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Vendredi 20/02/2026
PPE3 et biocarburants : la biomasse, cette ressource stratégique mais limitée
Face à l'objectif de réduire sa dépendance aux énergies fossiles, la France mise sur la biomasse pour développer des biocarburants, notamment pour l'aviation. Mais cette ressource limitée, déjà sollicitée pour l'alimentation et la préservation des sols, suscite des inquiétudes quant à sa disponibilité et aux risques de dépendance aux importations.
La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), stratégie visant à diminuer la consommation nationale d’énergies fossiles, a été publiée par le gouvernement le 13 février 2026. Elle s’appuie notamment sur la production de chaleur et d’électricité décarbonées, via la relance du nucléaire et la hausse de la production d’énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien, biogaz, biocarburants).
Cette montée en puissance des énergies renouvelables entraîne une demande accrue en biomasse (bois, cultures intermédiaires, effluents d’élevage, etc.). L’objectif est en effet de quintupler la production de biométhane d’ici 2030, passant de 9 TWh à 44 TWh, et de développer l’usage des biocarburants, en passant de 38 TWh en 2023 à 55 TWh en 2030, soit une augmentation de 45%.
« Une vision volontariste qui conduirait à augmenter d’environ 40% la ressource de biomasse énergétique mobilisée à l’horizon 2035 par rapport à 2019 est privilégiée », peut-on lire dans la synthèse stratégique de la PPE3. « Une attention particulière sera apportée à ne pas créer une dépendance aux imports de matière première, via une diversification des approvisionnements », est-il précisé.
Car cet « or vert » qu’est la biomasse est de plus en plus convoité, et la ressource est limitée : par les surfaces disponibles, et par la nécessité de maintenir les écosystèmes dont elle est issue. Les ressources en biomasse sont contraintes par deux usages majeurs : l’alimentation d’une part, évidemment prioritaire dans la hiérarchie des usages, et le retour au sol d’autre part, essentiel au maintien de la qualité et fertilité des sols. Dans leur jargon, les experts parlent du « bouclage biomasse », c'est-à-dire l’équilibre à assurer entre les ressources disponibles et les usages envisagés sur le territoire national, sans dépendre des importations.
La biomasse couvre 10% des besoins énergétiques de la France
En décembre 2025, l’agence de la transition écologique (Ademe) a publié un premier rapport chiffré sur les ressources et les usages actuels de la biomasse. Selon l’Ademe, les ressources dédiées à un usage énergétique représentent le deuxième usage le plus important de la biomasse en France, soit 16% des utilisations. La biomasse produite sur le sol national et celle importée (sous forme de biomasse primaire ou de produits finis) permet de couvrir 10% des besoins énergétiques de la France. 68% de cette biomasse est destinée à la combustion, soit 26 millions de tonnes de matière sèche par an (Mt MS/an). Les biocarburants représentent environ 6 Mt MS/an et la méthanisation environ 5 Mt MS/an.
Dans la stratégie gouvernementale, la production de biocarburants est destinée en premier lieu aux usages difficilement électrifiables : transport aérien et maritime, engins de chantier, engins agricoles, certains transports routiers lourds spécifiques de marchandises, pêche, etc. Elle vise à réduire la très forte dépendance française aux importations de pétrole : aujourd’hui, les énergies fossiles représentent 60% de la consommation totale d’énergie en France. L’objectif de la PPE3 est de réduire cette part à 30% d’ici 2035.
Actuellement, la consommation de biocarburants provient en majorité des biocarburants de première génération, produits à partir de ressources agricoles pouvant aussi avoir des usages alimentaires, et dont une partie est importée. Afin de limiter l’impact de la production de ces biocarburants de première génération sur les cultures alimentaires, leur utilisation est plafonnée à 7% par la réglementation européenne. L’enjeu actuel est donc de développer la production de biocarburants dits « avancés », issus principalement des coproduits, résidus et déchets n’étant pas en concurrence avec l’alimentation.
Objectifs d'incorporation de biocarburants dans l'aviation
Les secteurs maritime et aérien « feront l’objet d’une attention toute particulière », précise la PPE3. Le règlement européen ReFuel EU Aviation, adopté en 2023, fixe en effet des obligations d’incorporation croissantes de carburants d’aviation durables (CAD) pour les fournisseurs de kérosène : 2% dès 2025, et 20% en 2035. Également appelés SAF (acronyme anglais pour Sustainable Aviation Fuels), ces CAD forment un ensemble diversifié de kérosènes alternatifs reposant sur des ressources, des procédés et des logiques industrielles très variés. Certains sont produits à partir de biomasse, d’autres à partir de CO₂ capté (en sortie d’usine ou dans l’atmosphère).
« La France a pour ambition de voir émerger sur le sol national une filière de production de carburants d’aviation durables de synthèse permettant de produire les quantités estimées nécessaires pour répondre aux mandats de carburants de synthèse pour 2030 et 2035 du règlement européen Refuel EU », indique la PPE3. L’objectif est « d’inciter à la production de ces carburants en laissant le temps à la filière d’arriver à maturité technologique et de dépasser les enjeux environnementaux actuellement soulevés, afin que les carburants de synthèse permettent, in fine, de limiter les pressions et les enjeux de bouclage offre/demande sur la biomasse ».
Cependant, ces carburants alternatifs ne seront pas disponibles en quantité suffisante à temps pour remplacer le kérosène fossile, même avec les hypothèses les plus optimistes d’amélioration de l’efficacité des avions. C’est la conclusion de l’étude « Pouvoir voler sans pétrole », publiée par l’association Aéro Décarbo et le think tank The Shift Project le 3 février dernier. Pour le secteur de l’aviation, « la modération du trafic constitue un levier incontournable de sa décarbonation », concluent les auteurs, qui pointent aussi les dangers d’une politique extensive de biocarburants en Europe. Celle-ci « entraînerait nécessairement une dépendance accrue aux importations issues de régions tropicales riches en biomasse, reproduisant ainsi certains déséquilibres de souveraineté que l'on cherchait initialement à éviter ».