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Mardi 20/01/2026

[TÉMOIGNAGE] Du lin pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

Producteur de porcs à Telgruc-sur-Mer, Ludovic Clément a rajouté une corde à son arc, en devenant liniculteur sur une trentaine d'hectares. Un retour aux sources pour ce Normand, installé il y a deux ans avec l'aide du Crédit Agricole. Portrait.

"J'ai rencontré pour la première fois Jean-Philippe et Denis Boussard, à Telgruc-sur-Mer, courant 2022. Dix mois plus tard, j'ai repris leur ferme, pour m'installer."

Une installation menée tambour battant

S'il est courant de mettre deux bonnes années à finaliser un dossier de transmission, Ludovic Clément, lui, n'a pas perdu de temps. Son secret ? « J'étais décidé, eux voulaient installer un jeune ». Petit retour en arrière. Originaire de l’Eure, il n’est pas issu du monde agricole. « Mais, à partir de mes 3 mois, j’ai été gardé par un couple de producteurs de porcs qui m’ont donné l’amour du métier ».

Une longue expérience

Il continue à aller régulièrement sur leur élevage et décide très tôt d'ne faire son métier, optant pour un Bac STAV puis un BTS GDEA, génie des équipements agricoles. Diplôme en poche, il devient premier chauffeur sur une exploitation de grandes cultures et de plants de pommes de terre pendant trois ans, avant de reprendre le chemin de l'école pour un BPREA bois. Il se charge ensuite des grandes cultures dans un exploitation agricole de Seine-Maritime de 220 ha, qui se produit 8 000 à 10 000 stères de bois par an et possède un troupeau de Charolaises inscrites au Herd-book. Sept ans plus tard, au départ en retraite du chef d'exploitation, nouveau virage professionnel pour Ludovic, qui intègre une start-up caennaise, qui gère à distance des exploitations pour le compte de doubles actifs, d'agriculteurs sur le point de partir en retraite ou qui veulent lever le pied... « J'avais la responsabilité d'une quinzaine de fermes, dans autant de départements. Je devais gérer de A à Z les itinéraires culturaux, l'implantation de nouvelles cultures... ».

S'installer, une priorité

Mais l'idée de l'installation lui trotte toujours dans la tête et il se lance dans la recherche d'une exploitation. « Dans l'idéal, j'aurai choisi les vaches allaitantes, une production que j'avais découverte en Seine-Maritime ». Mais la capitalisation est énorme, la rentabilité pas toujours au rendez-vous. Il opte donc pour l'élevage porcin et commence des visites dans le Finistère. Et c'est Patrice Lavolé, expert transactions installation au sein de la coopérative Eureden qui le met en contact avec les frères Boussard.

A quelques encablures de la mer

L'exploitation compte 190 ha de SAU, 230 truies naisseur-en-graisseur, et une FAF, une fabrication d'aliments à la ferme, « l'une des forces de ce projet ». D'un point de vue plus personnel, son environnement, à quelques encablures seulement de la magnifique baie de Douarnenez, séduit aussi ce papa de deux jeunes enfants. L'affaire est rondement menée et, tandis qu'un des associés part en retraite, l'autre devient salarié sur l'exploitation.

Du lin pour diversifier les productions

Souhaitant diversifier ses productions, Ludovic Clément se rapproche de Guillaume Letur, l'entrepreneur de Commana qui a relancé la culture du lin dans le Finistère. Un choix logique pour ce Normand. « Dans toutes les fermes où j'ai travaillé, il y en avait. C'est une culture que je connais bien ». Et qu'il apprécie ! « C'est une culture très technique, où la moindre erreur est aussitôt impactante. Tous les ans, on apprend ! »

Être autonome

Dès sa première année d'installation, en 2023, il en implante 9 ha, passe à 23 ha un an plus tard et à 32 ha cette année. Dans la foulée, il s'équipe d'une souleveuse, d'une enrouleuse et d'un plateau, pour être plus autonome. Pas de cailloux, pas de pente, pas de sol hydromorphe, des parcelles d'au moins 1,5 ha et plutôt rectangulaires... : les critères sont nombreux et sur l'ensemble de sa ferme 80 à 90 ha se prêtent bien à la culture du lin. « Je propose donc des locations annuelles à mes voisins ». Récolté de bonne heure, le lin libère les parcelles dès le mois de septembre. « Et ses atouts sont nombreux : il laisse une très bonne structure du sol, il n'exporte pas d'éléments fertilisants grâce au rouissage ».

""Trouver des salariés ? Compliqué !" LUDOVIC CLÉMENT, PRODUCTEUR DE PORCS"

L'éleveur souhaiterait augmenter encore ses surfaces mais, seule ombre au tableau, il ne dispose pas de main-d'œuvre suffisante. Deux ans salarié sur l'exploitation, le cédant a fait valoir ses droits à la retraite. Le travail a donc été réparti différemment et l'un des deux autres salariés, amené à intervenir plus souvent en élevage, n'y a pas trouvé son compte, préférant démissionner. « Nous ne sommes donc plus que deux pour faire face à l'ensemble des tâches ». Une situation qu'il espère ne pas voir perdurer trop longtemps. « Mais trouver des salariés en élevage est vraiment très difficile ».

"Le Crédit Agricole a su m'accompagner"

Au moment de financer son installation, Ludovic Clément contacte plusieurs banques. « Le Crédit Agricole a fait la différence », constate l'éleveur, qui a apprécié « le professionnalisme" des deux conseillers qui l'ont suivi tout au long du projet. « Ils ont été à l'écoute et ont su bien m'accompagner ». Ils répondent encore présent lorsque le jeune agriculteur se lance dans la culture du lin. « Les investissements en matériel sont très lourds et les livraisons s'étalent dans le temps, ce qui nécessite un financement approprié ».

Un dossier bien préparé

Un accompagnement qui n'a posé aucune difficulté du côté de la banque. « Le dossier d'installation était très bien préparé », se souvient Loïc Debelhoir, expert agri/installation au Crédit Agricole du Finistère. « La solide expérience professionnelle de Ludovic et son profil d'agri-manager plaidaient pour lui. Et le fait que l'un des cédants reste avec lui comme salarié pendant quelques années sécurisait aussi la transmission ».