peu plus longues à démarrer, mais les prochains mois vont être compliqués pour les industriels. Néanmoins, ce nouvel emballement des prix que les opérateurs observent depuis quelques semaines a de quoi inquiéter ou du moins à se questionner.
Tous les observateurs du marché sont d’accord sur les raisons de cet emballement : la décheptellisation de la ferme France, et plus largement de l’Europe. A coup de verdissement de la PAC et de décisions amenant à réduire les cheptels comme aux Pays-Bas ou en Allemagne, ou de prix bas pratiqués par les industriels et les GMS pendant des décennies, les éleveurs se sont découragés. Le résultat amplifié par les crises sanitaires ou les aléas climatiques est là devant nous. Les volumes disponibles dans les veaux, les broutards ou la viande sont insuffisants pour couvrir une demande qui faiblit moins vite que la production.
In fine, le consommateur, même s’il aime la viande, aura-t-il les moyens d’acheter d'en acheter ?
En 2025 la réponse a été oui, malgré des hausses assez significatives dans les rayons, avec une belle résistance de la viande hachée fraîche à + 0,05 %, alors que les pièces nobles (à valeur ajoutée) chutaient de 9 %.
Va-t-on vers une contraction des écarts de valorisation entre ces pièces nobles et la viande hachée qui représente 60 % de la consommation de viande bovine ? Un steak haché à 2€ les 100 grammes serait-il une barrière pour le consommateur ? 2026 devrait pouvoir répondre à ces questions.
Une chose est sûre, les prix ne peuvent pas progresser de cette façon, sans contrôle. L’emballement des prix, même s’ils peuvent être grisants et justifiés par la production, fait supporter des risques de plus en plus grands à l’ensemble de la filière. Le premier est financier et chacun sait ce que cela signifie. Les encours sont de plus en plus conséquents. Le moindre grain de sable pourrait être dramatique, avec des défaillances en cascades et des banques qui ferment les robinets. Tout cela n’est pas souhaitable, et un atterrissage progressif serait le bienvenu avant qu’il soit trop tard. Mais le marché en est-il capable ?
L’installation des jeunes générations demande des capitaux de plus en plus importants, mais dans le même temps la rentabilité des productions a été largement renforcée (hors problème sanitaire).
Si aucun scénario n’est écrit, les grandes sociétés qui régissent les marchés de la viande, du veau ou des broutards en ont certainement étudié plusieurs. La prospective fait partie de leur valeur, même si peu d’opérateurs avaient anticipé l’ampleur du phénomène en 2025. Les marchés ont une très grande inertie qu’il est difficile de rompre que ce soit dans le positif comme dans le négatif. Les équilibres sont fragiles et les choix politiques sont compliqués à prendre notamment pour les entreprises les plus exposées.
Quand on regarde du côté espagnol, qui est actuellement le moteur des exportations vers les pays tiers, les opérateurs ont observé en 2025 un net changement chez leurs clients, qui sont de plus en plus friands des viandes et des broutards du Mercosur dont les tarifs sont sans commune mesure avec le marché européen.
Les éleveurs ne sont en rien responsables de cet état de fait, mais certains acteurs politiques ou influenceurs orientés, prônent toujours une déconsommation de la viande pour résoudre ce problème, avec en toile de fond la préservation de la planète.