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Vendredi 27/02/2026
Pommes : face aux nouveaux ravageurs, les arboriculteurs peinent à réduire leurs traitements
Trois groupes d’arboriculteurs du réseau Dephy, situés sur la façade maritime entre la Loire et le Poitou, observent une stagnation de la réduction de leurs indices de fréquence de traitements (IFT), pourtant entamée depuis 10 ans. L’arrivée de nouveaux ravageurs ou leur développement plus explosif, à l’image du puceron cendré, imposent aux producteurs toujours plus d’innovations dans la gestion culturale.
C’est sur le thème « Innover pour mieux protéger » que les acteurs de l’arboriculture de la façade atlantique se sont donnés rendez-vous le 5 février dernier sur le campus de Pouillé, à Angers, dans le cadre d’une journée Ecophyto. À cette occasion, trois groupes Dephy Ferme, dont les participants se situent de la Loire-Atlantique à la Charente, en passant par la Vienne et le Maine-et-Loire, ont présenté leurs actions et résultats. Un constat commun s’impose pour ces trois groupes d’arboriculteurs principalement dédiés à la production de pommes. Après une première réduction importante de l’Indice de fréquence de traitement (IFT) dans les années 2010 et au début des années 2020, ces pionniers de la réduction des pesticides sont confrontés à une stagnation, voire à une légère augmentation de l’usage des phytos.
« Au début, nous avons beaucoup travaillé sur la tavelure. Il y a eu une augmentation de l’utilisation du biocontrôle en 10 ans, avec en parallèle une baisse de l’IFT chimique, mais là on patine », analyse Julia Crombez, animatrice du groupe Dephy charentais. Elle évoque la réduction des matières actives disponibles et l’émergence de nouveaux ravageurs pour expliquer les raisons de cette stagnation. Le puceron cendré est tout en haut de la liste des ravageurs problématiques, mais il n’est pas seul. Depuis trois ans, la punaise diabolique fait des ravages dans les parcelles de poires. « Elle peut être à l’origine de 50% de pertes sur cette production », remonte Julia Crombez.
Des dizaines d’idées à mettre en œuvre
Malgré ce ralentissement sur la baisse de l’IFT, les trois groupes Dephy Ferme restent dans une dynamique d’évolution permanente. En Pays de la Loire, le désherbage électrique est testé dans les rangs de pommiers. Les producteurs continuent également de développer le piégeage massif des anthonomes à l’aide de tubes plastiques d’une dizaine de centimètres. En Poitou, les producteurs testent le nourrissage des fourmis pour lutter contre le puceron cendré.
Ces essais, s'ils ne sont pas toujours concluants, permettent de donner des clés aux producteurs. En Charente, le lâcher de syrphes ou la couverture des vergers par bâche anti-pluie ont été abandonnés faute de rentabilité économique. En Pays de la Loire, le lâcher de chrysopes a montré ses limites en termes d’adaptabilité du prédateur au climat.
Se former ensemble
Au-delà des essais et des expérimentations, les groupes Dephy reposent essentiellement sur l’échange d’expérience entre producteurs et sur la formation. « C’est le fondement de notre fonctionnement », assure Charlotte Prestreau, animatrice du groupe localisé en Poitou-Charentes. À la demande des producteurs, elle a notamment organisé une formation à la reconnaissance du puceron cendré. Dans les Pays de la Loire, Nadia Tounsi, animatrice du groupe local, a organisé une reconnaissance des chauves-souris, prédatrices naturelles des ravageurs. « Nous avons entendu des pipistrelles, mais pas uniquement… », se félicite-t-elle.
Placer le biocontrôle, toute une histoire
Comme le montrent les chiffres des groupes Dephy, le biocontrôle a pris une place de plus en plus importante dans la protection des vergers. Présents lors de la journée Ecophyto, trois acteurs du secteur ont démontré la complémentarité de leurs solutions pour lutter contre le puceron cendré.
Le "NeemAzal" d’Andermatt, qui a obtenu une dérogation cette année, agit par ingestion du produit par le puceron, avec une application plutôt positionnée en préfloraison.
Le produit "Limocide" de Vivagro a lui un effet par contact en asséchant les pucerons afin de trouer la membrane et de bloquer le trachéole. Il peut s’appliquer en préfloraison, mais aussi depuis deux ans en floraison. « Nous travaillons maintenant sur un positionnement durant l’automne lorsque les pucerons reviennent. Nous avons une dérogation 120 jours en attente », évoque Ingrid Lemaitre chez Vivagro.
Quant à la solution "Agricolle" de l’entreprise Biogard, elle se positionne pour une utilisation à l’automne justement. Il s’agit de chaînes de sucre, qui en conditions asséchantes bloquent et immobilisent les larves de puceron issues des femelles ailées qui reviennent sur les pommiers en automne.
Cette présentation n’était pas exhaustive et les produits de biocontrôle sont de plus en plus nombreux sur le marché. Pourtant, comme l'affirment les fabricants, il ne s’agit pas de remplacer les produits phytosanitaires chimiques à court ou moyen terme. « Le biocontrôle représente une opportunité de diversifier les modes d’actions pour amener un gain d’efficacité global et une complémentarité avec les solutions chimiques pour éviter d’amener des résistances sur les produits existants », retrace Ingrid Lemaitre.
