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Vendredi 14/08/2026
Quand la science innove : des insectes pour réguler les adventices dans les légumes
Au nord de Nantes, des chercheurs du CTIFL testent la capacité de destruction des graines d’adventices par des insectes présents dans le sol, de la famille des carabidés. Une approche novatrice pour laquelle tout est encore à découvrir.
Et si les insectes pouvaient manger les graines d’adventices pour réduire la pression sur les cultures légumières ? C’est le pari fou qu’a fait le centre CTIFL de Carquefou dans le cadre du projet Solad FL, financé par le Parsada, et dont le but est de contrôler les bioagresseurs en réduisant le recours aux produits phytosanitaires de synthèse. Dans ce cadre, le chercheur Sébastien Picault s’est intéressé à Amara Aenea, un insecte de la famille des Carabidés vivant sur le sol. « Nous avons étudié les régimes alimentaires de plusieurs carabidés. Amara Aenea s’illustre par sa consommation de graines, explique-t-il lors des portes ouvertes du centre de recherche le 16 juin dernier. L’hypothèse est donc qu’il puisse réguler les stocks de graines d’adventices dans le sol et donc le nombre de levées et la pression sur les cultures par la suite ».
Des résultats en demi-teinte
Lors des premiers essais réalisés cette année, plusieurs placettes ont été surmontées de mini-cages à insectes d'une dimension d'un mètre carré sur les parcelles du centre de recherche de Carquefou. Ce dispositif a pour objet d'évaluer l’impact du nombre de carabidés sur le stock d'adventices, mais aussi de dénombrer la consommation de graine pour chaque espèce de plante. « Nous avons réalisé des placettes avec 0, 15 et 50 carabidés de l’espèce Amara Aenea et une dernière modalité avec la population naturelle présente. Seul l’essai avec 50 carabidés a montré des résultats significatifs. Le stock de graines adventices a été réduit de 42%. Donc oui, il y a eu un effet. Malheureusement, 50 carabidés par mètre carré, ça semble un chiffre compliqué à atteindre en conditions de production », commente Sebastien Picault.
Les goûts et les couleurs
Cette première année d’essai a également permis de démontrer une appétence différente d’Amara Aenea selon les adventices. « Nous savons que les carabidés fouillent le sol sur 2 cm et choisissent les graines d’adventices qu’ils consomment. Ce que nous ne savons pas encore, c’est comment ils font ce choix », détaille l’ingénieur recherche du CTIFL. « Les stocks de graines de pâturin et stellaire ont été réduits de 60% sur les placettes avec 50 carabidés par mètre carré. Pour le laiteron, la baisse se chiffre à 53% et seulement 23% pour le pourpier, qui est l’une des adventices les plus problématiques sur le site ».
L’impact sur les cultures a lui été testé en laboratoire. « Pas d’inquiétude pour les carottes, les carabidés n’en consomment pas les graines », rassure le chercheur. Côté salade, la question se pose. Notamment en jeune pousse, culture semée et non repiquée.
Ouvrir la recherche à d’autres carabidés
Suite aux résultats obtenus avec Amara Aenea, l’équipe du CTIFL a décidé de tester l’appétence pour les graines d’adventices avec d’autres espèces de carabidés. « Nous nous demandons s’il peut y avoir un lien entre la dimension du carabidé et la taille des graines consommées », s’interroge Sébastien Picault. Pour ce faire, des spécimens sont mis en présence de plusieurs graines de différentes adventices dans des boîtes en laboratoire. Après un temps donné, le nombre de graines consommées est relevé. À ce petit jeu, Harpalus Tardus semble s'alimenter avec les mêmes graines qu’Amara Aenea, mais en plus grand nombre. Un résultat intéressant, mais qui reste à confirmer en parcelle. Le chemin avant que ces petits insectes permettent de se passer d’herbicide parait encore long.
Des rotations diversifiées pour gérer les adventices La lutte contre les adventices par les carabidés s’inscrit dans un plan plus large de gestion de l’enherbement par la diversification de la rotation. Trois cycles de plusieurs années plus ou moins diversifiés ont ainsi été lancés par le CTIFL de Carquefou. La carotte, culture particulièrement sensible à l’enherbement, a été implantée en premier pour chaque modalité et le sera en dernier pour évaluer l’évolution des trois parcelles. « Après un an, nous pouvons déjà constater des différences d’enherbement. Les modalités 2 et 3 ont reçu des pommes de terre primeur sous tunnel nantais, ce qui a entraîné un développement du pourpier qui a pu être détruit mécaniquement ensuite. Ce n’est pas le cas de la modalité 1, la moins diversifiée, sur laquelle le couvert hivernal a été maintenu jusqu'à fin avril avant l’implantation d’une patate douce. Elle est maintenant envahie de pourpier », constate Sébastien Picault. |

